Soyez imprudents les enfants – Véronique Ovaldé

soyez-imprudents-les-enfants

« Nous étions à ce moment-là en train de regarder le soleil se lever, les pieds sur les chaises en métal de la terrasse, dans la cacophonie des oiseaux de l’aube.

Ce tumulte créait une confusion étrange qui me donnait l’impression de revenir d’un long voyage ou plutôt d’un voyage lointain vers les dernières légendes de la famille Bartolome, je sentais que j’allais pouvoir refermer chacune des portes qui était restée entrouverte, j’allais m’y appliquer pour qu’aucun courant d’air ne pût les réentrouvrir. »

 

J’ai retrouvé dans le dernier roman de Véronique Ovaldé ce qui me charme dans son écriture, ces thèmes qui lui sont chers et qui lui vont comme un gant… 

 

Dès les premières pages, on pénètre un monde de femmes. Des femmes et leurs fêlures, leurs vides et leurs espoirs un peu fous. Des femmes aux envies d’ailleurs. Des femmes qui doivent souvent se défaire et s’absoudre d’une généalogie pesante pour conquérir leur liberté et être enfin elles-mêmes…

 

Et elles sont belles ces femmes. Fortes et fragiles. Passionnées ou mélancoliques. Des femmes qui veulent changer leur vie et ont souvent vécu dans l’ombre d’hommes au charisme écrasant. Et Véronique Ovaldé raconte leur histoire, avec ce talent de conteuse qui embarque son lecteur bien plus loin qu’il ne l’aurait imaginé. Nous sommes en Espagne, après le franquisme ; nous sommes aussi au Brésil, pendant la colonisation ; à Paris ou ailleurs… et doucement, lentement, un tableau plus large se dessine où l’imprudence se révèle avoir une place primordiale.

 

Atanasia Bartolome, l’héroïne du roman, est imprudente oui, mais apprend des ses erreurs et de ses tâtonnements. C’est ce qui l’empêche de rester enfermée dans un carcan. C’est ce qui la rend solaire et lui offre des choix de vies qui n’ont pas forcément été ceux des autres femmes de sa famille à qui elle ne veut en aucun cas ressembler. C’est un tableau du peintre Roberto Diaz Uribe qui décidera de son destin. Un tableau découvert par hasard à l’âge de 13 ans au musée de Bilbao qui la bouleversera tant qu’elle n’aura de cesse de percer le mystère de la disparition de son auteur. Pour cela, elle devra quitter l’Espagne, se rendre à Paris et bien au delà pour apprendre la vérité. Une vérité qui lui en apprendra autant sur elle-même et son étonnant destin…

 

 « Essayer de reconstituer une histoire familiale avec autant de trous,

c’est de la dentelle à repriser… »

 

Véronique Ovaldé est une vraie raconteuse d’histoires. Elle brode autour des thèmes qui la hantent et habitent ses romans : la « prison » familiale, le mensonge et ses conséquences, la rage de vivre et la fuite comme solution de survie. Le personnage d’Atanasia Bartolome est idéal pour incarner cette envie d’absolu et cette volonté féroce de dépasser la fatalité familiale. Libre, audacieuse, rêveuse, imprudente, elle n’a pas peur de décevoir et d’avancer. Si la première partie se déroulant en Espagne m’a absolument enchantée, la partie parisienne et sa rencontre avec ce professeur russe un peu moins, la quête m’ayant donné l’impression de faire du sur place… Il reste que la plume de Véronique Ovaldé fait des merveilles. Elle déploie une palette infinie de fictions, fait s’entrecroiser plusieurs récits familiaux qui imbriqués révèlent toute la finesse de la construction du roman. Une vraie réussite…!

 

Une lecture que je partage avec grand plaisir avec Framboise et Jérôme

 

Les avis de l’Irrégulière, Léa Touch Book

 

Éditions Flammarion (Août 2016)

352 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-08-138944-1

 

 

challenge12016br

6/18

Challenge 1% rentrée littéraire catégorie « Touche à tout »

chez Hérisson et Léa Touch Book

22 commentaires sur “Soyez imprudents les enfants – Véronique Ovaldé

  1. Je ne réussis pas toujours à « entrer » dans l’univers de Véronique Ovaldé, mais depuis que je l’ai entendu au Forum, j’avais bien envie de lire son livre et là, tu confirmes mon envie 🙂

  2. Une vraie raconteuse d’histoires que j’ai pris plaisir à découvrir en charmante compagnie avec vous deux, même si les personnages m’ont malheureusement laissé de marbre, comme tu le sais 😉

  3. J’aime beaucoup l’univers de Véronique Ovaldé découvert avec Ce que je sais de Vera Candida notamment mais celui-ci me tentait moins au départ, au milieu de tous ses concurrents alignés au départ de la Rentrée Littéraire… Peut-être un peu plus tard, après la cohue de septembre…

  4. Je crois que je n’ai lu qu’un seul roman de cette auteure et si mes souvenirs sont bons, je suis passée à côté. Il faudrait peut être que je lui donne une seconde chance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *