Les grandes jambes – Sophie Adriansen

grandes jambes

Dans la cour du collège, les paires d’yeux sont des mitraillettes. Aucune faute de goût ne passe inaperçue. Les jugements sont immédiats, les conclusions définitives. Les blagues fusent, souvent gratuites, parfois cruelles. Je suis désormais habituée aux « sauterelle », « grande perche », « girafe ». Heureusement que je ne m’appelle pas Sophie ! »

 

A l’adolescence, Marion a poussé comme un champignon, beaucoup trop vite. Dans la jungle du collège, difficile de passer inaperçue avec ses grandes guiboles, d’autant que trouver des pantalons à sa taille relève du parcours du combattant. Non seulement elle dépasse une grande partie de ses camarades de classe mais elle arbore à son grand désespoir un look de pêcheur de moules : ses jeans lui arrivent tous au-dessus des chevilles et dévoilent ses chaussettes…  Difficile dans ces conditions d’avoir confiance en soi quand le reflet renvoyé par le miroir de correspond pas aux « normes ». Encore plus difficile d’attirer le regard du beau Grégory…

 

Obsédée par les proportions et l’extrême diversité des corps humains, Marion se sert de ses différentes observations dans ses cours de dessin auxquels elle se rend le mercredi soir. Des connaissances et un talent qui lui seront d’une grande utilité quand un projet de classe l’emmènera à étudier l’école flamande. Un exposé sur La Ronde de Nuit de Rembrandt, un voyage scolaire à Amsterdam pour visiter le Rijksmuseum et la maison d’Anne Frank, une passion partagée… seront l’occasion pour Marion de prendre enfin confiance en elle, de relativiser l’importance des complexes qui lui bouffent la vie et, peut-être, de se rapprocher de Grégory…

 

« L’art n’est pas la vraie vie, d’accord ;

mais contrairement à ce que je croyais, l’art peut changer le présent. »

 

Le nouveau roman de Sophie Adriansen est une réussite. Son héroïne est criante de vérité, rongée par ses complexes, obnubilée par sa taille, elle souffre du regard des autres et vit très mal les difficultés qu’elle a à s’habiller. Le problème pourrait paraître anodin voire anecdotique, il ne l’est pas pour l’adolescente qui cherche par tous les moyens à se fondre dans la masse pour être enfin « normale ».

Le « plus » de ce roman qui aborde des thématiques adolescentes qu’on rencontre souvent en littérature jeunesse (l’identité, les complexes, l’image et l’estime de soi…) tient dans l’originalité de son traitement et cette capacité de l’auteure à donner de l’importance à des thèmes apparemment sous-jacents. Ce voyage à Amsterdam ouvre de nombreuses portes à l’héroïne mais aussi au jeune lecteur qui s’intéressera sans s’en rendre compte à l’Art dans ce qu’il a de plus pur et de plus beau. Remarquables, les passages évoquant la peinture ou se déroulant au sein du musée sont d’ailleurs parmi les plus beaux du roman, difficile après les avoir lus de ne pas avoir envie d’en savoir plus sur Rembrandt, difficile aussi de ne pas ressentir la passion de l’auteure qu’elle sait si bien retransmettre. La petite parenthèse sur Anne Frank est elle aussi très émouvante…

 

Les grandes jambes… Ou comment l’Art et l’Histoire peuvent transformer le regard sur sa propre vie d’une jeune fille au départ centrée sur elle-même… A découvrir !

 

Une nouvelle pépite jeunesse à glisser dans toutes les mains que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

Les avis d’Antigone et de Fanny

Le blog de Sophie Adriansen

 

Et j’y suis. Moi, toute petite, face au tableau monumental. Le grand œuvre de Rembrandt. Nous voici en tête à tête. j’ai tellement attendu ce moment !

Après avoir considéré la toile dans son ensemble, je me laisse absorber par ses dimensions impressionnantes. Je franchis le sobre cadre de bois sombre, je plonge à l’intérieur, je fouille chaque recoin. Je suis dans cette rue, je me promène entre ces gens, les miliciens et les autres, je joue avec ces enfants, je les touche des yeux. Ils parlent une langue que je comprends. Nous communiquons. je ris avec eux. Ils rient avec moi (…) J’entends même la musique, et je sens la poudre qui s’échappe des canons des fusils. le bruit du musée a totalement disparu. »

 

Éditions Slalom (Juin 2016)

124 p.

