Fannie et Freddie – Marcus Malte

Malte

 

Conquise. J’aime la voix si particulière de Marcus Malte. L’air de rien, il déroule le fil et nous emmène dans des territoires insoupçonnés. Ça remue, ça secoue. Et ça ne laisse pas indifférent…

 

Deux nouvelles ici. Qui surfent sur le même thème mais arrivent à proposer deux univers bien distincts. Parfois très noirs, souvent pessimistes, toujours ancrés dans notre réalité, si banalement inhumaine…

 

Tour à tour choqué et fasciné, le lecteur avance un peu sur la pointe des pieds ne sachant pas vraiment ce qui va finir par lui tomber dessus. C’est que Marcus Malte maîtrise l’art de la chute à la perfection…

 

Dans la première nouvelle, nous faisons la connaissance de Fannie. Et elle est flippante Fannie. Physiquement d’abord. A l’hôpital, ses collègues la surnomment Minerve. Quand elle se retourne, c’est son corps entier qui pivote, sa nuque elle, reste raide. Une attitude très travaillée et un stratagème qui permet à la jeune femme de dissimuler son œil de verre. Déterminée, Fannie a un plan, un plan sinistre. Direction le cœur de Manhattan, Wall Street. Cet homme là, elle l’a choisi. Et tout est calculé. Son petit séjour dans le coffre de sa voiture, leur « explication », tout. Ligoté sur une chaise, la victime fait face à son bourreau sans savoir ce qu’elle lui reproche. Tétanisé, perdu, Freddie écoute ce qui s’apparente à un profond délire sans entrevoir d’issue…

 

La Seyne-sur-Mer, sur la plage des Sablettes. Dans « Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas », un homme se souvient. C’est ici qu’il a perdu son âme, vingt-sept ans auparavant. Ici que le corps de son meilleur ami Paul a été retrouvé, une partie du visage arrachée par un coup de feu. Ici qu’il l’a vu pour la dernière fois… Depuis, il ne cesse de s’interroger et de revivre ces évènements qui ont profondément bouleversé sa vie. Devenu policier, il compte bien venger son ami et retrouver le coupable de ce qui selon lui ne peut être un accident…

 

 

Deux histoires complètement braques de vengeance. Deux histoires cruelles et sombres qui nous plongent dans l’esprit dérangé de deux êtres habités par la haine. Et ça fait froid dans le dos. En filigrane, une subtile dénonciation des profiteurs de tous bords, financiers-escrocs ou grands de ce monde, menant sciemment à leur perte les petites gens qui se saignent aux quatre veines. Ceux qui ont fait confiance et ont tout perdu. New-York ou La Seyne-sur-Mer, même combat…

Marcus Malte donne la voix aux oubliés du système, ceux qui triment et se font laminer par le rouleau compresseur de la crise, ceux de l’Amérique et de la France d’en bas… Et il a un talent fou ! Oui, on est bien loin du petit roman noir à deux balles… Marcus Malte ne triche pas. J’aime ce style direct, sans chichis, presque poétique malgré la profonde noirceur. Et j’aime sa façon de dire les choses, presque en passant…

 

 

Un coup de cœur inattendu que je partage avec Jérôme. Voilà qui me donne une furieuse envie de sortir enfin Garden of love de ma PAL !

 

Le site officiel de l’auteur

 

 

Au hasard des pages« Elle tend soudain le bras et pointe le canon du revolver sur lui.

Elle dit : Et toi ? Qui es tu, toi ? Es-tu un homme qui bâtit l’Amérique , ou es-tu un homme qui la détruit ?

A cet instant, il n’y a pas la moindre différence entre sa pupille vide et sa pupille morte et le noir orifice du Smith & Wesson. C’est un seul et même vide. C’est un abîme béant dans lequel, le temps d’une fulgurante fraction de seconde de lucidité, le jeune homme entrevoit sa chute et sa fin. Il comprend qu’elle-même y est déjà tombée et qu’elle va l’y entraîner, qu’il va être forcé de la rejoindre quelle que soit sa propre volonté. Mais ce bref éclair de clairvoyance est aussitôt étouffé, son cerveau le nie et le rejette et le voilà à nouveau précipité dans le vaste royaume des aveugles où seuls la peur et l’espoir sont autorisés. Et qui règne ici sinon la reine borgne, la déesse au cou raide ? » (Fannie et Freddie, p. 41)

 

« Mon histoire est ici. Elle est brûlée par le soleil, portée par la mémoire en rafales du vent. Elle est gravée indéfectiblement sur ce rivage. Pourquoi les pistes des arènes sont-elles recouvertes de sable ? Pour la simple raison que le sable boit le sang.

Pourtant rien ne s’efface. La tache est toujours là, devant mes yeux. Et les vagues et les vagues et les vagues par-dessus n’y peuvent rien changer. Je suis comme la ville : je n’oublie pas. J’ai perdu mon âme quelque part sur cette plage, il y a vingt-sept ans de ça. Depuis, je n’ai jamais cessé de chercher.

Je marche. Je sais qu’il n’y a qu’un seul chemin parfait et je sais que la marge est étroite. Toujours, toujours à la limite. » (Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas, p. 103)

 

 

Éditions Zulma (2 Octobre 2014)

160 p.

 

ISBN : 978-2-84304-726-8

Prix : 15,50 €

 

 

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11/12

22 commentaires sur “Fannie et Freddie – Marcus Malte

  1. J’ai beaucoup aimé Garden of love et Marcus Malte et un auteur que j’apprécie vraiment. En revanche, j’ai souvent du mal avec les nouvelles alors ce n’est pas certain que je lise ce livre !

  2. ahhhhhhhh la plage des sablettes c’est MA plage, là où jvais là tout de suite boire un ptit café avec de la copine ! alors évidemment, ce lieu mélangé à ton délicieux avis, ben ça mdonne drôlement envie ! comment vais je faire avec tous ces livres à lire ????
    vais emmener un livre sur la plage des Sablettes !
    des bizzzzzzzzzzz ma divine copine <3

    • Trop de livres à lire, trop de tentations, je suis bien placée pour te comprendre ma pauvre Lucette ! Mais celui là, y’a pas photo, il est fait pour toi ! 😉

  3. Presqu’en passant oui, comme si de rien n’était. C’est engagé mais on dénonce sans forcer, il y a de la classe dans cette façon de dire les choses avec une sorte de détachement qui, au final, secoue terriblement.

  4. J’avais été très très convaincue par Garden of Love si j’en crois mon billet qui remonte un peu, mais j’avoue n’avoir quasi aucun souvenir de l’histoire.^^ N’étant pas trop nouvelles, je ne vais pas me précipiter mais il faudrait que je relise du Marcus Malte oui.

    • Il a écrit des « vrais » polars aussi cela dit, il donne dans le sombre en tous cas, quoiqu’il arrive ! Et moi j’adore ça, surtout quand c’est fait avec autant de classe et d’intelligence !

  5. Comme je le disais à Jérome il faut très vite que vous lisiez Garden of love, c’est un de mes grands grands coup de coeur !! Celui ci me tente aussi bien évidemment mais que ce soit des nouvelles me fait un peu hésiter, je n’apprécie pas trop en général…

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