Chauve(s) – Benoît Desprez

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J’ai acheté ce petit rectangle rouge en pensant très fort à elle…

 

Je l’ai lu en pensant très fort à elle, à elles…

 

C’est le billet bouleversant de Mirontaine qui m’a donné envie de connaître l’histoire d’Olivia et de Benoît. Ce n’était pas une envie en fait, non, ce n’est pas le mot. Une nécessité plutôt, une évidence…

 

 

« C’est l’histoire de la femme que j’aime. (Et elle a un cancer) »

 

 

Quelques mots sur la quatrième de couverture et Benoît Desprez a tout dit. S’il est ici question de cette saleté de crabe, il est aussi et surtout question d’amour. Parce que les mots sont bien souvent inutiles, l’auteur prend les crayons pour raconter celle qu’il aime. Son humour et son grand sourire. Ses larmes et sa force. Ses talons hauts et sa petite robe noire. Et les petits tatoos qu’il pose, là, à l’arrière de son crâne aussi chauve que le sien, comme un pied de nez au destin…

 

Sur le fil de l’émotion, des petites scènes de la vie quotidienne du couple face à la maladie. D’une simplicité et d’une tendresse désarmantes. Criantes d’amour, d’humour et d’optimisme… Et là, le beau, au cœur du combat…

 

Je n’avais pas les mots pour commenter le billet si profondément émouvant de Mirontaine, je n’en ai pas plus aujourd’hui pour vous parler de ce rectangle rouge qui ravive les peurs autant qu’il dit l’espoir. Je l’ai refermé émue, tremblante et oui, le sourire aux lèvres…, celui là même que Mirontaine voulait voir fleurir sur les visages de tous ceux qui liront Chauve(s).

 

Me reste à ressortir ce papier planqué sous la pile et prendre enfin rendez-vous pour cet examen banal et conseillé à toutes les femmes que je ne peux m’empêcher de redouter…

 

 

L’avis de Mirontaine, celui de Sabine

 

La page Facebook de Chauve(s)

Le tumblr de Chauve(s)

 

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Éditions La Boîte à Bulles (Juin 2015)

Collection Contre-coeur

80 p.

 

Prix : 12,00 €

ISBN : 978-2-84953-224-9

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

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           Jérôme                           Mo’                            Yaneck                      Amandine

 

 

7 nains  enfant_nu  chicagoland  rêve papillon

           Jacques                        Maël                          Stephie                          Lucie

 

 

haut de gamme  vieil homme  algérie amérique  Theyre-not-like-us-195x300

            Hervé                            Moka                          Sabine                         Karine

 

 

beaux étés  névrose  Amorostasia  alvin

          Sandrine                    Soukee                         Marion                        Marguerite

 

 

Le-SINGE-de-HARTLEPOOL

         Charlotte

La seule façon de te parler – Cathy Ytak

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« J’ai beau me dire qu’il ne faut pas y penser, la pensée revient toujours. Je descends du car et c’est à ce moment-là que je lève la tête. Tous les matins au même endroit. Un haut-le-cœur. L’estomac qui se retourne comme une chaussette. Dès que je l’aperçois. Le collège. »

 

Tous les matins c’est la même histoire. La boule au ventre. L’envie de disparaître et de se faire oublier… Nine n’aime pas l’école. Elle n’y trouve pas sa place. En 5e avec une année de retard, elle a l’impression que personne ne comprend et n’entend son mal-être, un mal-être qu’elle même peine à expliquer… Mais il y a Ulysse, le nouvel assistant d’éducation dont elle est secrètement amoureuse. Lui, il est différent. Il l’écoute…

 

Pour se rapprocher d’Ulysse, elle tente de nouer le contact avec son jeune frère scolarisé dans le même établissement. Mais Noah est sourd. Et pour communiquer avec lui, elle va devoir apprendre la langue des signes…

 

Le nouveau roman de Cathy Ytak mérite le label « pépite »… J’ai été amenée à lire un grand nombre de romans abordant le malaise adolescent. J’aime les glisser entre les mains de mes élèves, sachant qu’ils vont s’y retrouver, un peu, beaucoup. Si certains sont anecdotiques, d’autres sortent du lot. La seule façon de te parler en fait partie… Parce que Cathy Ytak sait parler de ces gamins là. Elle sait leur parler. Avec une grande justesse et une infinie délicatesse, elle pose des mots-pansements sur les douleurs adolescentes qu’on peine bien trop souvent à cerner. Ils sont précieux ces romans-là, pour eux, pour nous, adultes « passeurs »…

 

Et puis il y a l’histoire peu commune de Nine et de Noah. Une jolie histoire qui va faire grandir l’héroïne, lui donner envie de se dépasser et de se confronter enfin à ses problèmes. En apprenant le langage des signes, Nine va découvrir un autre monde, s’ouvrir aux autres… et se révéler, enfin.

