Cette année encore, j’ai lu un certain nombre de romans dont je n’ai pas parlé ici. Tous des livres de la rentrée littéraire lus au cœur de l’été. Par manque de temps, parfois par manque d’envie, souvent parce que je me demandais quoi en dire qui n’avait pas déjà été dit ou au contraire parce que je ne pensais pas trouver des mots à la hauteur. Une petite dizaine de livres donc qui n’ont pas eu droit à leur petite bafouille et parmi eux quelques coups de cœur voués à l’oubli, ce qui, vous l’avouerez, est bien dommage…!

 

2018 verra peut-être naître des billets dignes de ce nom sur certains d’entre eux mais dans le doute, et histoire de remettre tous les compteurs à zéro, retour sur ces romans oubliés qui méritent plus qu’un petit coup de projecteur…!

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Le dialogue intime, puissant, engagé, essentiel, entre Valentine Goby, romancière, et Charlotte Delbo, déportée, résistante, poète. J’avoue mon inculture, je ne connaissais Charlotte Delbo que de nom avant de me lancer dans cette lecture. Je suis ressortie de ce texte avec un amour encore plus grand pour les mots et cette littérature souvent salvatrice, avec la certitude que la langue et l’acte d’écrire pouvait panser toutes les plaies. Avec un profond respect, aussi, pour ces deux femmes. C’est une rencontre, de celles qui changent une vie, que nous donne à voir Valentine Goby. C’est un cadeau…

 

Je me promets d’éclatantes revanches de Valentine Goby, L’Iconoclaste, 2017

 

 

Une séparation à hauteur d’enfant. Ça peut paraitre banal mais Sophie Lemp a l’art de tisser l’universel à partir de ces petits bouts de vie qui résonnent si intimement. Les fêlures, les sentiments contradictoires, les questions sans réponses, les petites haines qu’on aimerait pouvoir taire, ces fils qui se désunissent, l’avant, l’après… et ce qui reste et persiste de la famille et des liens, malgré tout, des années après. C’est simple, émouvant. Ça dit l’intime, le mouvant, les souvenirs qui s’effritent et ceux qui s’impriment. Ça dit ces douleurs qui malgré tout aident à grandir. Un texte pudique, personnel, trop peut-être, qui pourrait laisser certains lecteurs sur le bas-côté.

 

Leur séparation de Sophie Lemp, Allary, 2017

 

 

Tout est affaire d’ambiance dans ce premier roman. Comme le personnage principal, le lecteur chemine sans trop savoir ce qu’il cherche et finalement ce n’est pas le plus important. Sur la route, l’essentiel est dans les rencontres, les questions qu’on se pose et dont on ne trouvera peut-être pas les réponses. Des oiseaux tombent du ciel et l’enquête se fait intime. C’est doux, contemplatif, poétique, étonnant, érudit. Une plume élégante et raffinée qu’on aime à lire, qu’on aimerait entendre, qui titille l’imaginaire en chacun d’entre nous. Dépaysant.

 

Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet, Finitude, 2017

 

 

Un village des Caraïbes, une légende, un trésor perdu. Un navire échoué, des explorateurs, une famille au cœur du mystère… Dans ce roman, tout est émerveillement. La résonance des contes de l’enfance, la saga familiale dont on dénoue les fils avec passion, l’histoire d’amour et son lot d’écueils. Miguel Bonnefoy s’amuse dans un numéro de haute voltige qui mêle les genres avec brio. Le lecteur, lui, se régale, s’enthousiasme, de la langue virevoltante, de la prose fabuleuse et inventive, de la richesse exotique mi fabuleuse mi philosophique. Un bijou découvert dans le cadre du prix Landerneau et un auteur à suivre !

 

Sucre noir de Miguel Bonnefoy, Rivages, 2017

 

 

Un final en apothéose pour le Cycle des maudits débuté avec La lune assassinée et Les milles veuves. Un texte si puissant, si beau, qu’il m’a laissée sans voix… J’ai retrouvé tout ce que j’aime chez cet auteur de génie, à commencer par cette langue, tumultueuse, violente, sensuelle. Tout fait rage dans ce roman. Et tout fait sens. Un tourbillon de sentiments, le mal d’amour, l’amertume de ceux qui ne sont plus aimés, la jalousie qui s’insinue comme un poison, le vide que laissent ceux qui partent. Et Camille, celle par qui le malheur arrive… Magnifique, tragique et d’une beauté à couper le souffle !

 

Le cri du diable de Damien Murith, L’âge d’homme, 2017

 

 

Un roman glaçant et passionnant lu dans le cadre du jury pour le Prix Landerneau. Une expérience de lecture assez particulière, une distance voulue pour pouvoir affronter sereinement l’histoire édifiante de cet ancien médecin tortionnaire à Auschwitz. Son errance, ses vies multiples, sa traque vu par le prisme mi-documentaire mi-fictif d’Olivier Guez. Et cette question, lancinante, qui ne quitte pas le lecteur… Comment Josef Mengele a-t-il pu passer entre les mailles du filet pendant près de trente ans ? L’enquête est minutieuse, précise, et fait froid dans le dos. Saisissant.

