Rien dire – Bernard Friot

Rien direLe temps qu’une bougie se consume… C’est le temps que devra durer la prise de parole de Brahim face à ses camarades de classe. Une idée de son professeur pour préparer ses élèves au bac de français. Bientôt, ce sera à lui de parler. De se livrer. De mettre des mots sur ce qui l’assaille, le tiraille, le blesse ou le rend heureux. Tout ce qui lui passe par la tête, même si ça n’a aucun sens, même si tout se bouscule, même si tout s’entremêle… Parler. Mais Brahim n’a rien à dire. Rien. Brahim n’est pas timide, non. Il n’a rien à dire. C’est tout…

 

Dans sa tête, pourtant, les mots s’entrechoquent. Des choses qu’il pourrait dire. Ou choisir de taire. Des mots qui pourraient calmer les maux intenses et profondément intimes qui le rongent tout doucement. Des mots qui pourraient panser des plaies encore vives. Des mots pour accorder le pardon ou au contraire crier vengeance… Mais Brahim ne dira rien. La rancune ou l’amour, la haine ou l’espoir, il les garde pour lui.

 

 

J’ai une tendresse particulière pour cette collection. Des textes courts, qui se lisent d’un souffle, d’une traite. Des monologues qui sont autant de cris du cœur, autant de cris de détresse. Des bouteilles à la mer, des mots que l’on murmure ou que l’on hurle pour faire taire la tempête qui gronde.

Si j’ai aimé le tumulte qui agite Brahim, si j’ai aimé voir naître puis exploser sa colère trop longtemps contenue, je dois avouer que j’ai été moins sensible à son désarroi qu’à celui des adolescents croisés dans les autres titres de cette collection lus jusqu’à présent. Beaucoup de thèmes abordés pourtant dans cette confession, notamment celle du combat permanent d’être considéré comme un étranger dans un pays qui l’a pourtant vu naître. Une belle réflexion aussi sur la langue française et le système scolaire. Ainsi qu’un beau cri d’amour pour la langue de Goethe. Il reste que j’ai trouvé ce titre moins percutant, moins inattendu… Peut-être un peu plus convenu aussi…

 

Malgré tout, plein de bonnes choses dans ce petit roman, en vrac et dans le désordre, au rythme des pensées apparemment décousues de Brahim. Criera-t-il finalement sa colère…? Le lecteur n’en saura rien. Mais il saura tout de cet adolescent qui choisit le silence plutôt que la parole qui pourrait être libératrice… 

 

 

Une lecture partagée avec Jérôme pour notre rendez-vous jeunesse du mardi

 

 

Dans la même collection : Ma tempête de neige de Thomas Scotto – Ma nuit d’amour de Frédérique Deghelt – Pas couché de Cathy Ytak – La piscine était vide de Gilles Abier

 

 

Premières phrases : « Demain soir, ce sera mon tour. La prof pointera son doigt vers moi et dira : « A toi, Brahim. » Et il faudra que j’y aille. Peut-être. C’est un jeu, paraît-il. Ca fait partie du « stage » de préparation au bac de français. « Stage », tu parles… En fait, on passe quatre jours en pleine campagne, dans un ancien pensionnat transformé en centre d’accueil pour colonies de vacances et classes transplantées. Cours le matin, ateliers l’après-midi : lecture à voix haute, simulations d’épreuve orale, etc. Le soir, la classe est réunie dans la salle de conférence aménagée sous les toits. Poutres apparentes, parquet ciré. Règle du jeu : un élève vient s’asseoir sur une chaise, au centre de la pièce, devant les autres, disposés en demi-cercle. Et il parle. De ce qu’il veut. Enfin, pas vraiment. Il faut parler de soi, de sa situation, de ses projets, de ses passions. Sans rire. » 

 

 

Au hasard des pages : « J’arrête. J’arrache ma langue, je vide ma tête, j’écris fin. Et puis plus rien. Ce serait bien. Mais on peut pas s’arrêter de penser. Penser à rien, ça n’existe pas, c’est impossible, ça. » (p. 33)

 

 

Éditions Actes sud Junior (Mai 2014)

Première édition Mars 2007

Collection D’une seule voix

80 p.

11 commentaires sur “Rien dire – Bernard Friot

  1. J’ai déjà noté pas mal de titres de ce collection, que ce soit chez toi ou chez Moka, une collection de titres qui semblent sonner fort… Ce sujet là ne pourrait que me toucher, qu’importe les raisons, un élève ne devrait jamais sentir de rejet… Le système éducatif semble avoir des lacunes de ce côté là… Mais sans doute mon discours est ainsi parce que je vis la situation, même si elle n’est pas tout à fait semblable…

  2. En fait, ils en sortent souvent des titres dans leur collection ? Je ne la connaissais pas du tout jusqu’à « La Piscine… » et c’est donc déjà le 3ème que je découvre sur ton blog, en très peu de temps…

    • Depuis la nouvelle maquette de la collection, ils rééditent plein de « vieux » titres, dont celui là. L’occasion de les découvrir pour ceux qui ne connaissaient pas encore cette superbe collection. Du coup, pas mal de sorties qui n’en sont pas vraiment. Mais plein de nouveaux titres à venir aussi, et ça, c’est plus qu’une bonne nouvelle ! ;-)

    • La collection D’une seule voix (lancée par Jeanne Benameur doit-on encore le préciser…?) est une de mes collections préférées. Intelligente, percutante, tout ce que j’aime !

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