 

Une pépite jeunesse aux multiples facettes que je vais m’empresser de mettre entre toutes « mes » petites mains… et que je partage avec Jérôme comme chaque mardi ou presque…!

 

 

Premières phrases : 6h10. Le réveil sonne. J’ai mal au ventre.

Pour le petit-déjeuner, ma mère a tout essayé. Sucré, salé, sucré-salé. Ça ne change rien : c’est bloqué au niveau des mâchoires, bloqué au niveau de l’estomac. « Mais pas question que ma fille Nine quitte la maison sans avoir pris quelque chose de chaud », comme elle dit toujours.

Mal au ventre plein, top chrono pour le collège. Montée jusqu’à la mairie, attendre le car de ramassage. Déjà la moitié des calories brûlées, et toujours rien de changé. »

 

Au hasard des pages : « Un jour, il m’a demandé si j’avais toujours mal au ventre à cause du collège. Je lui ai dit que oui, mais moins qu’avant. Et lui, il m’a répondu que pour lui c’était pareil. On n’a rien ajouté, parce qu’il n’y avait rien à ajouter. Il y était pour quelque chose, et j’y étais pour quelque chose. Au collège, quand on se voit, c’est comme une bulle d’air. On s’évade, on oublie tout le reste. On est bien ensemble. »  (p. 115)

 

 

Éditions Nathan (Juillet 2015)

Collection Mes années Collège

130 p.

 

Prix : 5,50 €

ISBN : 978-2-09-255664-1

 

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Marraine des Matchs de la Rentrée Littéraire ? Mission acceptée !

 

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 Vous les attendiez tous, les revoici…!

 

 

Cette année encore, PriceMinister relance les « Matchs de la Rentrée Littéraire » avec la complicité de parrains/marraines (que j’aime d’amour !) dont j’ai la chance de faire partie !

 

15 livres, chacun d’entre vous pouvant participer et se voir offrir un de ces romans de la rentrée en échange d’une critique. Une nouveauté cette année, et de taille, les blogs ne seront pas les seuls représentés. Place aux réseaux sociaux et à une autre façon de parler des livres ! Étonnez-nous, nous n’attendons que ça !

Attention, le nombre de participants sur chaque réseau sera limité. Libre à vous de vous inscrire sur plusieurs réseaux, un tirage au sort désignera ensuite qui sera sélectionné sur quel réseau. Rassurez vous, il y a un grand nombre de places ouvertes…!

 

Sachez en tous cas que nous avons mis beaucoup de cœur dans cette sélection que nous espérons la plus variée possible. Vous le verrez, les titres choisis par les parrains reflètent leurs goûts et leur sensibilité. Une chose est sûre, cette sélection ne doit rien au hasard ! (Nous l’avons d’ailleurs fêté à grands coups de mojitos mais ça c’est une autre histoire…!)

 

 

Place maintenant à ma sélection (qui n’étonnera personne…) :

 

 

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Otages intimes de Jeanne Benameur chez Actes Sud.

 

Ai-je vraiment besoin d’expliquer pourquoi…? Une pépite, un roman bijou. Somptueux et essentiel…

 

 

 

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La maladroite de Alexandre Seurat au Rouergue.

 

Un premier roman coup de poing qui bouscule et lacère le cœur. Et la naissance d’une nouvelle voix…

 

 

 

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Délivrances de Toni Morrison chez Bourgois.

 

Un roman envoutant à l’ambiance toute particulière, signé par une des plus grandes dames de la littérature américaine…

 

 

 

Et les autres titres…?

 

Retrouvez dès maintenant les sélections de Jérôme, Leiloona et Stephie ainsi que celle de PriceMinister sur le blog de l’opération (où vous trouverez d’ailleurs toutes les règles de participation et le bulletin d’inscription).