 

Prix : 10,90 €

ISBN : 978-2-37554-002-2

 

 

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Challenge Coupe d’Europe des Livres : mon équipe !

coupe europe livres 2016 bis

La bonne idée du mois est signée Cajou !

Un petit challenge visant à créer notre équipe parfaite de 11 livres pour ce mois de Coupe d’Europe.

 

Étant donné que je ne risque pas d’être collée à mon écran, j’ai joué le jeu et composé mon équipe de vainqueurs. Soyons honnêtes, beaucoup risquent de rester sur le banc de touche… mais j’espère bien marquer quelques buts !

 

Le gardien de but

THE roman que je veux lire à tout prix, celui qui n’a pas le droit de passer à travers les mailles du filet des profondeurs de ma PAL…

 

de-nos-freres-blesses

 

Les attaquants

Les 4 romans de ma PAL que je veux ABSOLUMENT lire…

 

  maraudeur  marguerite  Tout-Jamais-Dit  les-petites-reines

 

Les milieux de terrain

Les 3 romans de ma PAL qu’il serait temps de sortir de là…

 

henri pick_  norman jail  mijaurées

 

Les défenseurs

Les 3 romans que je n’ai pas encore dans ma PAL mais que je voudrais m’offrir sans attendre le Mercato…

 

années sauvages  paquebot arbre  legarcon

 

Aucun réserviste sur le banc, j’ai déjà les yeux plus gros que le ventre et je me connais, d’autres lectures risquent de se rajouter à cette liste déjà bien ambitieuse d’ici le 10 juillet, date de fin du challenge. Il sera toujours temps après de penser à ma PAL de vacances qui risque fort d’être conséquente avec des pavés, quelques classiques incontournables que je me garde sous le coude… et sûrement quelques romans de la prochaine rentrée. J’ai bon espoir, l’année dernière j’avais bien réussi à engloutir Confiteor en une semaine, un exploit !

 

Et vous, quelle serait votre équipe idéale ?

Les beaux étés 2. La Calanque – Zidrou / Lafebre

CouvertureJ’ai retrouvé dans ce second volet de la série des Beaux étés tout ce que j’avais adoré dans le premier tome… Des petits riens qui font du bien, des sourires, du doux, du moelleux…

Il est lumineux cet album. Il ne s’y passe pas grand chose et pourtant on est captivés du début à la fin. En amour avec cette famille belge et ses enfants qui partent en vacances. C’est tout. Et l’essentiel est là…

 

Alors que le premier tome se passait en 1973 en Ardèche, dans ce second tome les deux comparses nous emmène en 1969 dans les Calanques près de Marseille. Les enfants sont plus jeunes, le petit dernier est en route et les parents filent un amour que rien ne semble pouvoir ternir. J’aime cette idée de feuilleter cet album de famille dans le désordre, de ne pas suivre un ordre chronologique. On cerne mieux les personnages, leurs désirs, leurs sentiments, leur évolution. On comprend bien certains détails aussi. Et on les aime encore plus…!

 

La route des vacances avec la famille Faldérault, c’est toujours un peu folklorique. Un timing largement dépassé, des petites routes de traverse qui rallongent le trajet mais donnent de jolies perspectives de rencontres, du champagne pour fêter les 100 000 km de Mam’zelle Estérel, la 4L rouge, des pauses pipi à rallonge, des pique-niques dans des coins de rêves, du camping sauvage au beau milieu d’un potager… Et au bout de la route, le petit coin de paradis…

 

Délicieusement régressif et hautement réjouissant, le second opus des Beaux étés tient toutes ses promesses. Plus léger mais toujours émouvant et drôle, il nous offre de belles pages d’un album familial dont on prend un grand plaisir à tourner les pages. De la bonne humeur, des moments de joie simple, des rires et des souvenirs d’enfance qui ne manquent pas de ressurgir. Oui, elle fait du bien cette balade régressive. C’est doux et moelleux. A l’image du dessin tendre et rond de Jordi Lafebre dont je suis toujours aussi folle…

 

Une lecture doudou que je partage avec grand plaisir avec Jérôme

  

L’avis de Jacques

 

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Éditions Dargaud (Juin 2016)

56 p.

