L’orangeraie – Larry Tremblay

orangeraie

 

Difficile de réagir à chaud après avoir tourné la dernière page de ce roman, les mots me semblent dérisoires…

 

L’orangeraie fera partie de ces quelques titres courts, très forts, à l’empreinte durable. Ceux, finalement très rares, qui lacèrent le cœur et vous font dire avec certitude qu’on vient de lire une pépite à nulle autre pareille. A ranger et à garder précieusement dans mon petit panthéon personnel aux côtés de La boucherie des amants, Les demeurées, Skoda ou encore La lune assassinée… 

 

Deux enfants dans un pays en guerre. Un pays « où le temps ne peut pas faire son travail. » Un pays où « la peinture n’a pas le temps de s’écailler, les rideaux n’ont pas le temps de jaunir, les assiettes n’ont pas le temps de s’ébrécher. » Un pays où « les choses ne font jamais leur temps », où « les vivants sont toujours plus lents que les morts. » Amed et Aziz sont jumeaux et vivent une enfance qu’on pourrait qualifier d’heureuse dans l’orangeraie familiale. Malgré le danger qui plane. Malgré les tirs d’obus qui retentissent parfois au delà de ces montagnes qui servent de frontière naturelle avec les « ennemis ».

Jusqu’à cette bombe qui s’abat sur la maison de leurs grands-parents, presque sous leurs yeux. D’eux, il ne restera que des corps sans vie au cœur des décombres. Amed et Aziz ont neuf ans, c’est la fin de leur enfance…

 

L’orangeraie est une fable atemporelle sur l’absurdité de la guerre et le le poids des croyances. Un conte sombre et pourtant lumineux sur la force de l’amour fraternel et le sens du sacrifice. Mais tellement plus que ça…

Une histoire où chaque mot compte, où chaque silence pèse lourd. Je ne saurais dire quel personnage m’a le plus touchée dans ce roman… Tamara, la mère, silencieuse et digne, Zahed, le père, résigné à un sacrifice impossible, ces deux gamins propulsés dans une horreur sans nom…

 

Il y a dans L’orangeraie tout ce que j’aime. Une beauté sourde et lancinante, une économie de mots qui parvient à dire l’indicible, une écriture de l’instant où le drame, latent, prend à la gorge. Des phrases courtes, pas d’esbroufe. Le mensonge est ailleurs…

Difficile, oui, de parler de ce roman. Il se vit, se ressent… et marque au fer rouge. Sublime…!

 

 

Une lecture que j’ai une fois de plus le plaisir de partager avec mon complice Jérôme

 

 

Les avis de Anne, Clara et Karine

 

 

Premières phrases : « Si Ahmed pleurait, Aziz pleurait aussi. Si Aziz riait, Ahmed riait aussi. Les gens disaient pour se moquer d’eux : « Plus tard ils vont se marier. »

Leur grand-mère s’appelait Shahina. Avec ses mauvais yeux, elle les confondait tout le temps. Elle les appelait ses deux gouttes d’eau dans le désert. Elle disait : « Cessez de vous tenir par la main, j’ai l’impression de voir double. » Elle disait aussi : « Un jour, il n’y aura plus de gouttes, il y aura de l’eau, c’est tout. » Elle aurait pu dire : « Un jour, il y aura du sang, c’est tout. »

 

Au hasard des pages : « Il régnait dans la maison une tristesse mouillée. L’air s’était alourdi malgré la brise qui venait des fenêtres ouvertes. La maison faisait du silence comme les orangers faisaient de la lumière. On aurait dit que les murs, les plancher, les meubles savaient que le retour de Soulayed était pour le lendemain.

Toute la journée, Aziz a chuchoté à son frère qu’il était heureux, que tout irait bien. » (p.106)

 

 

Éditions La Table Ronde (Février 2015)

Collection Vermillon

192 p.

 

Prix : 14,80 €

ISBN : 978-2-7103-7576-0

 

 

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18 commentaires sur “L’orangeraie – Larry Tremblay

    • Je l’ai pris complètement par hasard sur la table de ma librairie… et puis j’ai commencé à voir quelques billets. Pourvu que ça fasse boule de neige !! 😉

  1. Difficile d’en parler, oui, difficile de ne pas en dire trop. Mais c’est toujours bon signe je trouve quand on n’arrive pas à trouver les mots 😉

  2. Lu le billet de Jérôme. Le tien maintenant, et dire qu’il n’est pas à la bibliothèque. Je le note car ton avis me touche beaucoup

    • Rhooooooo, c’est vrai…? Je garde un souvenir très fort de ce roman pour ma part… Mais tente celui ci quand même… et reviens me dire ce que tu en auras pensé ! 😉

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