 

Alors, quels seront les livres plébiscités par les lecteurs cette année ?

 

Et vous, quel roman vous tente le plus…?

 

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68 premières fois… et quelques loupés…

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Elle est belle l’aventure…!

 

68 premières fois, 68 nouvelles plumes françaises à découvrir. Certaines qui marquent longtemps, des voix qui se révèlent, des poils qui se dressent et des envies d’encore…

 

Et puis les autres. Ceux qu’on referme sans aucune émotion. Ceux qui laissent un goût d’inachevé. Ceux qu’on s’empresse d’oublier. Ceux qu’on lit sans déplaisir mais pour lesquels on peine à trouver les mots. Ceux qu’on lit comme dans une bulle et qu’on aimerait garder pour soi. Et ceux qui agacent, aussi…

 

 

IrèneUn mot sur Irène me faisait très envie. C’est d’ailleurs un des tous premiers romans que j’avais repéré en cette rentrée. Un de ceux, aussi, qui m’aura le plus agacée… J’ai cherché tout au long de ma lecture où pouvait bien se nicher le « récit crépusculaire » annoncé par la quatrième de couverture. Je me demande encore où se cache « l’érotisme vibrant » censé teinter l’écriture de l’auteure… Et franchement je m’interroge. Un scandale sexuel dans le milieu universitaire, un parallèle systématique avec l’affaire DSK et 50 nuances, des dialogues navrants, une bonne dose de psychologie de bas étage sur le couple, l’amour, l’écriture et la folie… J’ai souffert. Tout en me disant qu’il y avait dans ce premier roman de bonnes choses, mal exploitées, et, derrière tout ça, si, si, une plume intéressante… Je ne suis pas à une contradiction près.

 

Ils en parlent, mieux et plus longuement : Cajou, Eimelle, l’Irrégulière, Jostein

 

Un mot sur Irène, Anne Akrich, Julliard, 2015

 

 

petitegalereRien à redire sur l’écriture de La petite galère. C’est sûrement, et de loin, ce qui m’a le plus plu dans ce roman. Une voix indéniable, un sens de la formule, des phrases choc et des images qui impriment la rétine. Bon point. L’idée de transposer La petite maison dans la prairie dans une banlieue glauque où les désirs se prennent la réalité en pleine poire, j’ai aimé aussi. Reste que je n’ai pas cru un seul instant à cette histoire. Que les personnages des deux sœurs paumées ne m’ont pas touchée une seule seconde. Que certains passages me sont encore obscurs. Et que la fin m’a complètement désarçonnée…

Mais Sacha Després écrit bien. Ça claque comme j’aime, ça bouscule aussi. C’est incisif et cru, tragique et sans issue. Et ça, oui, ça mérite le détour. Une plume à surveiller de près…

 

Ils en parlent, mieux et plus longuement : l’Irrégulière, PatiVore, Stephie

 

La petite galère, Sacha Després, L’âge d’Homme, 2015

 

 

figuranteJ’aurais pu consacrer un billet entier à Figurante. J’aurais dû peut-être… Parce que je l’ai beaucoup aimé. J’ai aimé son atmosphère, ce petit côté suranné et élégant, cette écriture de l’épure qui dit si bien les sentiments contradictoires de l’héroïne. C’est un joli moment. Un petit bout de vie où il ne se passe pas grand chose finalement. Du moins en apparence. Être figurante de sa propre vie… En regarder le film défiler devant ses yeux sans pouvoir en changer le cours. Rêver du premier rôle, le grand, le vrai. Celui qui ferait basculer une petite vie étriquée et sans âme vers un tourbillon d’émotions…

Tout est joliment dit. C’est délicat, lent, parfois trop. Mais juste. Et malgré ça un goût de trop peu. Une envie d’en savoir plus sur Louise, un désir de la suivre encore, de loin, et de la voir s’envoler…

 

Ils en parlent, mieux et plus longuement : Eimelle, Leillona, Mirontaine

 

Figurante, Dominique Pascaud, La Martinière, 2015

 

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68 premières fois chez l’insatiable Charlotte

5/68

 

On continue…!

 

 

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Challenge 2% Rentrée littéraire chez Hérisson terminé !

12/12

En route pour les 3% !