 

Prix : 13,99 €

ISBN : 978-2-505-06532-6

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

 

Histoires à ne pas mettre entre toutes les mains – Julie Bray

Histoires-a-ne-pas-mettre-entre-toutes-les-mains-9782290020715-30« Je peux ainsi continuer pendant des heures. A jouer avec des variantes, à introduire des subtilités. A accentuer les caresses, à imaginer des scènes, à inventer des conversations.

Ces caresses, ces scènes, ces conversations – les vôtres -, je vous les offre maintenant dans les prochaines pages. Qu’elles soient réalités ou fantasmes, moi-même je l’ignore, mais cela importe peu, en fait, puisque le plaisir est au rendez-vous. A vous de savoir en tirer profit… »

 

Julie Bray l’annonce dès la première nouvelle où elle se met elle-même en scène : les histoires qui composent ce recueil sont les anecdotes de ses lectrices qu’elle reçoit régulièrement dans sa boite mail. Une compilation d’instants coquins voire franchement hot qui dépassent rarement les quelques pages. Les femmes qui s’y racontent vont directement à l’essentiel et évoquent sans tabous le moment « muy caliente » qui les a fait chavirer…

 

De fait, le lecteur n’a pas vraiment affaire à des nouvelles, plutôt à des confessions intimes, le genre de confidences que que l’on pourrait glisser à l’oreille d’une amie chère après quelques verres de mojitos…

Une particularité, beaucoup de femmes dans ces histoires. Trop. Beaucoup trop. Non seulement elles racontent par le menu leurs parties de jambes en l’air mais les messieurs s’y font rares, ces demoiselles arrivant très bien à se contenter seules ou avec l’aide d’une bonne copine. Pas franchement les histoires qui m’ont le plus émoustillée je dois dire même si je reconnais que ce n’est pas non plus déplaisant à lire.

 

Quand les hommes font leur apparition, pas de grande variété dans les situations proposées mais en même temps difficile de ne pas tourner en rond… Quelques parties à trois ou à plusieurs, de l’échangisme entre adultes consentants, des quick sex dans des endroits complètement improbables, quelques petits coups de canif dans les contrats de mariage… Rien de nouveau sous le soleil.

 

Ce qui sauve ce recueil du côté répétitif, c’est justement l’aspect « confessions intimes ». Les histoires sont tellement courtes qu’il serait dommage de les enchaîner. Mieux vaut y piocher de temps en temps pour éviter de se lasser trop vite, pour faire durer le plaisir. D’autant que les héros des différentes histoires ne se perdent pas en atermoiements inutiles et on les remercie…!

 

Les avis de Anne-Véronique, Jérôme

 

Éditions J’ai Lu (Juin 2014)

125 p.

 

Prix : 5,60 €

ISBN : 978-2-290-02071-5

 

 

mardi-c-est-permis

Tous chez Stephie !

 Et vous, qu’avez-vous lu d’inavouable ce mois ci…?

L’ours qui jouait du piano – David Litchfield

ours piano

 

« Ce matin-là, au cœur de sa forêt, l’Ours découvre une chose étrange, très étrange. 

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » se demande-t-il.

Tout doucement, il s’approche.

Et il pose sa grosse patte dessus.

 

VLOOOONK !

 

Quel bruit terrifiant ! »

 

Intrigué, l’Ours revient régulièrement. Les jours passent, les mois défilent, les saisons se succèdent, les années se suivent. Et jour après jour, l’Ours se rapproche un peu plus de l’instrument. Lentement, il l’apprivoise. Et petit à petit, les bruits se font sons, le désordre se fait musique… Et l’Ours s’évade, loin, très loin, bercé par les notes qui naissent sous ses doigts. Des mélodies qui peu à peu attirent les autres ours de la forêt, hypnotisés par ces sons encore jamais entendus dans leur contrée. Et tous les soirs, la clairière se change en salle de concert…

 

Jusqu’à ce jour, où une petite fille et son papa se joignent au spectateurs. Ils n’en reviennent pas. Les sons qu’il arrive à sortir de ce piano sont si extraordinaires ! Il aurait un succès fou à la ville ! L’Ours est face à une grande décision… Saura-t-il vivre loin des siens et de sa forêt ? Est-il prêt pour cette nouvelle vie…?

