Traquemage (T1) Le serment des pécadous – Wilfrid Lupano / Relom / Degreff

Traquemage_couvDimanche j’ai tenté de reprendre un semblant de vie normale. De mettre mon cerveau sur pause. Dérisoire. Illusoire. Nécessaire pourtant… Il me fallait du léger, une bouffée de bonne humeur pour tenter d’occuper cette petite parcelle de mon cerveau encore un peu encline à la joie de vivre…

 

Alors j’ai lu Traquemage. Pari osé finalement vu mon ressenti à la lecture de Sept nains, conte parodique pas toujours très fin qui m’a laissée plus que circonspecte. Revoilà donc le scénariste touche-à-tout aux commandes d’un nouveau genre piétinant allégrement les codes de l’héroïc fantasy. J’y ai retrouvé sa verve, ses bons mots, son sens du dialogue. J’ai souri. Un peu. Et j’ai terminé ce premier tome en sachant que je ne me précipiterais pas sur la suite à sa sortie…

 

Il y a de l’idée pourtant…  Pistolin, l’anti-héros producteur de fromage, décidé à débarrasser la Terre des mages et de leurs guéguerres stériles. Myrtille, la brebis rescapée, aussi butée que peureuse, affublée d’un pouvoir temporaire un brin encombrant. La fée Pâquerette, aussi gracieuse qu’un éléphanteau, véritable charretière tendance pochtronne, peu habile de la baguette…

 

C’est foutraque, déjanté, fantaisiste, grossier, outrancier, inventif et outrageusement caricatural. A l’image du dessin de Relom d’ailleurs, qui lui, m’a laissée totalement de marbre… Lupano s’est régalé, ça se sent. Moi pas. Ce n’est pas ce Lupano que j’aime… J’aime quand il arrive à me parler d’amour sans un mot, j’aime ses losers magnifiques, j’aime sa façon de pointer du doigt la bêtise crasse des hommes, j’aime son humour et sa tendresse, ses dialogues truculents et vachards… C’est ce Lupano là que j’aime. Et ce Lupano là, je continuerai à le lire…
 

 

Une lecture partagée avec Jérôme et Mo’, et ça, ça fait quand même beaucoup de bien…

 

L’avis de Un amour de BD

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Éditions Delcourt (Septembre 2015)

Collection Terres de légendes

56 p.

 

Prix : 14,95 €

ISBN : 978-2-7560-6464-2

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

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            Jérôme                            Mo’                          Yaneck                          Hervé

 

 

célestin  vénémeuses  7 nains Jim

          Jacques                          Maël                             Sabine                        Bouma

 

 

Emmett-Till  magasin-général-2  mamette  oliv

          Sandrine                        Karine                         Laurie                              Oli’v

          

Entre eux deux – Catherine Verlaguet

Entre_eux_deux_editions_TheatralesUn hôpital, de nuit. Elle entre dans la chambre « purgatoire » avec fracas, volubile, intarissable. Elle n’est là qu’en transit, elle le sait. Lui aussi d’ailleurs, même s’il ne dit rien… Cette chambre, ils vont devoir la partager, juste pour une nuit, avant d’être transférés ailleurs, dans une maison de repos… C’est court une nuit. Mais ça peut durer une éternité…

 

Elle parle, beaucoup, peut-être trop. Elle a besoin des mots, ils la rassurent, l’aident à tenir debout. Les mots comme des refuges, une bouée de sauvetage… Pour oublier les vides, cette béance comme une blessure, cette colère et cette tristesse qui la rongent…

 

Lui écoute, ou peut-être qu’il fait juste semblant, qui peut le dire, finalement..? Cloué à son lit d’hôpital, il y a longtemps qu’il ne trouve plus les mots pour exprimer son mal-être, longtemps qu’il n’essaye plus, longtemps que ça se bouscule dans sa tête, que ça s’emmêle, que ça s’effrite. Et son corps ne suit plus, ses bras, bien trop lourds, l’attirent sans arrêt vers la chute… qu’il attend en vain.