 

La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez, Grasset, 2017

 

 

Je sais que je ne prends aucun risque en ouvrant un roman de Laurent Bénégui. J’avais aimé le côté décalé et profondément drôle de Mon pire ennemi est sous mon chapeau, j’avais été troublée et émue par Naissance d’un père… j’ai été enchantée par cette délicieuse parenthèse de lecture offerte par La part des anges. On y parle du deuil avec légèreté et drôlerie. On n’y oublie pas les belles émotions et les situations loufoques. Et surtout on y parle d’amour et de vie. Une lecture sympathique, tendre et touchante qui donne le sourire.

 

La part des anges de Laurent Bénégui, Juillard, 2017

 

 

Stradi est né avec un violon dans la tête et moi je suis tellement tombée en amour pour lui que je ne sais pas comment vous en parler. Voilà. C’est bête et ça m’arrive finalement assez rarement mais je ne trouve pas les mots pour vous parler de ce petit bonhomme. Je me sens un peu démunie pour vous parler de ses grandes batailles, de ses petites victoires, de son petit monde à lui qui est devenu l’espace de quelques pages mon petit monde à moi… Gilles Marchand est un peu magicien mais je crois qu’il ne le sait pas. Son funambule m’a emmenée loin, ailleurs. J’y ai fait le plein d’amour, de musique, de rêves en couleur, de fantaisie… Et je m’y suis sentie furieusement bien. Un vrai petit miracle en équilibre par l’auteur-chouchou du précieux Une bouche sans personne

 

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand, Aux forges du Vulcain, 2017

 

 

Mission accomplie…!

 

Les comptes sont remis à zéro, je vais pouvoir tourner sereinement la page de 2017 et aborder avec enthousiasme et curiosité les lectures qui feront 2018 ! Il me reste encore à vous parler des très beaux romans de Alice Zeniter, de Véronique Olmi et de Gaëlle Nohant mais demain est un autre jour…

 

En attendant, je vais profiter des quelques jours de répit qui s’annoncent pour me plonger dans quelques jolies lectures jeunesse qui font du bien tout en zieutant vers ces nouvelles tentations de la rentrée d’hiver qui me tendent les bras.

 

Très belles fêtes de fin d’année à tous !


15 commentaires

Moka · 30 décembre 2017 à 17h06

Des chroniques express qui viennent assurer une transition avec 2018 qui, je l’espère, nous réservera de belles pages de littérature ! <3

Marie-Claude · 30 décembre 2017 à 18h34

Un billet compact pas piqué des vers!
Je te souhaite une excellente année livresque 2018!

Fanny · 30 décembre 2017 à 19h24

J’ai tellement envie de te lire sur le Zeniter…que j’aime d’amour ( comment je me répète…) Et oui ce Stradi m’a aussi transportée…❤

krol · 30 décembre 2017 à 19h25

Quelques livres que j’ai bien envie de lire.

Antigone · 30 décembre 2017 à 21h18

De belles lectures oui… J’ai adoré le funambule. Parfois on lit plus vite qu’on écrit. Pas toujours facile de rédiger des billets, ou pas toujours envie je comprends.

Itzamna · 30 décembre 2017 à 21h32

De bonnes idées… Je retiens le Goby, Victor Pouchet, Bonnefoy, Olivier Guez. Je laisserai Gilles Marchand, je m’étais ennuyée avec Une bouche sans personne.

**Marie** · 30 décembre 2017 à 21h48

Pourquoi les oiseaux meurent m’intrigue depuis sa sortie. Je le lirai certainement en 2018.

Thalie · 31 décembre 2017 à 15h59

Et bien voilà une bonne idée, je comprends ta démarche et j’ai aussi fait des lectures que je n’ai pas eu le temps, l’envie de chroniquer ou que j’ai oubliées. Le quotidien, les petits (ou gros) imprévus de la vie font que parfois il y a quelques loupés.
Très chouette billet.
Je te souhaite le meilleur pour la prochaine année 🙂

Valérie · 1 janvier 2018 à 20h24

Tout le monde me parle de Charlotte Delbo sur mon blog mais j’avoue que je la connaissais pas non plus. J’en profite pour te souhaiter une belle année 2018.

dasola · 1 janvier 2018 à 22h18

Bonsoir Noukette, je compte bien lire le Olivier Guez et surtout le Gilles Marchand (à force d’en lire du bien). Bonne soirée et très bonne année 2018.

Emma · 2 janvier 2018 à 15h47

Et bien en voilà des titres sympas si jamais je n’en avais pas assez noté de toute l’année :))

Electra · 2 janvier 2018 à 19h52

Finalement tu les as aimés ces livre oubliés ?! Bonne fin de vacances !

Jerome · 3 janvier 2018 à 15h55

Valentine et Damien Murith me font de l’œil, forcément !

Daphné · 13 janvier 2018 à 23h26

« Le funambule sur le sable » a été pour moi un beau coup de cœur! Je n’ai pas lu les autres.
Daphné

Liliba · 16 janvier 2018 à 11h39

Si je fais le compte des livres lus dont je n’ai pas parlé, il y en aura 20 fois plus que de livres dont j’ai parlé !!!

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