 

Magnifique album ! Une ode à la musique et à l’amitié sublimée par des illustrations d’une grande tendresse qui laissent baba d’admiration..!

Et comme il est attachant cet ours… Sa découverte de la musique lui ouvrent des portes vers un ailleurs insoupçonné, un monde enchanteur dans lequel il s’évade seul avant que d’autres le rejoignent. Mais la musique se partage, et l’Ours ne saura résister à cette envie de découvrir le vaste monde. Le succès est au rendez-vous et l’Ours, passionné, se produit chaque soir avec grâce à Broadway puis sur toutes les plus grandes scènes du monde… Loin des siens et de sa forêt… Il finira par abandonner les lumières de la célébrité pour finalement retrouver ses racines, sa forêt, ses amis. Auprès d’eux, il redevient lui-même. Et c’est pour eux, et pour eux seuls, qu’il jouera maintenant… Là où il se sent chez lui.

 

Difficile de ne pas tomber sous le charme ! David Litchfield, dont c’est là le premier album, nous en met plein les yeux ! Les illustrations pleine page donnent toute la mesure de son talent, les couleurs sont subtiles et douces, l’ambiance et la lumière travaillées, les cadrages impeccables… Un album qu’on prend plaisir à feuilleter et à partager, encore et encore, pour le plus grand plaisir des petits et des grands !

 

Les avis de Bouma, Jérôme, Laël, Livresse des mots, Nahe, Saxaoul

 

Le site de David Litchfield

 

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Éditions Belin jeunesse (Janvier 2016)

40 p.

 

Prix : 12,90 €

ISBN : 978-2-7011-9670-1

 

 

 

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Meurtris – Siobhán Parkinson

meurtris

« Vous devez penser que je haïssais M’man. Non, même pas. La haine, ça demande de l’énergie, et je consacrais toute la mienne à tenir le coup, pour Julie. Mais ce n’est pas ça la vraie raison.

Si je ne la hais pas, c’est parce que c’est ma mère. »

 

Jonathan n’avais rien prémédité. Jusqu’à ce jour. La goutte qui a fait déborder le vase. Le faux pas qui laisse des traces. Et la certitude qu’ils n’étaient plus en sécurité ici, avec elle. Leur mère… Pas parfaite, non. Jamais vraiment là, toujours à tirer le diable par la queue pour essayer de joindre les deux bouts mais capable d’oublier de se lever le jour du versement des allocations chômage.

 

Jonathan a l’habitude. De tout porter à bout de bras, de gérer les sautes d’humeur et les états d’âme de sa mère, des relents de Xérès dès le petit déjeuner, des repas qui n’en sont pas… Chacun sa croix il paraît. Jonathan en a pris son parti depuis le départ de son père pour fonder une autre famille, ailleurs, loin d’eux. Et depuis la mort de Gramma, le joli et le douillet semblent aussi s’être fait la malle…

Mais il y a Julie. Elle n’a rien demandé Julie. Elle encaisse sans comprendre. Et qu’il y a-t-il à comprendre d’ailleurs…?

 

« Julie est une petite fille qui a perdu sa grand-mère et qui n’a pour ainsi dire pas de parents. Et si vous trouvez que c’est moche pour moi – j’ai quatorze ans, je dois pouvoir surmonter ça d’une manière ou d’une autre -, c’est bien pire pour une fillette de huit ans qui a l’imagination débordante, la comprenette parfois difficile et un énorme gouffre béant là où il devrait y avoir de l’amour. »

 

Et puis cette idée un peu folle. Partir. Loin. Mettre quelques vêtements dans un sac à dos et décamper. Faire l’école buissonnière, quitter la maison qui n’a plus rien d’un refuge rassurant, se cacher quelque temps dans la maison de grand-mère histoire de recharger les batteries et de planifier la route à prendre. Tout faire pour que personne ne cherche à les séparer, jamais. Et protéger Julie, coûte que coûte…

 

Une fugue. Une fuite en avant. Jonathan et Julie s’évadent sur une route qui n’aura rien d’un long fleuve tranquille. Mais qui sait, peut-être, au bout, une vie meilleure. Jonathan raconte. L’amour fou qui le lie à sa petite sœur, les mensonges nécessaires pour tenter de préserver ce si fragile équilibre, les petits arrangements avec la loi pour survivre. Jonathan raconte et il nous touche, tellement soucieux du bien-être de sa sœur qu’il a tendance à s’oublier.