 

Deux âmes perdues, qui peu à peu sombrent dans la folie. Inadaptées. Deux adolescents cabossés arrivés là comme en dernier recours… Et la rencontre a lieu, magique, tendre, inattendue… Les deux adolescents se racontent et se livrent, enfin, tentent de combattre leurs démons… Ils ont une nuit, une seule, pour se sauver la vie…

 

Catherine Verlaguet excelle dans la peinture des sentiments naissants. Ces deux adolescents qui ont poussé de travers se raccrochent l’un à l’autre pour s’ancrer enfin solidement dans une existence jusqu’alors brinquebalante. Ils s’observent, se cherchent, s’apprivoisent peu à peu, s’aiment… Les secrets  qui les hantent, leur passé tortueux, tout s’apaise. Possible, oui, que l’amour soit le meilleur des remèdes.

Beaucoup de délicatesse et de force dans cette pièce de théâtre au charme hypnotique. Beaucoup de pudeur aussi qui laisse deviner les dessous d’un amour salvateur aussi fulgurant qu’inespéré. Beau et troublant…

 

Une pépite jeunesse atypique partagée avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…

 

 

Au hasard des pages :

« Lui : Tu crois, toi ?

Elle : Quoi ?

Lui : Qu’on a des coins, en nous ?

Elle : En tous cas, si on en a, je voudrais que tu sois le premier à me les faire découvrir.

Ça m’arrive pas tous les jours, tu sais. La confiance. Ici, on est un peu au purgatoire, c’est vrai… entre deux… c’est comme si on existait pas.

Lui : Et pourtant…

Elle : Je ne me suis jamais sentie aussi vivante !

Lui : J’ai jamais autant existé, que là.

Elle : Alors ?

Pourquoi est-ce qu’à quinze ans ce serait forcément dans le mauvais sens du terme ? » (p. 38)

 

Éditions Théâtrales (Octobre 2015)

Collection Théâtrales jeunesse

57 p.

 

Prix : 8,00 €

ISBN : 978-2-84260-690-9

 

 

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Un drôle de visiteur – Eleonore Thuillier / Clotilde Goubely

un_drole_de_vistieurMais qui est donc cet étrange animal qui vient de débarquer à la ferme…? La poule, le cochon, le chat et la vache en sont persuadés, il n’a en tous cas rien à faire ici. Perplexes, les quatre amis se jettent sur une encyclopédie pour vérifier le terrible doute qui commence à les assaillir… Et si cette étrange petite boule rayée était un animal sauvage…? Le verdict ne se fait pas attendre… Le drôle de visiteur est… UN TIGRE !!!! Une bête féroce capable de les dévorer en quelques coups de dents…!

 

N’écoutant que leur courage… les voilà qui se précipitent en haut d’un arbre (oui, oui, même la vache…!) où ils comptent bien rester jusqu’à disparition complète de la menace. Bien à l’abri sur leur perchoir de fortune, ils incitent l’indésirable à regagner au plus vite ses pénates. La place d’un tigre est dans la jungle, pas dans une ferme ! « Allez ouste, retourne chez toi ! »

 

Le petit tigre aux faux airs du Chat Potté, perplexe, ne comprend pas pourquoi ces quatre drôles d’oiseaux ont si peur de lui alors qu’il n’aime que le parmesan et les biscuits au chocolat… « Nous avons fuit un cirque avec ma maman… Depuis nous vivons dans la ferme voisine. Je ne connais pas la jungle, c’est chez moi ici. Pourquoi avez-vous peur de moi comme ça ? Je ne vais pas vous mordre voyons ! » Allons donc, les animaux ne sont pas dupes de cette ruse abjecte, et celui ci aura beau essayer de les amadouer avec ces pleurnicheries, ils resteront en sécurité dans leur arbre ! Jusqu’à ce que le petit tigre en pleurs appelle sa maman…

 

Le jury du Prix Landerneau Album jeunesse 2015 a vu juste, Un drôle de visiteur est un concentré d’humour, de tendresse et de finesse. L’illustratrice du Loup excelle dans un scénario cocasse beaucoup plus riche qu’il n’y parait en mettant à la portée des plus petits le thème de la différence et des préjugés, si cruellement d’actualité. Simple et sacrément efficace. Quant au coup de crayon de Clothilde Goubely, j’adore ! Les bouilles ultra expressives des animaux tendance « lapins sous acide » sont impayables et pour le coup très originales.

