Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

lemaitre

Je fais partie de ceux qui n’ont pas encore découvert Au revoir, là-haut. Il m’attend, et je sais que son tour viendra puisque l’adaptation BD que j’en ai lue m’a convaincue que c’était un roman pour moi. De Pierre Lemaitre, je ne connais que ses polars, notamment ceux avec Camille Verhoeven, son héros charismatique et inoubliable découvert dans Travail soigné et sa suite Alex (me reste à lire Sacrifices). Un héros comme je les aime, atypique et parfois détestable. Ces romans là, je les ai beaucoup aimés, de même que Robe de marié d’ailleurs. Bien construits, totalement maitrisés du début à la fin, aucun temps mort, dénouements inattendus et parfois glaçants… Pierre Lemaitre ne ménage pas son lecteur, il le pousse dans ses retranchements, il joue avec ses peurs les plus viscérales quitte à aller très loin dans l’horreur. Ça bouscule mais j’aime ça je crois…

 

Bref. Tout ça pour dire que j’avais de grandes attentes avec ce roman là. A priori je risquais d’y retrouver le Lemaitre que je connaissais. Percutant. Sauf que non… Je pense sincèrement que si j’avais lu ce roman à l’aveugle, je n’aurais jamais pensé qu’il en était l’auteur. De là à dire que cette lecture était une pénitence, non. J’ai passé un bon moment. J’ai même tourné les pages avec avidité pendant une bonne moitié de l’histoire. Personnages crédibles, bonne analyse de la psychologie humaine, tension croissante, plongée assez édifiante et réaliste dans la vie étriquée d’une petite ville de campagne, comportements humains exacerbés face au drame inattendu et brutal… Le décor est planté et ça se tient. Et tout tient en grande partie à la personnalité de l’assassin dont on connait l’identité dès les premières pages. Antoine, un gamin. Partager ses pensées, ses peurs, ses petits arrangements avec la réalité pour la rendre supportable, je dois dire que c’est ce qui m’a le plus intéressée. Pierre Lemaitre ne se pose pas en juge, il décrit presque froidement les faits et s’intéresse surtout aux conséquences de l’acte, au sentiment de culpabilité et aux mensonges de ce meurtrier « par accident » pour arrive à « gérer » la situation…

 

Et puis il y a cette deuxième partie, longtemps après le drame et le « crime » resté impuni. Antoine est devenu adulte. Les démons du passé le hantent toujours. Et toujours, cette épée de Damoclès… Je ne sais pas vraiment ce qui m’a le moins convaincue dans cette dernière partie. Ou plutôt si. C’est long et on s’ennuie. Trop de coïncidences, trop d’évidences, un dénouement que j’ai trouvé convenu et un brin tiré par les cheveux. Et cette impression pénible de tourner en rond autour des états d’âme légitimes d’un assassin confronté chaque jour et bien malgré lui à son crime…

 

Pas le roman de l’année non. Rien d’inoubliable. D’ailleurs, lu il y a un bon mois, son souvenir commence déjà à s’estomper… Il faut prendre Trois jours et une vie pour ce qu’il est, juste un honnête thriller psychologique qui permet une sympathique parenthèse de lecture, si tant est qu’on en attende juste un bon divertissement. Reste cette désagréable impression, il faut bien l’avouer, que l’auteur a trop vite voulu satisfaire ses fans impatients… Qu’importe, je l’aime bien Pierre Lemaitre, et je me promets de lire enfin Au revoir, là-haut cette année, affaire à suivre…

 

Une lecture en demi-teinte que je partage avec Jérôme qui lui découvre l’auteur pour la première fois.

 

 

Les avis de Alex, Cajou, Canel, Clara, Delphine-Olympe, La fée lit, Meely, Sandrine

 

 

Premières phrases : « A la fin de décembre 1999 une surprenante série d’évènements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse. Ne cherchez pas la raison pour laquelle son propriétaire, M. Desmedt, avait donné à ce bâtard blanc et fauve , maigre comme un clou et haut sur pattes, le nom d’un héros grec, ce sera un mystère de plus dans cette histoire. »

 

Au hasard des pages : « Dans la vie courante, il oubliait. La mort de Rémi Desmedt était un fait divers ancien, un souvenir d’enfance pénible, des semaines passaient sans malaise. Antoine n’était pas indifférent : son crime n’existait plus. Puis soudain, un petit garçon dans la rue, une scène au cinéma, la vue d’un gendarme déclenchait en lui une peur incoercible, impossible à maîtriser. La panique s’emparait de lui, l’imminence de la catastrophe engloutissait sa vie, il devait déployer des efforts gigantesques pour faire retomber toute cette pression à grands coups de respiration lente, d’autopersuasion et surveillait les palpitations de son imaginaire comme un moteur dont on guette avec anxiété le refroidissement après une brusque surchauffe.