 

Évidemment, le roman de Siobhán Parkinson n’est pas de ceux qu’on lit le sourire aux lèvres. Les personnages y sont malmenés et on souffre avec eux. Mais la voix de Jonathan est de celles que l’on n’oublie pas. Les pieds bien campés dans le sol, la tête sur les épaules, l’adolescent prend tous les risques quitte à en payer le prix fort. Et il se souvient de toutes ces choses qui ont précipité son départ, des petits bonheurs qui ont disparu en même temps que sa grand-mère, de cette vie qu’ils avaient tous les quatre avant que son père ne prenne la poudre d’escampette…

 

La deuxième partie du roman tranche singulièrement avec la première, j’ai aimé ce revirement inattendu dans la narration. Quant à la fin, l’auteure n’a pas choisi la facilité et ne boucle pas la boucle avec une happy end qui résoudrait tous les problèmes. S’il demeure un petit rayon d’espoir, ce roman est comme la vie… brutal…

 

 

Une lecture partagée pour la première fois avec Pépita ! Un vrai plaisir, on remet ça quand tu veux !

 

 

Premières phrases : « Ma grand-mère est morte.

Pas très original, comme phrase d’ouverture, j’avoue. Ça arrive souvent aux grands-parents. Ils vieillissent (encore qu’ils soient déjà vieux au départ, sinon ce ne seraient pas des grands-parents) et ils meurent. (Au fait, mon grand-père aussi est mort, mais c’est une autre histoire.)

Mr. O’Connell, mon professeur d’Écriture Créative – mon prof d’anglais, si vous préférez, mais l’Écriture Créative (avec des majuscules, s’il vous plaît), c’est son dada – dirait : pas assez accrocheur, Jonathan. Ton lecteur, il faut le harponner.

Mais pour tout dire, cette idée de harponner le lecteur ne me plaisait pas tellement. A quoi bon partir de l’hypothèse que votre lecteur (si vous en avez un) est un poisson ? »

 

 

Au hasard des pages : « Oh, et puis basta ! J’abandonne. Je pensais que raconter tout ça à la troisième personne ajouterait un peu d’authenticité, mais c’est trop difficile d’écrire sur soi comme si on était quelqu’un d’autre. On ne peut pas décrire ce que l’on ressent, alors que c’est précisément ça, le but. » (p. 109)

 

 

Éditions École des Loisirs (Mai 2016)

Collection Médium GF

Traduit de l’anglais (Irlande) par Dominique Kugler

205 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-211-20819-2

Mon père était boxeur – Barbara Pellerin / Vincent Bailly / Kris

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« Cadet d’une famille de quatorze enfants, mon père avait l’habitude de se faire respecter avec les poings. À 18 ans, il devint champion de France Espoir, par KO, avant même la fin du premier round. Galvanisé par son titre, il interpelle ma mère dans la cour de la filature Badin où ils travaillaient tous les deux, à Barentin, près de Rouen Il veut lui raconter un rêve qu’il a fait la nuit précédente. Il a rêvé qu’il l’épousait.

Durant dix-sept ans, ma mère accompagne ses victoires et ses défaites.

Pourtant, de leur histoire, je ne me souviens que des disputes. De mon père fou de rage. Fou d’amour. Fou de jalousie. Fou d’une violence qui le dépassait. »

 

Beaucoup d’émotions à la lecture de ce récit intimiste qui plonge dans les méandres de la relation complexe entre un père et sa fille. Bien qu’autobiographique, le récit ne sombre jamais dans le voyeurisme. Intime, il l’est, forcément. Troublant aussi, et infiniment poignant. J’ai eu un peu peur en voyant le titre de cet album, la boxe, c’est à mille lieux de mon univers… Je me trompais. Si Barbara Pellerin le dédicace à sa mère, « unique source de lumière dans les nuits d’orage », il n’est question que de « lui » entre ces pages…

 

Barbara Pellerin a pris son temps… Ce n’est que tardivement qu’elle a décidé de faire un portrait de son père et de passer derrière la caméra. Prenant le prétexte d’une plongée dans le monde de la boxe, c’est en fait de lui qu’elle tente de se rapprocher, et uniquement de lui. Ce père qu’elle n’a jamais vu combattre mais qu’elle a vu rentrer dans des colères noires… Ce père capable d’excès de violence, de coups de folie et de débordements imprévisibles.

 

« Le boxeur et la petite fille. Étrangers l’un à l’autre. Et pourtant, au milieu d’un gouffre creusé depuis l’enfance, la boxe deviendra un trait d’union entre nous. Cette histoire est le portrait d’une relation entre un père et sa fille. »

 

Barbara se souvient. De ces profonds silences. De ces colères qui dévastaient tout. De ces nuits sans sommeil où sa mère venait se réfugier sous ses draps pour échapper aux coups d’un mari que la jalousie rendait incontrôlable. De ce regard noir qu’elle arrivait à soutenir quand elle devenait celle qui protégeait sa mère… De ces années d’absence qu’elle a mis entre elle et lui parce qu’il était nécessaire de grandir avec d’autres repères, dans d’autres lieux, loin des orages et des silences trop pesants. De ces maigres coups de fil, plus tard, bien plus tard, pour ne pas rompre le lien. De cet homme et de sa souffrance. De ces quelques photos d’époque et ces quelques bobines de films témoignages de moments oubliés. De ces rares moments de complicité et de tendresse, encore vivaces et si précieux… 

 

J’ai aimé ce portrait tout en nuances. J’ai aimé ces zones de non-dits où la pudeur empêche de tout dévoiler, ces moments d’intense émotion qui submergent sans prévenir, ce regard sans complaisance mais malgré tout empreint de tendresse sur un homme que sa fille n’aura eu de cesse de chercher… Kris a su trouver les mots, Vincent Bailly les as sublimement mis en images avec ce lâcher prise capable de rendre aussi bien la violence et l’intime…

 

Et il y a les autres images. Celles tournées par Barbara Pellerin dans la salle d’entraînement de son père présentes sur le DVD fourni avec l’album. Une trentaine de minutes pour montrer tout ce que l’album ne dit pas. Deux visions complémentaires pour creuser un peu plus ce lien unique entre un père et sa fille… Et finalement, une magnifique déclaration d’amour…

 

« Tu étais une vraie brute, un ours balourd. Mais tu étais aussi un homme blessé. Et moi, je ne pensais pas aimer mon père. »

 

 Le blog de Barbara Pellerin

 

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Éditions Futuropolis (Mai 2016)

80 p. + 1 DVD

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-7548-1212-2

 

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Yaneck

Que du bonheur ! – Rachel Corenblit

bonheur

« Lectrice, lecteur, ceci est un chapitre d’introduction. Un chapitre qui sert d’introduction doit présenter la situation d’une façon claire et précise. Camper le décor, donner un aperçu des personnages principaux. C’est moi, le personnage principal de cette histoire ! Angela Milhat, presque quinze ans, les cheveux presque bruns, les yeux presque verts, les dents presque droites. Et dans mon cas, ce n’est vraiment pas compliqué. C’est même très simple : ma vie est comme une bouse de vache qui sèche en plein soleil : plate, puante et inutile… »

 

J’ai aimé Angela dès qu’elle a « ouvert la bouche » ! Typiquement le genre d’héroïne qu’on a envie d’accompagner encore un peu après la dernière page tournée. Une ado sarcastique, à la fois bourrée de mauvaise foi et pétrie d’autodérision, capable de se lamenter sur son sort et de se botter les fesses pour sortir la tête de l’eau. Une gamine attachante, brute de décoffrage, dotée d’un sens de l’humour à l’épreuve des balles qui se livre totalement dans un journal intime hilarant qui m’a valu des sacrés fous rires…! Et bon sang que ça fait du bien !

 

« J’ai beau regarder du côté blanc de la vie, tout s’écroule autour de moi. C’est la fin de mon monde, mon apocalypse personnelle. »

 

La poisse. La scoumoune. Le mauvais karma absolu… Aucune autre explication plausible à cette année absolument pourrie qu’Angela vient de traverser à la rame. Un enchaînement de galères… Quinze kilos pris en six mois à force de vider le frigidaire pour calmer ses angoisses. Une chute humiliante le jour de la rentrée devant les belles gosses du lycée qui lui vaudra un nez cassé et une réputation de boulet. Des parents qui ne trouvent rien de mieux à faire que de divorcer. La mort de son chat. La trahison de sa meilleure-amie-pour-la-vie-voleuse-d’amoureux. Un redoublement. Et, cerise sur le gâteau, des vacances chez un papi mutique au fin fond de l’Ariège dans le merveilleux village de Mounicou (« six habitants, trente biquettes, cent vingt mouches ») avant de partager une tente minuscule avec sa mère au camping de Palavas-les-Flots (« un camp avec une piscine pour faire croire à un espace de liberté »)… Que du bonheur !

 

Un vrai régal ! Ce petit roman est un bonbon, un vrai concentré de bonne humeur ! Impossible de ne pas tomber sous le charme d’Angela, drôle bien malgré elle. Son journal intime est à son image, plein de pep’s et d’une incroyable vivacité (mention spéciale aux divers collages, photos et autres dessins hilarants qui l’illustrent..!) La jeune fille s’y livre sans barrières, et même si dans la vraie vie « les répliques les plus percutantes (lui) viennent toujours un siècle après », son journal est lui truffé de phrases qui claquent.

Alors oui, on compatit, et comme elle on espère « une accalmie au niveau de l’enchaînement des catastrophes »… mais qu’est-ce qu’on se marre ! Et puis elle va finir par le voir le fameux côté blanc de la vie Angela. Elle va y avoir droit à sa dose de bonheur, à ces petits riens qui gonflent un peu le cœur et chassent les nuages… Et on s’en réjouit…!

 

Une pépite jubilatoire que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque.

 

« Du bonheur. Un petit peu. Juste un petit peu. Un petit peu de bonheur, quand on ne connaît que le ciel gris des humeurs maussades, c’est énorme. Les petits riens rendent heureux. Il suffit de les accumuler. Plusieurs petits bonheurs font un bonheur immense. »

 

Les avis de Cathulu, Clarabel

Du même auteur sur le blog : 146298

 

 

Éditions du Rouergue (Mai 2016)

Collection doAdo

128 p.

 

Prix : 10,20 €

ISBN : 978-2-8126-1056-1

 

pepites_jeunesse

L’abécédaire des émotions – Madalena Moniz

émotionsémotions recto

Du beau…

 

Du tendre…

 

Du doux…

 

 

Beaucoup d’émotion(s),

 

une bonne dose de poésie,

 

du talent à l’état pur…

 

pour un abécédaire unique en son genre.

 

♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

Plus je le feuillette et plus j’admire cet album. Un bel écrin pour un bijou rare et précieux qui fait passer le lecteur par une palette infinie d’émotions. Car c’est bien de cela qu’il est question… Ces sentiments qui nous transpercent, ces émotions qui nous submergent et que l’enfant peine à mettre en mots…

 

 

je me sens

 

A comme Audacieux… E comme Ému… I comme Invisible… M comme Minuscule…

O comme Original… Q comme Quelqu’un… S comme Solitaire…  U comme Unique…

 

Sur la page de gauche, une lettre de l’alphabet et un adjectif. En miroir, sur la page de droite, un petit garçon qui incarne cette émotion… Une exploration intime et extrêmement juste, un univers visuel très fort, une vraie identité dans le trait. La relation entre le mot et l’image est belle et audacieuse, souvent inattendue et toujours intelligente. Le dessin à l’aquarelle est somptueux, soigné, élégant et d’une grande douceur.

 

En fin d’ouvrage, 26 lettres donnent la parole à l’enfant pour un abécédaire personnel… « Et toi ? Comment te sens-tu ? »

 

On ne pouvait rêver plus joli cocon pour accueillir les sentiments de l’enfant. Coup de cœur ! ♥

 

Les avis de Laël et Sabine

Le (sublime) site de Madalena Moniz

 

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Éditions Hélium (Avril 2016)

64 p.

 

Prix : 14,50 €

ISBN : 978-2-330-06114-2

 

 

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Jupe et pantalon – Julie Moulin

jupe et pantalon

Je n’étais pas sûre de vouloir lire ce roman. Une appréhension plus liée à la narration – que je savais très particulière – qu’aux thèmes abordés qui eux avaient une grande chance de me parler. Je savais pourtant que je risquais fort de croiser sa route grâce à l’opération des 68 premières fois et je m’étais préparée à accepter de sortir de ma zone de confort sur les chaudes recommandations des autres lecteurs de la chaîne… Coup de cœur pour les uns, OVNI pour les autres, restait à savoir dans quel camp j’allais me situer…

 

Pour être honnête, ce roman m’a longtemps résisté. J’ai tourné les premières pages mi sceptique, mi agacée. J’ai grimacé, survolé certains passages, carrément sauté des paragraphes… Cette narration ne me parle pas. A plusieurs reprises je repose le livre en étant persuadée de ne pas le reprendre. Après tout ça peut arriver que la sauce ne prenne pas…

 

C’est rageant quand même de se sentir tellement en marge… Et puis ma Framboise, qui vient aux nouvelles régulièrement pour me demander si j’avance dans ce bijou. Parce qu’elle adore elle, elle se régale. Et elle n’est pas la seule. Alors je continue, je m’accroche…

 

Et puis vient cette deuxième partie. Ce n’est plus le corps de l’héroïne qui s’exprime – ses jambes, ses mains, ses fesses, son cerveau… – , même s’il a toujours voix au chapitre, même s’il a toujours son mot à dire. Et notre héroïne a enfin un prénom. C’est à ce moment là que l’histoire a pris tout son sens pour moi. A ce moment là que toute la première partie que j’avais si difficilement ingurgitée est apparue comme nécessaire. Tout est devenu limpide, les pièces se sont doucement imbriquées… et je n’ai plus du tout eu envie d’abandonner Agathe. J’ai eu envie de lui prendre la main, de l’accompagner, de l’aider, de la réconforter. J’ai eu envie de lui dire qu’on se ressemblait un peu et que non, les wonder-maman-épouse-amante-executive woman… ça n’existe pas. Je l’ai vue lentement glisser et se prendre les pieds dans le tapis, s’épuiser, s’éteindre. A force de trop tirer sur la corde…

 

Alors oui, il est déstabilisant ce roman. Prenant. Atypique. Passionnant. Original. Et vrai. C’est ce que je retiendrai surtout, ce très beau, très juste portrait de femme en plein désordre intérieur, ce combat intime qui permet un lâcher-prise salutaire et un coup de pied dans les sacro-saintes « habitudes » qui nous pourrissent la vie. Pour s’accepter fragile, imparfaite, égoïste, lâche et vivante. Enfin.

 

Comme quoi il est parfois bon de sortir de sa zone de confort… Merci à Framboise d’avoir partagé cette lecture avec moi… et merci aux fées des 68 premières fois de l’avoir mis sur ma route !

 

Les avis de Charlotte, Eimelle, l’Irrégulière, Joëlle, Kathel, Leiloona, Lucie, Miss Léo, Nicole, Sabine, Séverine, Sophie Adriansen

 

Le blog de l’auteure

 

Premières phrases : « Je me prénomme Marguerite. Ma jumelle c’est Mirabelle. Drôles de prénoms. D’aucuns verraient dans ces deux grands M une prédestination : deux jambes pour un même mouvement. »

 

Au hasard des pages : « L’avenir était devant nous. C’était avant le grand carrefour. Avant que l’amant devienne mari, avant que la femme soit mère, avant que l’envie se mue en rancœur et que l’insomnie détruise les rêves. » (p. 135)

 

Éditions Alma (Février 2016)

297 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-36279-170-3

 

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