 

Un album coup de cœur à mettre entre toutes les petites mains dès 3 ans !

 

 

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Éditions Frimoüsse (Octobre 2015)

Collection Maxi boum

32 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-35241-252-6

 

 

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Little Tulip – François Boucq / Jérôme Charyn

little-tulip1947. Pavel a sept ans quand ses parents décident de quitter les États-Unis pour s’installer à Moscou. Un choix de carrière pour son père, dessinateur, qui y voit l’opportunité de travailler sur des décors de cinéma auprès d’un cinéaste reconnu. Déporté dans un goulag sibérien en même temps que ses parents convaincus d’espionnage, le jeune garçon ne doit sa survie qu’à son talent pour le dessin hérité de son père. Séparé des siens, ignorant même si ses parents sont encore vivants, il apprend à se couler dans le moule d’un monde ultra codifié et violent où règnent les chefs de gangs. Protégé par Kiril la Baleine, aussi influent que redoutable, Pavel devient son tatoueur officiel et garde chevillé au corps l’espoir de revoir un jours ses parents vivants…

 

1970, New-York. Pavel est devenu un tatoueur reconnu. Pour son talent, mais aussi pour son incroyable capacité à cerner les personnalités. Un don et une intuition que la police de la ville met à profit pour confondre certains criminels grâce à ses portraits robots ultra réalistes. Régulièrement appelé sur des scènes de crime, Pavel n’arrive pourtant pas à tout « voir ». Impossible pour lui de comprendre celui qu’on surnomme « Bad Santa », auteur de plusieurs crimes atroces perpétrés sur des femmes seules ces derniers mois…

 

Chose assez rare, je suis rentrée dans cet album à reculons. Tout ça à cause d’une couverture trop virile à mon goût et du pressentiment d’une histoire à mille lieux de ce que j’ai l’habitude de lire et d’aimer. N’étant pas à une contradiction près, je me suis jetée à l’eau, il est parfois bon de sortir de sa zone de confort… Mais j’étais prévenue. Little Tulip ne fait pas dans la dentelle et rien n’est épargné au lecteur… Plongée horrifique dans l’enfer du goulag, il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter certaines scènes parfois dérangeantes voire insoutenables. D’où l’intérêt de cette alternance entre les deux époques, l’époque « actuelle » n’étant pas plus « soft » pour autant…

Les avis sur cet album auréolé par de nombreux prix sont dithyrambiques. Je serai pour ma part plus mitigée… Ferrée dès les premières planches par l’intrigue et le côté ultra charismatique du héros (à qui j’ai trouvé un troublant faux air de Daniel Craig mais là n’est pas le propos), assez fascinée par le dessin de Boucq qui arrive à sublimer l’innommable, j’ai pourtant été surprise par la tournure des évènements. A mon sens, le dénouement pèche par son invraisemblance et ne colle pas du tout avec l’ambiance sombre et brute habilement distillée tout au long de l’album… Trop d’incohérences et une percée assez incompréhensible du fantastique qui me laissent dubitative…

 

Il reste que cet album, d’une rare puissance, s’ancre durablement dans les esprits…

 

 

Les avis de Canel, Charlotte, Cristie, Enna, Jacques, Jérôme, Joëlle, Laure, Maël, Manu, Oliv, Stephie, Val

 

 

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Éditions Le Lombard (Novembre 2014)

Collection Signé

84 p.

