On ne voyait que le bonheur – Grégoire Delacourt

On ne voyait que le bonheur

 

Alors que son père s’apprête à mourir, Antoine revient sur sa vie. Après tout, c’est son métier, estimer, indemniser la vie des autres, tout a un prix. Mais la sienne, à quoi peut-on la résumer…?

 

Une enfance bancale, des parents maladroits, mal aimants. Des vides. Des absences. Des pertes immenses. Et malgré tout, on se construit, on grandit de travers, certes, mais on grandit. On apprend, on prend des claques, on avance, on fait profil bas, on songe au bonheur, on l’entrevoit même, parfois… Alors on enfile son costume de super-héros, on fait semblant, pour les autres, pour soi-même. Être le mari parfait, le père idéal, ne pas reproduire les erreurs de ses géniteurs. Simulacre de bonheur… Que trouve-t-on si l’on gratte un peu le vernis des apparences…?

 

Une nuit. Une nuit de confidences au creux de l’oreille de son fils Léon. Antoine raconte, se raconte, rembobine l’histoire de sa vie. Ne plus fuir. Mettre des mots sur les maux. Ses parents qui n’ont jamais servi de tuteurs, le drame qui a fait explosé sa famille déjà nécrosée, la relation urgente et fusionnelle qui en naîtra… Antoine dit tout. En vrac et dans le désordre, il regarde dans le rétroviseur, sans jamais se bercer d’illusions. Jusqu’ici, tout va bien…

 

Je ne m’étais pas préparée à prendre une telle claque… J’ai reposé ce roman il y a quelques heures, sonnée. Impossible de prendre du recul avant d’écrire ce billet, j’aurais peut-être dû pourtant, laisser maturer un peu tout ça. Non, je ne m’étais pas préparée à ça… J’avais trouvé La liste de mes envies très anecdotique. Je m’étais d’ailleurs promis de ne pas relire Delacourt, c’est dire… Comme quoi…

 

On ne voyait que le bonheur est un grand roman. Ne vous attendez pas à une gentille bluette, à une histoire facile et légère, non. Très vite, la photo de famille se déchire et laisse entrevoir la vie, la vraie. Ce qu’elle a de plus abject, de plus détestable, de plus répugnant. Les ronds de jambes, les courbettes, les sourires de façade. Les petits mensonges, les grandes trahisons. Le manque d’amour qui prend racine et assèche les cœurs. L’insondable vide… Très vite, on pressent l’horreur… la claque.

 

Je ne vois pas grand chose à reprocher à ce roman, mis à part la fin, peut-être, que j’aurais voulue plus cohérente et donc bien plus sombre… Mais qu’importe. J’ai lu ce roman d’une traite, sans pouvoir le reposer. J’ai aimé que l’auteur ne prenne pas de gants, qu’il laisse son personnage s’embourber sans tenter de lui sortir la tête du marécage dans lequel il se débat. Quitte à l’y enfoncer… Même si, la vie, parfois, fait le cadeau d’une seconde chance…

 

Un grand roman oui. Fort, lancinant. Et réellement inattendu… Incontestablement un des romans les plus marquants de cette rentrée…

 

 

Les avis contrastés de Jostein, l’Irrégulière, Laure, Leiloona, Micmelo, Sab, Sharon

 

 

Premières phrases : « Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros. »

 

 

Au hasard des pages : « On aurait dû se parler davantage, toi et moi, mieux se connaître. Tu es un garçon malin, intelligent. Tu sais, une fois j’ai demandé à mon père pourquoi il y avait la pluie. Il a levé les yeux au ciel, il a eu un mouvement d’épaules, comme si ma question était débile. Il était chimiste, je sais qu’il connaissait ce genre de choses, et aussi le pourquoi des orages et des marées. Mais il ne m’a pas répondu. Il était sans doute trop occupé dans sa tête, ou ma question revenait à mendier de l’amour ; et ça le terrifiait. C’est difficile comme question, Léon. J’ai cherché la réponse, pour le jour où toi aussi tu me demanderais pourquoi il pleut. Mais tu ne m’as jamais posé la question. » (p. 73-74)

 

 

Éditions JC Lattès (Août 2014)

363 p.

 

ISBN : 978-2-7096-4746-5

Prix : 19,00 €

 

 

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20/24

26 commentaires sur “On ne voyait que le bonheur – Grégoire Delacourt

    • Oui, j’avais lu ce billet, et je n’ai pas aimé… L’auteur, que je ne connais pas, sous prétexte de ne pas aimer ce roman (ce que je peux concevoir bien évidemment…) en dit beaucoup trop. Et ses arguments, je suis loin d’y adhérer… Il force le trait, prend des raccourcis et donne l’impression que ce roman a été écrit à la va-vite et avec les pieds. Non, vraiment, je n’aime pas cet article…

  1. Tu es terrible tu sais ! J’aime ton enthousiasme, quand tu défends les livres que tu as aimé et qu’en te lisant on se dise qu’on ne va pas pouvoir passer à coté 😉

  2. pareil que Jérome héhé tu es terrrrrrrrrrrible, ai envie de courir chez le libraire pour m’offrir ce roman !
    en attendant je t’embrasse tout plein… <3

  3. Dès le premier billet, j’ai deviné quel était l’événement en question au milieu du livre. Ce n’est peut-être pas important de le savoir, pour la lecture, mais ça ne me donne pas forcément envie de sauter le pas, de l’acheter ou de l’emprunter.

    • Pour tout te dire Kathel, j’ai moi aussi très vite deviné à la lecture ce qui allait me tomber dessus… Des petits indices, des petites phrases, disséminés tout au long des chapitres jusqu’à la fin de la première partie. Oui, j’avais deviné. Et malgré tout, je t’assure que j’ai tourné les pages avec une frénésie rare… Comme quoi…

    • Pas si étrange que ça non… Je comprends que certains soient gênés aux entournures, carrément agacés même… Mais moi j’ai plongé, et je le répète, je considère que c’est un grand roman…

  4. Depuis La liste de mes envies j’ai décidé de ne plus lire Delacourt… Comme toi. Changerai-je d’avis ? comme toi ? Pas sûr du tout, après avoir lu la critique donnée par Yv…

    • J’avais trouvé La liste de mes envies agaçant au possible, niais et bourré de clichés. Avec ce livre, je n’ai pas l’impression de lire le même auteur… Le lien de Yv pointe un article qui en dit beaucoup trop, et qui rend ce roman détestable en plus… A toi de voir… 😉

  5. Tu m’aurais presque convaincue alors que je n’étais pas disposée à le lire, et puis je suis allée faire un tour du côté du lien indiqué par Yv. Et là, les bras m’en tombent et je n’ai plus envie du tout.

    • Dommage… Parce que cet article enfonce le clou bien trop profond je trouve. Les arguments se veulent imparables mais ça tourne à l’exercice de style. Ils ont sur moi l’effet contraire du coup…

  6. Tu es la première chez qui je lis un avis réellement enthousiaste, ému même !
    ( mais il continue à ne pas me tenter, suite à La liste qui m’avait pratiquement déplu…)

    • Leiloona et laure étaient très enthousiastes aussi, conquises même… Mais ce roman divise et divisera encore longtemps, c’est toujours « louche » un auteur « populaire »…

  7. Ben tu vois, je suis heureuse de voir que tu as finalement relu un Delacourt, car oui celui-ci n’est pas de la même veine que les autres. Soufflée aussi j’ai été.

  8. Déjà, au Masque et la Plume, un des critiques en disait trop … mais j’ai regardé l’article mis en lien par Yv (OK, parce que je n’avais pas a priori l’intention de lire le livre, compte tenu du fait que je n’avais pas du tout aimé « La liste de mes envies ») et là, on sait tout. Si je m’aventure donc un jour dans ce livre, ce sera pour y regarder de plus près du côté de son écriture et de la psychologie du personnage principal, mais pour le moment je ne suis guère motivée.

    • On sait tout oui, même si l’auteur abuse des raccourcis débiles… C’est dommage, vraiment. Je n’avais pas l’intention de le lire non plus au départ, et tu vois, je suis bien contente de m’être lancée malgré tout !

  9. Je crois que c’est bien la première fois que je ne suis pas d’accord du tout avec toi … Pour toi c’est un grand roman, pour moi, non, ce n’est pas un grand roman

    • Tu as tout à fait le droit de ne pas être d’accord, c’est même plutôt rassurant non ? L’uniformité dans les avis de lecture, ça serait d’un ennui…! 😉

  10. Dis donc tu es sacrément enthousiaste, bon moi perso ce que j’ai lu de Delacourt jusqu’à présent m’a plutôt fait changer de trottoir, et celui-là ne me tentait pas du tout, je crois que c’est le premier billet vraiment enthousiaste dans les blogs que je suis…j’avais peur du trop de trop (trop de sombre, trop de drame, trop d’événements irréversibles), histoire de rattraper les opus plus joyeux…
    Du coup Noukette je ne sais plus quoi penser je dois dire…

    • Et moi je ne sais pas quoi te dire de plus… sinon que je comprends tes réticences, que j’avais les mêmes, et que j’ai quand même voulu voir de quoi il retournait. J’ai drôlement bien fait… Mais on peut ne pas aimer, je le comprends tout à fait…!

  11. Me souvenir de L’écrivain de la famille, prometteur. Essayer d’oublier La liste de mes envies qui m’avait fait bannir totalement cet auteur de mon avenir livresque et donner une nouvelle chance à Grégoire Delacourt… Tu es vraiment très très forte Noukette !

    • Si j’arrive à te faire changer d’avis et te donne envie de découvrir ce roman, j’en suis ravie, vraiment… Je n’avais pas non plus aimé La liste de mes envies mais là… VLAM !

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