Bouffon – Francis Porcel / Zidrou

bouffonAu fin fond d’un cachot crasseux du château du Comte d’Astrat, croupit la belle Anne. Régulièrement violée par son geôlier et par tous ceux prêts à payer pour se servir de son corps, la jeune fille donne naissance à un petit garçon difforme au milieu des immondices et des rats.

Peu disposé à jouer les pères de substitution et pressé de monnayer à nouveau les services de sa prisonnière, son bourreau donne le nouveau-né en pâture à sa chienne qui vient de dévorer sa dernière portée.

 

Mais la chienne épargne la vie de l’enfant, lui donnant le lait nécessaire à sa survie. Surnommé « Glaviot » pour sa laideur, l’enfant « né de la misère d’une femme et du mépris des hommes » grandit sans jamais voir la lumière du jour…

 

Jusqu’à ce que le Comte découvre l’existence de l’enfant et décide de l’offrir à sa fille Livia pour la distraire. L’histoire d’amour peu ordinaire de Bouffon peut commencer…

 

 

« Je vous ai dit que cette histoire serait belle, et elle l’est.

Je vous ai dit aussi que cette histoire d’amour serait triste, et elle le sera.

C’est le genre qui veut ça !… »

 

 

Décidément, Zidrou m’épate ! Trois albums, rien que ça, en cette rentrée, et quels albums ! Après L’indivision, déroutant et émouvant, en duo avec Springer, il s’associe à nouveau avec Francis Porcel avec qui il avait déjà magistralement collaboré pour Les Folies Bergère. Et le résultat est là encore bluffant…!

Prenant à contrepied les codes du conte (les piétinant même allègrement), choisissant un narrateur peu conventionnel donnant tout le sel à l’histoire, il nous plonge dans un univers sombre et cruel où rien n’est joué d’avance. Le lecteur est prévenu, l’histoire « d’amour » sera belle et triste…  Et finalement, nous sommes loin du compte…

 

Tout ce que j’aime ! Une bonne dose de cynisme, une atmosphère glauquissime, un Quasimodo aux yeux verts au destin aussi fascinant qu’étonnant, c’est du bon, du très bon ! Et ce n’est pas Jérôme, avec qui je partage cette lecture, qui me contredira…!

 

Les avis de Jacques, Yaneck

 

 

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Éditions Dargaud (Août 2015)

64 p.

 

Prix : 14,99 €

ISBN : 978-2-505-06169-4

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

 

 

 

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Challenge 2% Rentrée littéraire chez Hérisson

9/12

Pensée assise – Mathieu Robin

Pensée assiseUn baiser. Plonger son regard dans le sien. Caresser ses cheveux. La prendre par la main et se promener, tout simplement, en amoureux. Théo en rêve… Mais la vie en a décidé autrement. Tous les jours, c’est Sofia qui doit se mettre à sa hauteur. Tous les jours, c’est elle qui doit se pencher pour l’embrasser, comme s’il était son petit frère. Et ce spectacle pathétique, Théo ne le supporte plus…

 

Cloué dans un fauteuil roulant suite à un accident de la route, Théo est passé par tous les stades sans jamais réussir à se résigner. Souffrant du regard des autres, il préfère sortir les crocs plutôt que d’accepter leur pitié. Plutôt crever. Alors Théo est odieux. Avec ses proches et avec Sofia, pourtant tombée amoureuse de lui bien après l’accident. Aimer et être aimer, oui, c’est encore possible, mais le prix à payer est bien trop élevé à ses yeux…

 

Mathieu Robin est un petit malin. Le lecteur est mis dans la même position que les proches de Théo, prêt dès les premières pages à le comprendre et à tout lui pardonner, du moins à l’excuser. Pourtant, très vite, on a envie de le bousculer, voire même, soyons honnêtes, de lui mettre quelques claques bien senties. Tout en comprenant son profond mal-être…

 

« Il me fallait, pour m’en sortir, trouver un nouveau mode de vie et je décidai de me réinventer ce paradis perdu de l’enfance. Je n’agirais désormais qu’en fonction de mon confort. J’effacerais de ma vie tous les « compatissants » et tout ce qui pourrait renvoyer à mon handicap. Au revoir les amis du centre de rééducation, adieu le handisport. L’égoïsme serait ma religion. » Jusqu’au jour où une telle attitude n’est plus possible, jusqu’au jour où Théo est en passe de perdre celle qu’il aime. « La vie pouvait être simple. C’était moi qui était compliqué. »

 

Pétri de mauvaise foie, mauvais, injuste, cynique, Théo est un personnage qu’on adore détester. Pas seulement parce que ses tentatives pour arriver à embrasser Sofia debout sont risibles, non. Parce qu’il est aussi profondément touchant, enfermé dans cette « posture » amère et auto-centrée qui fait autant office de carapace que de bouclier. Une façon comme une autre de se protéger et de crier sa colère.