 

Prix : 16,45 €

ISBN : 978-2-8036-3417-0

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Yaneck

La femme de papier – Françoise Rey

IMG_3889Plus de 25 ans séparent ces deux éditions de La femme de papier de Françoise Rey. Le tout premier roman estampillé « érotique » de ma bibliothèque que je possède dans sa première édition de 1989… Je crois l’avoir acheté d’occasion chez un bouquiniste, quelques années après sa sortie, sans trop savoir ce que j’allais trouver en lisant ces pages…

Je me souviens d’un choc, d’une rare impression de liberté. Et d’une plume aussi, rageuse, crue, violente et passionnée. Pour l’époque, c’était du jamais vu pour une femme…

 

La femme de papier m’a fait découvrir et aimer un monde dont j’ignorais tout. Par la suite, j’ai continué de lire Françoise Rey, toujours aussi admirative, subjuguée par son audace et sa capacité à parler des fantasmes, des désirs et du plaisir des femmes. Depuis, et après avoir exploré pas mal le genre, je crois n’avoir rien lu de mieux… C’est dire si cette relecture a un goût particulier. C’est dire si j’avais peur de me rendre compte, des années après, que ce texte que j’avais jugé sulfureux avait perdu de sa force… Mais il n’en est rien…

 

La femme de papier est une succession de lettres envoyées par une femme à son amant. Leur relation s’étiole. Ses mots vont redonner un souffle inattendu à leur histoire, ravivant un jeu de séduction qui s’était endormi. Aucune limite, aucun tabou… Souvenirs ? Rêves ? Fantasmes ? Peut-être un mélange de tout ça. On pourrait d’ailleurs se dire que ce roman se borne à un simple catalogue de pratiques sexuelles débridées (certaines vraiment très osées…). Sauf que… Parfois l’amour s’invite…

L’amour. Je pense que la vraie dimension de ce roman m’avait complètement échappée à la première lecture. La femme de papier est un cri d’amour. Et c’est l’auteure qui en parle le mieux… Lisez la postface et l’entretien avec l’auteure. Lisez-les avant de lire le roman… Les propos de Françoise Rey sur sa propre histoire sont très forts. Émouvants. Cette histoire, c’est celle d’un amour fou, d’une passion dévorante, folle et irrationnelle. C’est pour cet homme interdit que l’auteure a inventé les situations les plus audacieuses, pour lui qu’elle a couché sur papier ces déclarations torrides et sulfureuses, pour lui qu’elle a fait tomber les barricades qu’elle avait vainement tenté d’ériger, quitte à en faire trop… Un amour si fort qu’elle a choisi de le préserver en y renonçant… Impossible de lire ce roman comme un simple roman érotique quand on sait tout ça. Impossible quand on sait que ces lettres ne devaient au départ jamais sortir de la sphère privée et être publiées…

 

Un mardi différent pour moi donc… Une relecture, un éclairage nouveau, une maturité, aussi, que je n’avais pas à 20 ans pour appréhender cette dimension intime du roman. Une lecture en tandem avec mon complice de toujours que je remercie de m’avoir accompagnée sur un tel chemin…!

 

 

Éditions La Musardine (Octobre 2015)

Collection Érotiques contemporains

Illustré par Alex Varenne

268 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-84271-800-8

 

 

Mardi c'est permis

 

Tous chez Stephie !

 Et vous, qu’avez-vous lu d’inavouable ce mois ci…?

Sept nains – Wilfrid Lupano / Roberto Ali

7 nainsCe n’est pas le concept de cette série (que je n’ai jamais lue…) qui m’a attirée. Ni le dessin de Roberto Ali, qui, après feuilletage rapide, ne m’emballait pas plus que ça… Soyons honnête, si je me suis précipitée, c’est uniquement parce qu’il y avait le nom de Lupano sur la couverture. Et parce que j’adore les contes détournés…

 

Et là, au moment de parler de cet album, je suis bien embêtée… J’aurais pu détester. Parce que oui, c’est grossier, loin d’être toujours très fin, misogyne, graveleux, malsain… et j’en passe. J’aurais pu adorer, rire à gorge déployée, crier au génie devant une telle liberté de ton. Sauf que je n’ai ni détesté, ni adoré… et que du coup j’en ressors finalement assez déçue…

 

Parce que j’attendais bien mieux de Lupano. Parce que oui, avec un tel sujet, il aurait pu lâcher les chevaux et pondre un album vraiment grandiose… Tout est là pourtant. L’histoire dans ses grandes lignes, les personnages, évidemment revisités (Blanche-Neige, sa marâtre, le chasseur, le roi… et même le miroir magique), tout. Et les sept nains, autour desquels tourne toute cette histoire. Des nains libidineux, crados, très portés sur la chose, reluquant les énormes seins de Blanche à quatre pattes en train de récurer le sol…