La terreur, en fait ne lâchait jamais prise. Elle sommeillait, s’endormait et elle revenait. Antoine vivait avec la conviction que, tôt ou tard, ce meurtre le rattraperait et ruinerait sa vie. » (p. 187)

 

 

Éditions Albin Michel (Mars 2016)

279 p.

 

Prix : 19,80 €

ISBN : 978-2-226-32573-0

29 commentaires sur “Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

  1. Bon, tu n’es pas aussi sévère que moi, mais tu as la même impression de roman bâclé…
    Peut-être parce que, contrairement à toi, c’était mon premier Lemaitre, ai-je eu l’impression que sa renommée était galvaudée. Mais j’ai bien compris qu’il fallait que je fasse de nouvelles tentatives avec d’autres titres…

  2. J’ai trouvé ce polar dans la lignée de ses précédents. C’est psychologique et ça se tient. Mais moi, je préfèrerais qu’il continue à écrire des romans historiques car « Au revoir là-haut » est une vraie réussite, je suis certaine que tu ne l’oublierais pas de sitôt.

  3. Je suis déjà critique pour « au revoir là-haut » . J’avais trouvé le personnage du méchant complètement caricatural. Mais j’avais apprécié les descriptions de la guerre et de l’après. Je ne connais pas ses autres romans , mais ce que tu dis me permet de mieux comprendre d’où il vient et pourquoi je n’adhère pas complètement.

  4. J’avais apprécié Au revoir là-haut, mais sans plus. Je ne comptais pas en lire d’autres de cet auteur. En tout cas, pas celui-ci. Tu en penses exactement la même chose que Jérôme.

  5. Ah en effet, même ressenti, même demi-teinte, même problème de rythme… Je n ai pas encore lu non plus « Au revoir là-haut », mais je ne sais pas si j ai envie de m y coller ou pas… Wait and see, donc! Des bisous belle Noukette:-)

  6. Je me souviens que j’ai trouvé que c’était un joli roman, que Lemaitre avait un talent certain pour dépeindre l’atmosphère pesante, mais j’avais déjà oublié qu’il y avait 2 parties différentes avec une ellipse.
    Ma lecture n’a pas été en demi-teinte perso, je l’ai trouvé joli… mais pas incontournable, ni inoubliable. Juste joliment fait 🙂 Mais moi aussi j’en attendais beaucoup plus, j’attendais du « Robe de marié »…
    Des bisous !

  7. Un auteur dont je ne suis pas trop à l’affût des parutions malgré son Goncourt mais je sens qu’il va prendre cher maintenant, les attentes étant hautes. J’avais bien aimé Robe de marié, sans être devenue totalement fan de l’auteur, pas lu encore son Goncourt, pas très pressée mais un jour sûrement. Son dernier ne me tente pas trop.

  8. En ce qui me concerne, pour un coup d’essai, ce n’est pas un coup de maître. Pas une purge non plus mais je m’attendais à mieux. Pas grave, on se rattrapera avec « Au revoir Là-Haut ».

  9. ton bilan ne m’étonne pas tellement. Comme je l’ai déjà dit, je trouve les polars de Lemaitre bons sans plus. C’est Au Revoir là-haut qui est un vrai chef d’oeuvre qui sort du lot… Donc, je lirai celui-ci mais plus tard.

  10. Comme toi, Au revoir là-haut n’est pas encore passé par mes étagères. Une amie l’a lu récemment et a adoré.
    Pour ce titre, je n’entends pas grand chose de positif à son sujet. Donc je découvrirai l’auteur autrement qu’avec lui.

  11. J’aime quand les copines essuient les plâtres pour nous 🙂 du coup : je passe ! d’autant que comme toi, j’avais vraiment bien aimé « robe de marié » et « travail soigné ».

  12. C’est vrai que ce n’est pas son meilleur roman ! Une impression très mitigée à la fin de cette lecture, mais n’hésite tout de même pas à lire Au Revoir là-haut 😉

  13. C’est marrant ce que tu dis, qu’il a voulu trop vite satisfaire ses fans impatients… àa la télé, il a expliqué que ce roman était écrit avant qu’il n’ait le Goncourt, qu’il savait que ce roman était différent mais que c’était pour lui le jeu de le livrer aux lecteurs dans l’ordre prévu.
    Ben moi j’ai beaucoup aimé, et ça me permettra de découvrir le reste avec encore plus d’enthousiasme! 🙂

  14. Je viens de terminer ce roman qui m’a bien déçu ! Il n’est pas sorti en poche, je pense, mais on me l’a prêté. On est loin des enquêtes de Verhoeven et de « Robe de marié » que j’avais adoré. Je me suis ennuyé en lisant ce roman. Quelques pages auraient suffi pour raconter cette histoire. Et puis, cette montre qui était la seule preuve de la culpabilité d’Antoine, il aurait dû la chercher partout. Au lieu de ça, on n’en parle plus et elle réapparait à la fin du récit. Une déception donc.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *