orangeraie

 

Difficile de réagir à chaud après avoir tourné la dernière page de ce roman, les mots me semblent dérisoires…

 

L’orangeraie fera partie de ces quelques titres courts, très forts, à l’empreinte durable. Ceux, finalement très rares, qui lacèrent le cœur et vous font dire avec certitude qu’on vient de lire une pépite à nulle autre pareille. A ranger et à garder précieusement dans mon petit panthéon personnel aux côtés de La boucherie des amants, Les demeurées, Skoda ou encore La lune assassinée… 

 

Deux enfants dans un pays en guerre. Un pays « où le temps ne peut pas faire son travail. » Un pays où « la peinture n’a pas le temps de s’écailler, les rideaux n’ont pas le temps de jaunir, les assiettes n’ont pas le temps de s’ébrécher. » Un pays où « les choses ne font jamais leur temps », où « les vivants sont toujours plus lents que les morts. » Amed et Aziz sont jumeaux et vivent une enfance qu’on pourrait qualifier d’heureuse dans l’orangeraie familiale. Malgré le danger qui plane. Malgré les tirs d’obus qui retentissent parfois au delà de ces montagnes qui servent de frontière naturelle avec les « ennemis ».

Jusqu’à cette bombe qui s’abat sur la maison de leurs grands-parents, presque sous leurs yeux. D’eux, il ne restera que des corps sans vie au cœur des décombres. Amed et Aziz ont neuf ans, c’est la fin de leur enfance…

 

L’orangeraie est une fable atemporelle sur l’absurdité de la guerre et le le poids des croyances. Un conte sombre et pourtant lumineux sur la force de l’amour fraternel et le sens du sacrifice. Mais tellement plus que ça…

Une histoire où chaque mot compte, où chaque silence pèse lourd. Je ne saurais dire quel personnage m’a le plus touchée dans ce roman… Tamara, la mère, silencieuse et digne, Zahed, le père, résigné à un sacrifice impossible, ces deux gamins propulsés dans une horreur sans nom…

 

Il y a dans L’orangeraie tout ce que j’aime. Une beauté sourde et lancinante, une économie de mots qui parvient à dire l’indicible, une écriture de l’instant où le drame, latent, prend à la gorge. Des phrases courtes, pas d’esbroufe. Le mensonge est ailleurs…

Difficile, oui, de parler de ce roman. Il se vit, se ressent… et marque au fer rouge. Sublime…!

 

 

Une lecture que j’ai une fois de plus le plaisir de partager avec mon complice Jérôme

 

 

Les avis de Anne, Clara et Karine

 

 

Premières phrases : « Si Ahmed pleurait, Aziz pleurait aussi. Si Aziz riait, Ahmed riait aussi. Les gens disaient pour se moquer d’eux : « Plus tard ils vont se marier. »

Leur grand-mère s’appelait Shahina. Avec ses mauvais yeux, elle les confondait tout le temps. Elle les appelait ses deux gouttes d’eau dans le désert. Elle disait : « Cessez de vous tenir par la main, j’ai l’impression de voir double. » Elle disait aussi : « Un jour, il n’y aura plus de gouttes, il y aura de l’eau, c’est tout. » Elle aurait pu dire : « Un jour, il y aura du sang, c’est tout. »

 

Au hasard des pages : « Il régnait dans la maison une tristesse mouillée. L’air s’était alourdi malgré la brise qui venait des fenêtres ouvertes. La maison faisait du silence comme les orangers faisaient de la lumière. On aurait dit que les murs, les plancher, les meubles savaient que le retour de Soulayed était pour le lendemain.

Toute la journée, Aziz a chuchoté à son frère qu’il était heureux, que tout irait bien. » (p.106)

 

 

Éditions La Table Ronde (Février 2015)

Collection Vermillon

192 p.

 

Prix : 14,80 €

ISBN : 978-2-7103-7576-0

 

 

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34 commentaires

Cristina · 16 mars 2015 à 00h22

Sublime ?!

Alors je note ce livre dont la douceur semble n’être portée que par le titre…

MYLENE · 16 mars 2015 à 07h28

Déjà lorsqu’ils en ont parlé dans A LIVRE OUVERT sur France Info,je me suis dit « faut que je le lise celui là ! » et là j’en suis convaincue avec ton article !MYLENE

http://cousineslectures.canalblog.com/

    Noukette · 16 mars 2015 à 18h51

    J’en suis ravie, je pense que ce roman mérite qu’on en parle encore et encore !

Laure · 16 mars 2015 à 07h45

Je suis totalement conquise par ce que tu dis, et je sens que je vais adorer, et j’ai envie de le lire tout de suite, maintenant !

clara · 16 mars 2015 à 07h48

on commence à en parler et tant mieux !

    Noukette · 16 mars 2015 à 18h52

    Je l’ai pris complètement par hasard sur la table de ma librairie… et puis j’ai commencé à voir quelques billets. Pourvu que ça fasse boule de neige !! 😉

Krol · 16 mars 2015 à 09h47

Oui, il me le faut !!! Tu le compares à des titres que j’ai adorés !!!

    Noukette · 16 mars 2015 à 18h53

    Celui là, il est vraiment fait pour toi, pas possible autrement !

alexmotamots · 16 mars 2015 à 11h26

Ca y est, réservé à ma BM. J’ai hâte !

    Noukette · 16 mars 2015 à 18h53

    Je t’envie d’avoir encore cette pépite à découvrir !

jerome · 16 mars 2015 à 12h19

Difficile d’en parler, oui, difficile de ne pas en dire trop. Mais c’est toujours bon signe je trouve quand on n’arrive pas à trouver les mots 😉

    Noukette · 16 mars 2015 à 18h54

    Pour la grande bavarde que je suis, arriver à me rabattre mon caquet, c’est assez rare oui 😉

Anne · 16 mars 2015 à 13h01

J’espère qu’il aura son succès en France (je préfère ma couverture du Québec 😉 )

    Noukette · 16 mars 2015 à 18h54

    Elle est plus lumineuse c’est vrai… Quoiqu’il en soit, c’est un grand roman !

ohoceane · 16 mars 2015 à 13h57

Le genre de récit qui brise le cœur tant il nous rappelle la vérité du quotidien de bon nombre sur Terre aujourd’hui.

    Noukette · 16 mars 2015 à 18h55

    C’est tout ce que j’aime dans la littérature…

Marion · 16 mars 2015 à 14h15

Chaque lecture commune de Jérôme et toi je finis par la noter dans mon carnet 🙂

templeuve · 16 mars 2015 à 14h35

Décidément, ce blog est pire qu’une pluie bienfaisante pour faire pousser ma PAL !

franfran · 16 mars 2015 à 16h11

ohhhhhh je note 😉

Sandrine · 16 mars 2015 à 20h05

Un sujet qui touche de près l’actualité.
Je note.

    Noukette · 18 mars 2015 à 22h07

    Oui, on ne peut s’empêcher d’y penser en le lisant…

A_girl_from_earth · 16 mars 2015 à 22h15

Très tentant, vos billets à Jérôme et toi sont forts, on sent le livre incontournable, mais je ressors de chez lui indemne, je vais tâcher de ressortir d’ici idem.^^

zazy · 16 mars 2015 à 22h56

Lu le billet de Jérôme. Le tien maintenant, et dire qu’il n’est pas à la bibliothèque. Je le note car ton avis me touche beaucoup

    Noukette · 18 mars 2015 à 22h09

    Les textes comme celui ci sont rares, alors quand on croise leur route, on ne peut qu’avoir envie d’en parler autour de soi…

Emma · 19 mars 2015 à 16h34

Je le note et m’en vais lire dans la foulée l’avis de Jérôme 😉 (en aparté, je n’avais pas du tout aimé Skoda).

    Noukette · 25 mars 2015 à 22h28

    Rhooooooo, c’est vrai…? Je garde un souvenir très fort de ce roman pour ma part… Mais tente celui ci quand même… et reviens me dire ce que tu en auras pensé ! 😉

Challenge Rentrée littéraire janvier 2015 - Bilan final | Micmélo LittéraireMicmélo Littéraire · 28 décembre 2015 à 00h20

[…] recommandé par un (presque) trio de coups de coeur, L’orangeraie, de Larry Tremblay, chez Noukette, Eva et Jérôme. En revanche, pour Juliette dans son bain, de Metin Arditi, aucun coup de coeur, […]

L’orangeraie | D'autres vies que la mienne · 11 novembre 2016 à 11h12

[…] Un très beau billet sur le blog de Noukette. […]

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