Les gouffres – Antoine Choplin

les gouffresPour Milton et Prez, c’est pour aujourd’hui. Le jour du grand départ vers un ailleurs qu’ils espèrent meilleur. Les sacs sont prêts, la route est calculée. Mais pour atteindre l’océan, il faudra traverser une ville silencieuse comme vidée de ses habitants et surtout, surtout, franchir les gouffres…

 

Pour Wagram, la vie tient à une petite graine et à un rayon de soleil qui vient frapper la couverture de son livre au matin. Avec un peu de chance, la fleur aura éclot bientôt. En attendant, il faut se rendre à la Fabrique. Là, comme tous les jours, il sera en charge du « Cours des Choses », la moindre fausse manœuvre et il pourrait bien le briser…

 

Trois hommes dans un camp de prisonniers. L’un d’eux, très diminué, qui griffonne sans arrêt dans un carnet. Et ce carnet, les voilà prêts à prendre tous les risques pour l’emmener à celle qui repose maintenant sous terre et qui aurait tant voulu le lire de son vivant…

 

Un homme et son automatophone, genre d’orgue de barbarie. Un instrument imposant qu’il s’efforce de déplacer à la lumière des réverbères. Autour, personne. Pas un homme, pas un chat. Des rats par contre… Et cette mélodie qui s’élève, pour qui…?

 

Quatre nouvelles composent ce recueil d’Antoine Choplin. Dans chacune d’elle, des hommes à la recherche de quelque chose ou d’eux-mêmes. Des hommes errant, cherchant le chemin, traçant la route vers un monde « nouveau ». Des hommes seuls ou au contraire soudés. Face à eux, un destin qui leur joue des tours, un chemin parfois cabossé et semé d’embûches. Où ils vont, et pourquoi… à vrai dire le lecteur n’en saura pas grand chose…

 

Déconcertant. Le monde dépeint par Antoine Choplin est presque irréel, et on en viendrait presque à le souhaiter. Les portes de sortie sont étroites, les chemins de fuite périlleux, le salut en points de suspension. Oui, le monde d’Antoine Choplin est singulier, sombre, à la limite de l’absurde mais pourtant profondément humain. On s’y serre les coudes, on ne lâche rien et on y croit jusqu’au bout. Le lecteur un peu moins…

Si la langue est belle, il manque à ces nouvelles le petit quelque chose qui les rendraient inoubliables. On aimerait comprendre. On aimerait passer plus de temps avec ces personnages qui restent malheureusement des étrangers pour qui on ne ressent parfois que de l’indifférence. Si l’écriture va toujours à l’essentiel, on aimerait ressentir plus d’émotions. Ce n’est pas le cas et c’est fort dommage…

De là à dire que j’en resterais là avec cet auteur, rien n’est moins sûr… Difficile d’oublier mon coup de coeur pour La nuit tombée et la jolie balade sur ce Radeau

 

 

Une lecture que j’ai une nouvelle fois le plaisir de partager avec Jérôme et Leiloona.

 

 

Morceaux choisis : « Pourquoi ça lui revient maintenant, la pluralité des mondes. Et les petites fantaisies dans les pages du livre qui résonnent, sans qu’il comprenne vraiment. Et le souvenir de son père lui donnant le livre. Le feuilletant encore une fois avant de lui donner. Le silence au moment où il lui donne. La lecture des premières pages, très vite. La déception. Le livre oublié et puis plus tard, longtemps après la mort du père, le livre réapparu et avec le temps, le plaisir de questionner les mots. Un peu chaque soir. Cette sensation que quelque chose se creuse derrière les apparences. Les frissons que ça colle, à la fin, et aussi cet émerveillement qui point et qu’on tient à distance quand même. » (p. 63)

 

Éditions La Fosse aux Ours (Février 2014)

131 p.

 

Challenge rentrée d'hiver

Et une nouvelle lecture pour le challenge « rentrée d’hiver »

de Val…!

10 commentaires sur “Les gouffres – Antoine Choplin

  1. Et bien, tu as la même opinion que Jérôme.
    Comme je lui ai écris, j’ai acheté la nuit tombée. Bien envie de le découvrir.
    Passe une bonne journée.

  2. C’est amusant de lire vos critiques l’une après l’autre… elles vont dans le même sens ! Donc pas de Antoine Choplin pour moi !

    • Ah non, il ne faut pas dire « pas de Antoine Choplin »…! Il faut lire cet auteur, rien que pour sa plume et son univers bien à lui… Tu peux lire les yeux fermés La nuit tombée, moi j’ai très envie de lire Le héron de Guernica…

    • Je ne m’attendais pas à cet univers… Déconcertée au début, mais souvent charmée aussi, comme tu l’as souligné dans ton billet. Il me manque juste le petit quelque chose pour en faire un coup de cœur… C’était chouette cette lecture avec vous en tous cas, à refaire…! 😉

    • Non, je ne dirais pas qu’on s’ennuie. L’univers est particulier, on ne sait pas trop où on va, comme les personnages… Ça reste une lecture marquante.

    • J’aime beaucoup les nouvelles contrairement à toi, et comme j’aime aussi beaucoup cet auteur j’étais persuadée que le résultat serait à la hauteur de mes espérances. Mais c’est une mini-déception, je reste sous le charme de la plume de Choplin ! 😉

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