 

Juste, ironique et étonnant, Pensée assise aborde le sujet du handicap d’une façon peu banale. Merci à l’auteur d’avoir pris le risque de sortir des sentiers battus pour offrir un texte « brut de décoffrage » aussi drôle qu’émouvant. Jérôme et moi recommandons chaudement !

 

 

Premières phrases : « J’ai lu récemment un sondage : soixante-dix pour cent des hommes affirment qu’ils n’auraient aucun complexe à vivre avec une femme plus grande qu’eux… »

 

 

Éditions Actes Sud Junior (Août 2015)

Collection Romans Ado

85 p.

 

Prix : 10,90 €

ISBN : 978-2-330-05361-1

 

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L’indivision – Springer / Zidrou

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La falaise aux baisers volés. C’est comme ça qu’ils ont pris l’habitude de l’appeler. Là qu’ils se retrouvent en secret, à l’abri des regards, pour laisser libre court à cet amour interdit. Là que leurs mains se frôlent, que leurs bouches se rejoignent, que leurs peaux cherchent sans cesse à s’épouser… Malgré tout.

 

Martin et Virginie s’aiment. Ils ne savent plus trop comment tout ça a bien pu commencer, ni où, ni quand… Mais au fil des ans, malgré eux, cet amour hors-la-loi, fou et passionnel a grandi, devenu totalement incontrôlable… Alors quand Virginie s’avance ce jour-là sur le chemin des douaniers, c’est pour annoncer à Martin que leur histoire est terminée. Elle ne peut pas. Elle ne peut plus. Ils sont frère et sœur. Ils n’auraient jamais dû…

 

Ils ont essayé pourtant. Tenté de fuir l’évidence… Martin est parti loin, très loin, pensant que les kilomètres l’aiderait à oublier celle qu’il ne peut pas aimer. Virginie s’est mariée, a eu des enfants. Des ruptures brutales, nécessaires, prendre le large pour résister. Mais à chaque retour, l’évidence… et la rechute, fatale.

 

Dieu sait que le sujet est sensible et casse-gueule… Tels des funambules inconscients – ou courageux, au choix – Zidrou et Springer s’emparent du tabou de l’inceste avec une rare délicatesse, réalisant un numéro de haute-voltige totalement fascinant. Le fil a beau être ténu, fragile, ils s’y avancent avec intelligence, pesant chacun de leurs pas, marchant presque sur des œufs.

Attentif à ne jamais émettre aucun jugement, Zidrou met le lecteur en position de voyeur, témoin d’une histoire d’amour atypique qui aurait pu être une « simple » histoire d’adultère… Mais rien n’est simple. Il y a l’amour, indiscutable, pur, vibrant. Il y a ces regards qui s’aimantent et qui en disent trop. Il y a les corps qui ne peuvent s’empêcher de se rejoindre, comme une urgence. Et Springer met en scène ces corps, cet amour incontrôlable, ce désir interdit qui les ronge…

 

Malgré le malaise, le lecteur est littéralement happé par cette histoire hors du commun. Peut-être parce que cette histoire, quoi qu’on en dise ou qu’on en pense, est avant tout une histoire d’amour. Parce que Zidrou et Springer ne jouent pas sur le côté racoleur, préférant la sobriété et l’intensité des non-dits. Parce qu’ils se gardent bien de juger, déroulant leur histoire avec toute la retenue nécessaire. Et parce qu’on ne peut s’empêcher d’être ému, même si, même si…

 

Étonnant et indispensable Zidrou. Décidément un scénariste à part dans le monde de la BD…

Du même duo, je ne peux que vous conseiller Le beau voyage, tout est dans le titre…

 

 

Un récit fort et troublant que je partage avec ma copine Stephie

 

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Éditions Futuropolis (Août 2015)

64 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-7548-1003-6

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Yaneck

 

 

 

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Challenge 2% Rentrée littéraire chez Hérisson

8/12

Premier matin – Fleur Oury

premier matinATTENTION PÉPITE !!!