 

Honnêtement, certains passages sont assez drôles, certains dialogues aussi, même si Lupano m’avait habituée à plus subtil… Mais à la seconde lecture j’en ressors finalement assez circonspecte. D’autant que le dessin, criard et sans grande subtilité non plus, m’a laissée totalement sur le carreau… Évidemment, le côté « too much » est voulu, évidemment, plus c’est scabreux, plus c’est osé, plus on est dans la parodie et le détournement attendu. Les personnages en prennent tous pour leur grade, et le conte, dynamité, part en vrille comme convenu. Rien à dire, le cahier des charges est respecté : c’est trash et complètement déjanté, tout en tenant la route vu que Lupano est aux manettes est qu’il sait y faire. Disons juste que ce n’est pas le Lupano que je préfère… Question de goût…

 

Une lecture en demi-teinte vu mes attentes mais que je partage avec grand plaisir (c’est une première…!) avec OliV

 

Les avis plus enthousiastes de Jacques, Violette, Yaneck

 

 

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Éditions Delcourt (Septembre 2015)

Collection Conquistador

64 p.

 

Prix : 15,50 €

ISBN : 978-2-7560-5181-9

 

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Jacques

 

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Challenge 5% Rentrée littéraire chez Hérisson !

26/30

Mauvais fils – Raphaële Frier

mauvais fils« Je me suis calé sur mon lit, en face de la lampe à lave de mon dernier Noël. Les bulles fluorescentes s’élèvent dans leur bocal, elles glissent, se cognent et rebondissent. Le mouvement ne s’arrête jamais, c’est beau et d’habitude, ça me calme. Pourtant, ce soir, les bulles vertes me renversent et me donnent le tournis.

 

Ce soir plus qu’hier, je voudrais être un autre. Pas cette erreur de la nature, cette foutue boulette dans une famille qui n’attend plus que moi pour s’effondrer, quand elle saura qui je suis en réalité. Parce que c’est sûr, ce n’est pas avec moi qu’ils iront mieux, mes vieux. Et je vis avec cette angoisse, toujours la même, qui m’écrase pendant la nuit et pendant le jour aussi. Pourquoi moi ? Qu’est ce qui a déconné pour que ça m’arrive ?

 

Ghislain aime les garçons. Au fond de lui il l’a toujours su. Pas la peine de s’en défendre. Pas la peine de faire « comme si »… Même si ça serait mieux pour tout le monde qu’il se fonde dans le moule. Même s’il vaudrait peut-être mieux qu’il marche dans les clous et soit enfin le « bon fils » qu’on attend qu’il soit. Le gars viril, sûr de lui, un brin dragueur, qui accumule les conquêtes sans trop penser au lendemain…

Ghislain aime les garçons. C’est assez simple finalement. Ça n’a même pas été brutal comme révélation. Ça s’est imposé doucement, comme une évidence impossible à combattre. Alors pourquoi ça fait si mal…? Pourquoi c’est si dur à accepter…? Pourquoi c’est tellement compliqué de l’admettre, de le dire, de le crier à ceux qui le voient comme cet autre qu’il ne sera jamais…?

Ghislain aime les garçons. Et la pilule est impossible à avaler pour son père qui le fiche à la porte… Seul, Ghislain part à la recherche de cette part de lui-même qu’il ne connaît pas encore, celle qu’il tait, celle qu’il étouffe, celle qu’il a longtemps voulu voir crever… Prêt à toutes les expériences pour exister enfin, Ghislain entre en révolution…

 

Je ne vais pas mentir. J’ai lu ce texte en en ayant constamment un autre en tête. Parce qu’il est difficile d’oublier les mots d’Antoine Dole sur ce sujet encore tabou qu’est l’homosexualité, j’ai eu du mal à me détacher de cette voix qui cogne et qu’on n’oublie pas… Mauvais fils est pourtant lui aussi un texte percutant. Parfois dérangeant. A 19 ans, Ghislain n’a plus le choix. Il lui faut vivre vite, savoir, expérimenter, sans entraves ni barrières. L’amour est peut-être à ce prix…

La voix de Ghislain, plus mature, mais pas moins en souffrance, résonne longtemps et frappe là où ça fait mal. Il y a de la rage, de la colère, un mal de vivre qui empêche d’avancer… Ce sentiment d’impuissance et cette vague culpabilité qui ronge et monte à la tête… Il y a l’espoir, aussi, d’arriver à tout envoyer valser pour vivre enfin à visage découvert, avec ou sans aide, avec ou sans bénédiction puisqu’il n’est plus question de compter sur ceux qui sont censés nous aimer pour ce que nous sommes…

 

Au cœur du texte, cette relation père-fils. Un père presque trop « cliché » au départ. Beauf mal dégrossi, homophobe, intolérant, bas du front, sexiste et j’en passe… Pour Ghislain, l’horizon est forcément bouché, inutile d’espérer d’ailleurs une quelconque réconciliation. Pessimiste ? Sûrement… Réaliste…? Aussi… Le parti pris est osé, comme souvent dans cette collection qui parle aux ados sans les prendre pour des bisounours. Actuel, poignant, percutant, Mauvais fils marquera à coup sûr les esprits… 

 

Et une nouvelle pépite jeunesse dans cette collection, après Vibrations (de la même auteure) et Trop tôt, que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi ou presque…!

 

Les avis de Bladelor, Hélène et Nadael

 

Premières phrases : « Je n’ai jamais pensé que mes parents s’engueulaient à cause de moi, j’ai toujours su qu’ils ne m’avaient pas attendu pour commencer. C’est vraiment par obligation que je trempe dans leur soupe tiède. Ils s’engueulent à longueur de journée, pour un oui, pour un non. Je ne comprends pas pourquoi, je n’arrive pas à trouver un intérêt à tout ça. Peut-être que la seule raison de leur dispute c’est l’ennui. C’est vrai, ils s’emmerderaient tous les deux, s’ils ne se faisaient pas la guerre. Moi pendant ce temps, je me tais, je me bouche les oreilles, je ravale ma colère. »

 

Au hasard des pages : « C’est pas le chantier qui me fait peur, Papa. Non, c’est pas le chantier, ni le patron. C’est ta manière d’en parler, c’est ton espoir de me voir adopter, enfin, une posture de mec. Parce que, tu ne le dis pas, mais tu trouves que je marche trop légèrement, hein ? Tu trouves que j’ai une drôle d’attitude, tu voudrais que je traîne avec une bande de vrais mecs, t’as jamais pu saquer Mounir et tu sais pas ce que je fous avec Lella et Fatou, parce que t’as bien compris que je cours pas après Lella, n’est-ce pas ? En fait, Papa, t’as un doute au fond de toi, tu te demandes, depuis plusieurs années, si ton fils, il serait pas un peu pédé… Quelque chose que tu sens, t’as pas de preuve et t’en as jamais parlé à Maman, mais tu ne peux pas t’empêcher de craindre le pire. c’est ça, qui me fait peur, en vrai. » (p. 36-37)

 

Éditions Talents Hauts (Août 2015)

Collection Ego

95 p.

 

Prix : 7,00 €

ISBN : 978-2-36266-131-0

 

 

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Challenge 5% Rentrée littéraire chez Hérisson !

25/30

Une guerre pour moi… – Thomas Scotto / Barroux

guerre pour moiParfois la vie échappe à la raison…

Parfois, sans trop savoir pourquoi, on ne joue plus…

Et parfois les armes tuent, pour de vrai…

 

Il suffit parfois de compter jusqu’à six en fermant les yeux. Et d’y croire très fort pour que tout s’arrête. Amal sait ce qu’il fait. Amal, « son visage dur et ses poings en rafale » ne peut pas se tromper. C’est dans ses yeux que son petit frère a appris la vie. Une vie faite d’éboulis, de cris et de rage…

 

Mais Amal sait. Amal a une âme de chef et de guerrier, grâce à lui, c’est sûr, il deviendra un vrai petit soldat. Et si les fusils sont trop lourds à porter pour un tout petit bonhomme comme lui, Amal lui trouvera bien une mission d’importance, être petit, ça peut être utile parfois… Et il sera fier de lui…

 

« Je compte jusqu’à six. Encore un peu quand même… Plus loin que six.

Et peut-être que la guerre pourrait finir tout de suite si elle veut.

Parce que, en vrai, je deviens quoi si je perds ? »

 

Les mots de Thomas Scotto. Essentiels et déchirants de candeur et de violence… Le dessin de Barroux, saisissant de rage et de simplicité. Ça cogne dur. Ça lacère le cœur. Effroyable et tristement banal. L’enfance saccagée, l’innocence foulée aux pieds… Et ces questions sans réponses… On pousse comment dans un pays en guerre…? Ça fait quoi de grandir sans horizon…?

 

Une déflagration. Un cri en mitraillette. Et un final qui laisse sans voix… Bouleversant et indispensable… ♥

 

 

D’autres avis chez Enfantipages et Hélène

 

Le site de Thomas Scotto, celui de Barroux

 

 

 

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Éditions Les 400 coups (Mai 2015)

Collection Carré blanc

32 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-89540-661-7

 

 

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Appartenir – Séverine Werba

appartenir« Je témoigne d’un non-témoignage, je témoigne d’un silence, d’un trou laissé par la souffrance. Je témoigne d’une amputation. Je n’ai rien vu de mes yeux, je n’ai pas de souvenirs, je n’ai pas connu ceux qui sont morts et pourtant ils m’importent. Et pourtant je les cherche.

 

Revenir à l’été 42. L’été de la mort de Lena, de ses parents, des grandes Aktions nazies qui anéantirent ma famille à Torczyn et à Loutsk. Comme s’il fallait en ce début de printemps 2012, à quelques mois d’une commémoration invisible, reprendre cette histoire à son origine. Le silence de Boris a envahi ma vie au point à me pousser à aller jusqu’en Ukraine, à Torczyn, son lieu de naissance, et à Loutsk, où ses frères ont vécu adultes. Ce voyage s’impose à moi sans conditions. »

 

Déstabilisant, inattendu et extrêmement intense, le roman de Séverine Werba s’apprivoise petit à petit… Au lecteur de se faire sa petite place dans les souvenirs personnels de l’auteure en quête de ses racines. Au lecteur de se faire tout petit pour voir naître sous ses yeux les mots qui relient et bouclent une boucle douloureuse. Au lecteur d’accompagner Séverine Werba dans ses tâtonnements, ses errances, sa confusion et ses certitudes qu’il faut malgré tout aller de l’avant. Pour elle, pour les siens, ceux qu’elle chérit aujourd’hui et ceux qu’elle ne rencontre que tardivement via des bribes éparses du passé…

 

Ce sentiment d’appartenance, Séverine le ressent comme une urgence. A comprendre. A rassembler les éléments de ces vies avant qu’elles ne lui échappent. Pour rendre au jour les « secrets emmurés » dans l’appartement de ce grand-père parti sans rien dévoiler. Entre sa vie et la mort de tous ces gens qu’elle ne connait pas, un fossé qu’il reste à combler. Se souvenir. Les retrouver. Parce que « le passé déborde »…

 

Et la route est longue… Séverine cherche, remue les souvenirs, part sur les traces de ses ancêtres. Il lui faut réinventer les vies d’avant. Imaginer la vie de Rosa, la soeur de son grand-père, et celle de sa fille Lena, toutes deux déportées en 1942. Partir dans ce village lointain du fin fond de l’Ukraine. Retrouver ses morts qui la hantent pour enfin appartenir à cette Histoire qui est aussi la sienne…

 

On ressort groggy de cette lecture. C’est l’enquête d’une vie. La petite histoire qui rejoint la grande. L’intime et l’universelle. Ils sont précieux ces textes là, et ils sont assez rares finalement. Comme quoi tout n’a pas été dit… Comme quoi il faut encore le dire… Séverine Werba nous offre avec Appartenir un premier roman vibrant qui questionne autant qu’il bouleverse. Essentiel…

 

 

Les avis de Charlotte, Eimelle, Jostein, Laurie, Meelly, Mirontaine, Nicole, Sabine, Tiben

 

 

Éditions Fayard (Août 2015)

264 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-213-68701-8

 

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68 premières fois chez l’insatiable Charlotte

8/68

 

 

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Challenge 4% Rentrée littéraire chez Hérisson réussi !

24/24

En route pour les 5% !

Les beaux étés 1. Cap au Sud ! – Zidrou / Lafebre

beaux-etesVoilà, j’ai trouvé ma BD-chouchou-doudou de cette rentrée… Celle qui fait du bien, qui donne le sourire. Celle qui réveille les souvenirs d’enfance, qui donne des envies de plaisirs tous simples… et remet gentiment et l’air de rien les choses à leur place en se centrant sur l’essentiel…

J’ai plus que savouré ces retrouvailles tant attendues avec le duo Zidrou / Lafebre. Déjà de longs mois que je me délectais des planches postées au compte-gouttes sur son compte facebook par le talentueux illustrateur espagnol (à l’accent délicieux et au charme tatoué ô combien craquant… pardon je m’égare…). Des mois que je trépignais et que j’imaginais cette belle ballade régressive concoctée par les deux complices. Si je subodorais le coup de cœur, j’étais finalement loin du compte… L’album est tout simplement excellent, n’ayons pas peur des mots…!

 

Quelques planches suffisent pour nous mettre dans l’ambiance et nous transporter au cœur de l’été 73. Et on est bien… Sardou chante La maladie d’amour, les papiers peints sont aussi audacieux que les imprimés des robes de ces dames, les fils des téléphones s’entortillent et on envoie encore des cartes postales. Soupirs nostalgiques…

Et on fait connaissance avec la famille Faldérault, enfin prête à partir en vacances. Quand Pierre, Mado et leurs quatre enfants (sans oublier Tchouki, l’ami imaginaire) s’entassent dans la vieille 4L avec un soulagement non dissimulé, on n’a qu’une envie, se glisser entre eux et profiter nous aussi du voyage. C’est un joyeux bordel sur la banquette arrière. Ça rigole, ça babille, ça chante à tue-tête, ça braille, ça se chamaille, ça pionce dans des positions improbables… tout ça sous l’œil bienveillant et parfois agacé de parents gentiment dépassés par les évènements mais heureux d’oublier pour un temps les rancœurs et les non-dits qui les minent…

 

On l’aime instantanément cette famille, follement. Parce que c’est un peu la nôtre. Elle est vraie, un peu frapadingue, touchante, drôle. Et tout est là. Dans les petits riens du quotidien, les bonheurs qui se logent parfois dans des tous petits recoins, les bouffées de bonne humeur, les éclats de joie pure, les soucis qui rongent mais qu’on préfère taire pour ne rien gâcher… Ça n’a l’air de rien, et pourtant, l’essentiel est là…

Comme à son habitude, Zidrou est impérial, toujours sur le fil de l’émotion, toujours juste, toujours profondément humain… En totale complicité avec Jordi Lafebre (ces dessins bon sang, j’en suis dingue…!), il nous conte une histoire douce-amère qui nous requinque autant qu’elle nous interroge… Du grand art… et un énormissime coup de cœur que je partage en toute logique avec Jérôme…!

 

 

Les avis de Jacques, Sandrine, Tamara, Yvan

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Éditions Dargaud (Septembre 2015)

56 p.

 

Prix : 13,99 €

ISBN : 978-2-505-06198-4

 

 

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Challenge 4% Rentrée littéraire chez Hérisson

23/24

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez moi !

 

 

La BD de la semaine c’est aussi chez…

 

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           Jérôme                        Amandine                     Jacques                        Yaneck

 

 

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                               Sabine                                            Karine                            Cristie

 

 

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              Hervé                            Maël                            Sylire                             Mo’

 

 

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             Moka                       Marguerite                     Sandrine