Les trois lumières – Claire Keegan

Les trois lumières

 

 

J’ai adoré Les trois lumières. Vraiment.

 

J’ai lu ce roman il y a déjà plus d’un mois, je l’ai relu hier soir pour ressentir à nouveau cette curieuse sensation d’avoir entre les mains un livre réellement fait pour moi, un livre-bijou, tout en délicatesse, une histoire dans laquelle on pénètre discrètement, sans faire de bruit, de peur de briser la magie. Je suis persuadée que cette histoire ne peut que trouver un écho en chacun de nous…

 

Même s’il ne se passe finalement pas grand chose dans ce court roman…

 

 

« Une partie de moi voudrait que mon père me laisse là

pendant qu’une autre partie voudrait qu’il me ramène,

vers ce que je connais.

Je suis dans une situation où je ne peux

ni être ce que je suis toujours

ni devenir ce que je pourrais être. »

 

Wexford, dans la campagne irlandaise. Ce dimanche là, après la messe, la jeune narratrice ne rentre pas chez elle. Dans le coffre de la voiture de son père, un sac avec quelques affaires, des vêtements propres, une lettre… Cet été, elle le passera dans la ferme de John et Edna Kinsella, un couple sans enfants que la fillette rencontrera pour la première fois. Personne ne lui a demandé son avis mais les choses sont ainsi, la famille va bientôt s’agrandir et le quotidien n’est pas si simple à gérer, il faut faucher les près, rentrer le foin, s’occuper des bêtes et le travail à la maison ne manque pas. Un enfant de moins à la maison, c’est toujours ça de pris…

Quand son père reprend la route, c’est à peine s’il se retourne, qui sait d’ailleurs quand il reviendra la chercher ? Aucune marque de tendresse, pas d’effusions, pas même un au revoir. La fillette regarde son père s’éloigner et se retrouve seule avec ces deux inconnus qu’il va falloir apprendre à connaître.

Doucement, lentement, la fillette et ses « parents de substitution » s’apprivoisent. Chez les Kinsella, on rit, on s’écoute, on se parle mais on sait aussi se taire. Chez les Kinsella, l’affection est réelle, les sentiments ne sont pas feints, on partage des moments simples, des petits moments de bonheur. Chez les Kinsella, on est heureux, du moins en apparence, malgré les secrets, malgré le passé.

 

Surtout ne pas en dire plus. Surtout préserver l’émotion de la découverte de ce lumineux petit roman… Encore une fois, j’ai été séduite par un récit bref, presque trop. Une économie de mots, un style tout en nuances, une écriture fine et aérienne. On se laisse porter. On est aimantés par cette relation qui se crée entre ces trois personnages, une relation pudique et forte où les mots semblent superflus. Une relation où tout s’équilibre finalement, on y découvre l’amour, on y panse ses plaies encore vives… Une relation où tout devient possible.

 

On referme ce livre le coeur serré. Réellement bouleversant…

 

Les avis de Clara, Sandrine, Mélopée, Leiloona, Keisha, Choco, Jérôme, A propos de livres, Lucie, Bellesahi, Brize, Yv, Maeve, Canel, Krol, Anis, Anne, Chiffonnette, Valérie, Enna, Emma, Gambadou…tous séduits.

 

Premières phrases : « Tôt un dimanche, après la première messe à Clonegal, mon père, au lieu de me ramener à la maison, s’enfonce dans le Wexford en direction de la côte d’où vient la famille de ma mère. C’est une journée chaude, radieuse, avec des zones d’ombre et de brusque lumière verdâtre sur la route. »

 

Au hasard des pages : « Une grosse lune illumine la cour et sa blancheur nous accompagne sur le chemin puis sur la route. Kinsella prend ma main dans la sienne. Dès qu’il la prend, je me rends compte que mon père ne m’a absolument jamais tenu la main, et une partie de moi voudrait que Kinsella me lâche pour que je n’aie pas à éprouver cette sensation. C’est une sensation pénible mais progressivement je m’apaise et ne me préoccupe plus de la différence entre ma vie à la maison et la vie que j’ai ici. Kinsella fait de petits pas pour que nous avancions ensemble. Je pense à la femme de la chaumière, à sa façon de marcher et de parler, et j’en conclus qu’il existe des différences énormes entre les gens. » (p. 72)

 

Éditions Sabine Wespieser (Avril 2011)

100 p.

importorigin:http://aliasnoukette.over-blog.com/article-les-trois-lumieres-claire-keegan-84722284.html

16 commentaires sur “Les trois lumières – Claire Keegan

    • C’est exactement ce que je me disais, c’est vraiment un livre qu’on aime partager ! Tu as eu raison d’en faire un livre voyageur, moi je n’ai pas résisté, je me le suis acheté suite à tous vos avis élogieux ! 😉

  1. découverte de ton blog grâce au magazine Elle.

    satisfaction de voir que j’ai les même lectures…

    Je n’ai pas encore lu les trois lumieres mais j’avais adoré l’antarctique!

    et ma lecture du moment et le turchetto….

    A bientôt

    • Merci de ton passage ici Ju… C’est toujours bizarre de se dire que plein de personnes autour de nous apprécient le même genre de lectures ! J’ai prévu de lire L’Antartique très vite, j’ai hâte de retrouver la plume si délicate de cette auteure ! Quant au Turquetto, pour l’instant j’adore ! 😉

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