 

Petit Ours se pelotonne sous les fougères. C’est le jour de la rentrée des classes et il ne veut pas y aller. Petit Ours a peur, il en a fait des cauchemars toute la nuit. Et s’il oubliait son cartable ? Et s’il ne se faisait aucun d’ami ? Et si la maîtresse le grondait ? En ce premier matin qui compte un peu plus que les autres, Grand(e) Ours(e) le rassure. A l’école, il va apprendre plein de choses, s’amuser, rencontrer de nouveaux amis. Et grandir, aussi… 

 

Je suis tombée en amour pour le premier album de Fleur Oury !! C’est beau. Partout. Même sur les pages de garde…!

 

On s’extasie sur les moindres détails (un escargot, un oiseau, un rond dans l’eau…), sur cette nature chatoyante et pleine de nuances que la jeune illustratrice semble avoir pris tant de bonheur à dépeindre. Un vrai cocon de douceur..! Et puis, sur le chemin de l’école, Grand(e) Ours(e) et Petit Ours ne sont pas seuls. Lapins, écureuils, renards, souris, putois… Cartable sur le dos ou besace en bandoulière, sur les épaules de papa ou main dans la main avec maman, pour eux aussi c’est le grand jour, le premier matin. 

 

A lire à tous ceux qui feront leur première rentrée aujourd’hui. Pour dédramatiser les peurs, calmer les petites inquiétudes, vaincre les grosses angoisses. Pour cette petit boule au ventre, juste ici, qui ne veut pas partir. Et pour cette petite larme, là, qu’on sent venir…

 

♥ Somptueux ! ♥

 

A visiter : le blog de l’auteure

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PremierMatin-9

 

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Éditions Les fourmis rouges (Août 2015)

40 p.

 

Prix : 14,00 €

ISBN : 978-2-36902-047-9

 

 

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Challenge 2% Rentrée littéraire chez Hérisson

7/12

Une forêt d’arbres creux – Antoine Choplin

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« Quand il regarde les deux arbres de la place, il pense à tous les arbres du monde.

 

Il songe à leur constance, qu’ils soient d’ici ou de là-bas, du dehors ou du dedans. Il se dit : vois comme ils traversent les jours sombres avec cette élégance inaltérée, ce semblable ressort vital. Ceux bordant la route qui relie la gare au ghetto, et qui s’inclinent à peine dans la nudité ventée des espaces. Ceux des forêts au loin, chacun comme une obole au paysage, et dont la cohorte se perd au flanc des montagnes de Bohême. Ceux aussi des jardins de l’enfance et que colorent les chants d’oiseaux. Ceux des collines froides, des bords de mer, ceux qui font de l’ombre aux promeneurs de l’été. « 

 

Les premières lignes du nouveau roman d’Antoine Choplin donnent le ton… Elles disent l’essentiel, se focalisent sur le ressenti et l’émotion, suggèrent plus qu’elle ne décrivent. Les mots s’impriment sur la rétine, on s’y voit, oui, sur le chemin menant au ghetto de Terezin. Il en sera de même dans tout le roman. De l’horreur sans nom, de la barbarie, nous ne saurons pas grand chose…

 

Il faut tout l’art d’Antoine Choplin pour arriver à faire naître l’émotion sans trop en dire. Chaque mot est pesé, chaque phrase a sa petite musique si particulière, chaque histoire, unique, résonne longtemps au cœur du lecteur… Et cette nouvelle histoire qu’il semble nous chuchoter au creux de l’oreille est de celles qu’on n’oublie pas. Celle de l’artiste Bedrich Fritta, déporté avec sa femme Johanna et son fils Tomi dans le camp tchèque de Terezin en 1941, ville transit pour Auschwitz. Très vite affecté à l’atelier de dessin technique, il se verra confier l’élaboration des plans de la ville-ghetto et du nouveau crématorium. Chaque jour, lui et son équipe s’affairent, rigoureux, à dessiner la mort qui les attend peut-être… Mais le soir, la vie reprend ses droits. Faisant fi du danger, en silence et dans le plus grand secret, Bedrich retrouve ses compagnons. Sous leurs crayons, l’horreur et le quotidien du camp se dessine. Sur le papier, autant de témoignages qui crient « la vérité, sensible et nue ». Et l’espoir, qui sait…

 

J’aime ce style épuré, très visuel, tissé de non-dits et de silences… La concision au service de l’émotion… Une forêt d’arbres creux est un texte sidérant de justesse et de retenue, un texte grave et bouleversant qui en esquissant l’horreur réussit à la rendre encore plus palpable. Essentiel !

 

Un coup de cœur que je partage avec Jérôme et Philisine

 

Les avis de Choco (avec pleins de dessins originaux de Bedrich Fritta) et Jostein

 

 

Du même auteur sur le blog : La nuit tombéeRadeauLes gouffresL’incendie

 

 

Au hasard des pages : « Dans ce parcours doux et débridé du crayon sur la feuille matinale, et par ce regard tendre épousant le trait à la suite de la main à l’oeuvre, il y a comme un contentement pour Bedrich, et c’est peu dire. Une joie presque, secrète et immobile, surplombant les parois du ghetto, réduisant à néant, le temps d’une seconde, les tragédies. Tiens, comme ce soleil de maintenant peut-être, touchant au front ; que l’on sait pourtant partagé par les autres et qui ne saurait donc, aussi bien que le trait du crayon, nous en tenir à l’écart. » (p. 29)

 

Editions La fosse aux ours (21 août 2015)

128 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-35707-065-3

 

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Challenge 1% Rentrée littéraire chez Hérisson réussi !

6/6

En route pour les 2% !

Le rapport de Brodeck 1. L’autre – Manu Larcenet

brodeckCette adaptation du roman de Philippe Claudel par Manu Larcenet est un chef-d’œuvre, osons les grands mots. Je me garderais bien de comparer l’album à l’original que je n’ai pas lu, mais une chose est sûre… Il se dégage une telle force et une telle intensité de ce récit qu’il aurait eu tout pour me plaire. Un jour, peut-être…

 

J’imagine que la lecture du roman a dû être très forte pour Manu Larcenet. Marquante. On ressent son admiration pour l’auteur et pour son œuvre, au dire des puristes, son adaptation est d’ailleurs on ne peut plus fidèle au mots de Philippe Claudel. Reste sa vision de l’œuvre, très sombre, tragique… Un noir et blanc stupéfiant de beauté. Des planches absolument somptueuses où l’homme semble tout petit devant la grandeur de la nature et la bêtise humaine, des trognes inoubliables, oui, on est là proche de la perfection…

 

Ce premier tome du diptyque se concentre sur « l’autre », « der Anderer », cet étranger qui plongera tout un village dans une haine sans nom et déraisonnée et poussera ses habitants à commettre l’irréparable. Et sur Brodeck, à qui on confiera une tâche bien étrange et qu’il ne pourra pourtant refuser… Un rapport, forcément biaisé, qui rendrait compte de cet assassinat, qui l’expliquerait, qui absoudrait ses responsables. « Tu seras le scribe ». Au pied du mur, Brodeck n’a d’autre choix que de faire ce qu’on lui demande, mais il y aura deux versions. L’officielle, et la sienne, qu’il raconte ici..

 

Il y aurait tant à dire sur cet album. Le rapport de Brodeck est l’histoire d’un combat. Celui d’un homme qui a survécu aux « autres » dans une autre vie, là où on le traitait comme un chien. Celui d’une homme qui doit faire face, chaque jour, aux souvenirs qui l’assaillent et aux démons qui le hantent. Celui d’un homme qui, aujourd’hui, doit faire face aux siens… Larcenet a l’art de faire parler les silences. Il n’y a qu’à contempler les visages de ses personnages pour y déceler la haine, la honte et la culpabilité qui suintent par tous les pores de leur peau. La peur de Brodeck, cette menace impalpable qui semble peser sur lui tout au long de l’album… Ce malaise qui s’installe, insidieux, et ne nous quitte plus…

 

C’est noir, sombre, sans espoir. Et c’est beau. Du grand, très grand Larcenet…

 

 

Les avis de Enna et Jacques

 

brodeck-101
 

Editions Dargaud (Avril 2015)

160 p.

 

Prix : 22,50 €

ISBN : 978-2-205-07385-0

 

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Jacques