Pardonnable, impardonnable – Valérie Tong Cuong

pardonnableUne déflagration. Il faut croire que je m’y attendais… Ce roman faisait partie de ceux que je voulais lire en priorité lors de la dernière rentrée littéraire. C’est d’ailleurs un des tous premiers que j’ai eu entre les mains. Un an qu’il m’attendait. Un an que je voyais fleurir les avis des copinautes. Un an que je savais que ce roman était pour moi… Et que je n’en sortirais pas indemne…

 

Valérie Tong Cuong n’a pas écrit un énième roman sur la famille et ses sempiternels secrets qui rongent, brisent et mettent à la torture. Pardonnable, impardonnable n’est pas une variation de plus sur les affres de la culpabilité et les chemins tortueux qui mènent au pardon et à la résilience.

 

C’est un roman qui lacère et gratte jusqu’à la douleur… Qui dérange, parfois. Qui met à nu ce qu’on voudrait voir enfoui profondément. Qui déterre les vieilles rancœurs, les rancunes tenaces et les non-dits qui vrillent une existence et déterminent des choix de vie. C’est fou ce que les silences peuvent laisser des traces…

 

« Il suffit de si peu de choses pour que nos vies bifurquent ».

 

Un défaut de vigilance. Une seconde de trop. Le drame survient sans prévenir et laisse l’entourage à l’agonie…  En attendant que le petit Milo se réveille de son coma, son entourage se disloque. Le passé ressurgit, on accuse, on se gâche… peu importe les dommages collatéraux et les petits arrangements avec la vérité. La colère gronde. La haine se cristallise. Une tragédie où les coupables potentiels sont aussi les victimes, où personne, non personne, n’est vraiment innocent. Une tragédie où le trop-plein ou le manque d’amour déconstruisent plus qu’ils n’aident à avancer… Pardonnable, impardonnable est un roman sur les cages qui nous emprisonnent, celles que l’on bâtit autour de nous et qui nous brident au lieu de nous protéger. La vie, la vraie… 

 

Un roman essentiel, percutant. J’ai adoré…

 

Les avis de Cajou, Clara, Eva, l’Irrégulière, Jostein, La fée, Laure, Leiloona, Lucie, Maël, Meelly, Séverine, Stephie

 

Premières phrases : « Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir. Et puis non. »

 

Au hasard des pages : « Je sais aujourd’hui qu’il faut se méfier de l’euphorie. Elle nous transporte loin des monstres qui nous hantent, loin des dangers qui guettent, si loin qu’on ne revient jamais plus  les affronter. On se croit tiré d’affaire, passé à autre chose. On décrète les dossiers classés, tandis qu’ils nous consument lentement. »

 

Editions JC Lattès (Janvier 2015)

340 p.

 

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-7096-4608-6

 

 

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Un été 42 – Herman Raucher

Un-ete-42Je me demande bien ce que j’aurais pensé de ce roman si je l’avais lu à l’adolescence, cette période hybride où on se pose plus de questions qu’on ne trouve de réponses. Publié dans les années 70, adapté par son auteur au cinéma, le film devint culte et éclipsa l’original. Culte donc, généralement un mot qui me fait fuir. Mais j’ai plongé. Un roman sur l’adolescence, l’amitié et les souvenirs, ça ne pouvait que me plaire…

 

« Tout autour de lui, il y avait des gens engagés dans des choses, dans des évènements, dans la vie. Ils livraient des guerres, ils faisaient des films, ils baisaient, ils réussissaient, ils visitaient de lointaines contrées. Lui, il ne faisait rien. Rien à part manger des marshmallows, peloter des bras et regarder ses meilleurs amis s’envoyer en l’air. »

 

Premier constat : c’est une histoire de mecs. De mâles en devenir, mal dégrossis, hésitants, travaillés par les hormones. De petits mecs, un brin branleurs et désœuvrés, qui tentent par tous les moyens de devenir des hommes. Avec plus ou moins de réussite. Un été qui suinte l’ennui, sur une petite île paumée au large de la Nouvelle-Angleterre, loin du tumulte de la guerre qui agite le monde et voit partir les grands frères.

 

Second constat : le roman de Herman Raucher a un potentiel cinématographique évident. Ces trois ados d’hier pourraient être des ados d’aujourd’hui. Même embarras, même « lose » attitude, même ignorance crasse des choses de la vie, mêmes certitudes sur le « comment », le « pourquoi » et le reste… Manuel d’anatomie sous le bras, ils dissèquent et théorisent avant de passer à la pratique… Reste à trouver les cobayes consentants, petites gonzesses peu regardantes prêtes à pardonner leurs tâtonnements qui prêtent à sourire. On ne naît pas homme on le devient…

 

Dernier constat : à la fois « old-fashioned » et terriblement moderne, L’été 42 se lit d’une traite. Beaucoup de situations cocasses, des dialogues frais et parfois truculents et une certaine poésie dans l’insouciance. On sourit, beaucoup. Mais pas seulement… Quoiqu’il en soit, j’ai suivi les pérégrinations de ces trois garçons bourrés de testostérone de loin, détachée et un brin amusée. Un peu comme on observe une espèce inconnue (ben oui, les hommes quoi…!) Dommage que l’histoire d’amour (qui n’en est pas vraiment une mais ne chipotons pas…) ne soit pas plus développée. Elle offre néanmoins de bien jolis passages sur l’éveil à l’amour, et franchement, rien que pour ça, ça valait le coup…!

 

 

Les avis de Jérôme, La fée

 

 

Premières phrases : « Il avait toujours souhaité revenir, retrouver l’île, mais l’occasion ne s’était jamais présentée. Cette fois, cependant, mettant à profit un trou dans son emploi du temps et des dispositions exceptionnellement favorables, il avait pris sa voiture et remonté presque toute la côte de Nouvelle-Angleterre pour voir si la magie opérait toujours. »

 

Au hasard des pages : « La vie était floue. La brume convenait parfaitement à la situation. Hermie ne voyait pas à cinq mètres devant lui, ce qui correspondait peu ou prou à la distance à laquelle il projetait son futur. Sa logique lui disait qu’il traversait une phase que tout homme devait traverser un jour, un peu comme ces rites de la jungle où l’on se fait circoncire autour d’un feu, de gré ou de force, avec une lame émoussée, pour éprouver votre courage et voir si vous poussez la chansonnette. » (p. 273)

 

 

Éditions La Belle colère (Mai 2015)

350 p.

 

Prix : 20,00 €

ISBN : 978-2-84337-789-1

Comment Thomas Leclerc 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu Tom l’éclair et a sauvé le monde – Paul Vacca

comment-thomas-leclercThomas est un petit garçon à part. Différent pour les uns, bizarre pour les autres, au mieux, il arrive à passer inaperçu, au grand dam de ses parents qui rêvent de le voir s’intégrer à la société à laquelle il n’essaye pas de s’adapter. Alors il compose. S’entoure de petits rituels rassurants. Fais des calculs alambiqués. Tente de comprendre. Pourquoi sourire ? Et comment faire d’ailleurs…? Ça vient comment les larmes ? Et les amis dans tout ça, à quoi ça sert…? Ce monde dans lequel il vit est décidément bien plus compliqué que les problèmes mathématiques qu’il résout les yeux fermés…

 

Et puis la révélation en lisant un comic-book, en ce 14 octobre 1968. Thomas Leclerc, 10 ans, 3 mois et 4 jours, est un super-héros tombé par hasard dans un monde qui n’est pas le sien. Il en est persuadé. Une telle évidence. Normal qu’il n’ait pas les codes et n’arrive pas à se fondre dans la masse… Et comme tous les super-héros, il doit avoir une mission, reste à trouver laquelle. Même si pour cela il va devoir briser sa coquille, se confronter aux autres et apprivoiser le monde qui l’entoure. Tom l’Éclair est né…

 

Original et incroyablement attachant, le nouveau roman de Paul Vacca est rempli de tendresse. Tendresse qu’on ressent immédiatement pour ce petit garçon qui peine à trouver sa place dans ce monde qui n’est pas le « sien ». Si l’autisme n’est pas directement évoqué, il en est bel et bien question. Thomas peine à trouver les réponses aux questions qui l’assaillent, se réfugie dans un monde-ami où les super-héros gomment leurs différences en sauvant le monde. Alors Thomas tentera par tous les moyens de se rendre indispensable, tout en restant invisible aux yeux des autres. L’héroïsme doit savoir se faire discret… Un chien malheureux, une famille qui brinquebale, un couple qui se fissure, Palma, l’amie inattendue, qui disparait… Tom l’Éclair a fort à faire !

 

Délicat, subtil, pertinent et non dénué d’humour, Tom l’Éclair est un roman au charme fou qui se lit d’une traite. Un roman pétillant qui met du baume au cœur et confirme tout le bien que je pense de Paul Vacca depuis La petite cloche au son grêle (vraiment formidable ce petit roman…). 

 

 

Les avis de A propos de livres, Canel, Cathulu, Clarabel, l’Irrégulière, Keisha, Martine, Séverine, Yv

 

 

Premières phrases : « De là où il se trouve maintenant, dans ce blanc apaisant, alors que tout lui parvient dans un murmure ouaté, juste rythmé par quelques bips à intervalle régulier, il comprend qu’il a réussi. Oui, lui le petit Thomas Leclerc, l’enfant pas comme les autres, qui vient tout juste d’avoir onze ans, un point quasi insignifiant dans l’immensité du Monde, a réussi l’impossible. »

 

Au hasard des pages : « Et lui, Thomas Leclerc, jeune garçon à houppette et lunettes épaisses, capable de résoudre les problèmes de mathématiques en un éclair et de voyager dans les galaxies les plus reculées par la force de la pensée, sera-t-il Tom l’Éclair ?

Si sa mère est désespérée par son incapacité à transmettre ses émotions, son inaptitude à sourire ou à pleurer, son impossibilité à communiquer avec les autres humains qu’aucun médecin ne réussit à traiter, lui sait, depuis ce jour de septembre 1968, que c’est parce qu’il est un super-héros. N’est-il pas comme tous ces super-héros un être jeté dans un monde qui ne semble pas être fait pour lui ? Pourquoi ne serait-il pas comme eux, dont les super-pouvoirs constituent aussi le revers d’un handicap secret ? Dont les actions masquent souvent une profonde solitude ? Mais pour quels exploits ? pour quelles missions ? Pour quels superpouvoirs ? Thomas ne le sait pas encore. L’histoire de Tom l’Éclair reste à écrire. » (p. 26-27)

 

 

Éditions Belfond (Avril 2015)

280 p.

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-7144-5893-3

Danser les ombres – Laurent Gaudé

Danser-les-ombresCette incroyable capacité à faire jaillir la lumière au cœur du chaos… Ce don rare qui fait sonner les mots et donne corps aux moindres sensations… Laurent Gaudé n’a pas son pareil pour insuffler de l’espoir aux moments les plus sombres, quand tout paraît vain, quand tout semble joué d’avance. Comme souvent chez l’auteur, le lecteur bascule du réel au surnaturel sans s’en rendre compte tant le fil qui relie les deux mondes est ténu. L’écriture y est vibrante, à la fois fragile et déterminée, élégante et audacieuse, à l’image de ces personnages tous mus par une force insoupçonnée qui les fait aller de l’avant, malgré tout…

 

Ce livre est un cri. Un cri d’amour pour un pays exsangue dévasté en l’espace de quelques secondes. « La terre n’est plus terre mais bouche qui mange. Elle n’est plus sol mais gueule qui s’ouvre. A 16h53, les rues se lézardent, les murs ondulent. Toute la ville s’immobilise. Les hommes sont bouche bée, comme si la parole avait été chassée du monde. Trente-cinq secondes où les murs se gondolent, où les pierres font un bruit jamais entendu, jamais ressenti, de mâchoire qui grince. » Face à la violence de la nature, les voix et les destins de plusieurs personnages qui porteront à jamais, gravés dans leur chair, les stigmates de ce jour maudit où la terre choisit de redistribuer les cartes. Au cœur même de l’enfer, dans un décor de fin du monde, chacun d’entre eux se révèle, déterminé à vivre ou résigné à mourir, prêt à voir danser les ombres…

 

 

« Ce qui s’ouvre maintenant, c’est la peur d’après le malheur et la vie d’avant, elle,

semble n’avoir jamais existé… »

 

 

Hypnotique. Tragique et beau. Simplement se laisser porter. Accepter de perdre tout repère. Écouter ces voix qui s’élèvent et deviennent celle, unique et unie, de tout un peuple. Haïti la belle, frémissante, libre, forte. Haïti à terre. Haïti qui se relève, droite et fière. Parce que « la vie n’est plus que cela désormais : un pas prudent devant l’autre et l’avidité d’étreindre chaque instant. » Laurent Gaudé lui rend un hommage vibrant dans ce roman choral aussi déstabilisant que fascinant…

 

 

Les avis de A propos de livres, Au pouvoir des mots, Canel, Gambadou, l’Irrégulière, Leiloona, Saxaoul, Sylire, Titou, Un chocolat dans mon roman

 

 

Premières phrases : « Il avait fait chaud toute la journée et les commerçants de la rue Veuve contemplaient l’artère désespérément vide en ce demandant ce qui les retenait encore ici à cette heure où il était quasiment certain qu’il ne viendrait plus personne. »

 

Au hasard des pages : « Il avait hâte de traverser la rue, de retrouver la terrasse en bois de chez Fessou où il se ferait un jus de citron frais. Hâte de revoir le visage de Lucine qu’il ne se lassait pas de contempler. Parce qu’elle était belle aussi d’une certaine fatigue qu’il connaissait. Parce qu’elle avait en elle un grand silence de nuit et des yeux encore capables de fracas. Il sentait qu’à ses côtés, la vie revenait, non pas l’agitation fébrile des jours, mais le sens profond et joyeux d’une existence que l’on veut construire. Il sentait qu’il avait envie d’être pour elle. Et que les cinq années passées seraient bientôt balayées si elle ouvrait ses bras pour qu’il pose son front sur sa poitrine, juste là, laisser le monde bruire autour d’eux, et rester ainsi, ensemble, enlacés et silencieux. » (p. 90-91)

 

 

 

Éditions Actes Sud (Janvier 2015)

249 p.

 

Prix : 19,80 €

ISBN : 978-2-330-03971-4

 

 

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Le cœur cousu – Carole Martinez

51Hk3JVsWYL._SY344_BO1,204,203,200_Quand j’ai su que ma copine, la délicieuse Noukette, n’avait point lu Le Cœur cousu, me suis promis, juré, craché, si je mens, je vais en enfer, que je lui donnerai une envie folle de découvrir ce roman, tant lu et relu, tant aimé, tant offert, ce roman qui a suscité tant d’échanges, de partages, de travail et d’écriture, ce roman, que je connais dans ses moindres recoins… Ce roman, je voudrais tant que tu l’aimes aussi ma Noukette  ;-)

 

L’histoire (merveilleuse !) du Cœur cousu  :

Tout premier roman de Carole Martinez qui nous conte, en 440 pages, le destin exceptionnel d’une femme, Frasquita, dans un village du Sud de l’Espagne, Santavela. 

Frasquita a 12 ans et comme le veut la tradition, elle est initiée par sa mère, la nuit venue, lors de la semaine sainte, à force de rituels, de mystères et de prières. Cette initiation fait d’elle une femme : « La création entière se rassemblait autour d’elle, en elle, et la jeune fille devenait le ciel, les montagnes et la mer. Elle venait au monde et le monde venait à elle. »

Frasquita hérite d’un don, le don de couturière. Ce talent lui confère une réputation de magicienne ou de sorcière auprès des habitants de Santavela. Le titre du roman fait référence au miracle accompli par Frasquita, qui coud un cœur à la Vierge bleue du village, un cœur de sang et de lumière qui palpite dans les entrailles du pantin de paille et de métal, histoire miraculeuse et merveilleuse qui éblouit tout le village.

A 16 ans, Frasquita est mariée au fils du charron « un bon travailleur tout dévoué à sa mère et qui sortait peu. », José Carasco. Elle a six enfants : Anita, Angela, Pedro el Rojo, Martirio, Clara, et Soledad la narratrice. Frasquita est pariée et perdue par son mari lors d’un combat de coqs. Elle décide alors de fuir son village, traînant derrière elle sa caravane d’enfants. Pris dans le tourbillon de l’histoire, les exilés se retrouvent au cœur d’une terrible bataille entre anarchistes et armée régulière espagnole qui les oblige à traverser la Méditerranée et à se réfugier en Algérie française. En Algérie, Frasquita reprend son aiguille et se met à coudre les êtres ensemble. « Jour et nuit, elle sublimait les chiffons »  Dans une rumeur faite légende, la mère brode des robes de mariées pour toutes les jeunes filles de la région. Elle en meurt d’ailleurs, quand Soledad a quatre ans.

C’est l’histoire des filles de Frasquita, l’une après l’autre, que Soledad nous raconte, déroule, tisse à son tour, jusqu’à elle, jusqu’à son histoire, son choix.

 

Dans ce délicieux roman picaresque, vous l’aurez compris, la thématique centrale est la place des femmes dans la société. Mais ce roman aborde d’autres thèmes, liés à l’histoire, à la Méditerranée et aux femmes évidemment (que je vous donne en vrac !) : la transmission mère-fille et la maternité ;  le cycle de la vie ; les coutumes, la magie, le merveilleux ;  les conditions de vie dans les campagnes espagnoles à la fin du 19e et au début du 20e siècle, la pauvreté des habitants et surtout des femmes (misère, accouchements à domicile, indifférence des hommes, mariages arrangés, grossesses à répétition, poids des traditions et superstitions, croyances …) ; les relations (souvent douloureuses) entre hommes et femmes ;  la nature méditerranéenne ;  la quête d’identité et l’émancipation féminine ; l’exil…. et j’en passe ;-)

 

Ce roman est riche, très riche, foisonnant même, planté dans une Espagne andalouse soumise aux caprices du temps, sous le poids du soleil et d’un climat rude et sec. Ce lieu méditerranéen conditionne la vie des personnages comme d’ailleurs le temps et l’époque. Carole Martinez écrit cette « nature ingrate »raconte la stérilité du sol, la rigueur du soleil en été, les fléaux des maladies, l’isolement des villages ramassés sur le sommet des collines, la difficulté de communications, l’énorme masse de paysans misérables et analphabètes, le découragement de tous devant le destin. Le climat et les gens sont liés, infiniment.

 

Le Cœur cousu est peuplé de personnages hauts en couleur, tous plus attachants les uns que les autres : « celles qui aident », un prêtre, une prostituée, un révolutionnaire… Et comme dans tous les contes, Carole Martinez a inséré dans son roman, un personnage effrayant, trouble, l’ogre, voleur et tueur d’enfants…

 

C’est une histoire de femmes, femmes méditerranéennes, mères, épouses, maîtresses, prostituées, sorcières, magiciennes, conteuses …. des femmes fortes, dignes et courageuses. Mais c’est surtout l’histoire d’une femme  :  Frasquita la solaire, que l’on suivra, pas à pas, tout au long du récit de Soledad.

 

 C’est une histoire de mères et de filles, et de ce lien complexe et unique, qui façonne les êtres :

« Mère et fille semblaient inséparables, comme soudées par le miracle de cette naissance tardive. Longtemps, elles avaient avancé côte à côte au même rythme sur les chemins. D’abord, le pas de la mère s’était réglé sur celui de l’enfant, puis les foulées s’étaient allongées démesurément jusqu’à ce que la mère n’en pût plus et que la jeune fille se soumît aux limites du corps fatigué marchant à ses côtés. Petite, Frasquita se savait trop fragile pour résister seule au regard du village, quant à la mère, il lui fallait garder son enfant à ses côtés pour ne jamais douter de son existence. Leurs corps s’agitaient, animés par un même courant, sans qu’il fût possible de surprendre lequel des deux imprimait son mouvement à l’autre. »

 

C’est une histoire d’enfants qui possèdent eux aussi un don, don qui s’apparente parfois à une malédiction : Martirio et le baiser de la mort, Anita et ses talents de conteuse, Angela et sa voix d’ange, Clara l’enfant-soleil, ou encore Pedro el Rojo, le seul fils de Frasquita.

 

C’est l’histoire de Soledad, le dernier enfant, la mal-aimée, celle qui rompra le fil de la tradition…

 

Le roman débute d’ailleurs ainsi :

« Mon nom est Soledad.

Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d’enlacer et de grandes mains inutiles.

Ma mère avait avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu’il m’est passé dans le sang.

Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.

Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l’écoulement sableux qui me traverse.

LA TRAVERSÉE.

Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert.« 

 

Et Soledad, moi, je l’ai aimée d’amour !  

 

L’écriture est remarquable. Le style, poétique et presque charnel, immerge le lecteur dans un univers où la magie et la réalité se mêlent. C’est une écriture des sens, intuitive, spontanée, inconsciente, sensible qui alimente les rêves. Carole Martinez décrit les paysages méditerranéens, mêle couleurs et senteurs, lumière, odeurs, sensations, émotions… L’écriture de cette auteure est marquée de bruits, de saveurs et de gestes.

Une écriture du corps et du viscéral…

Un hymne à la poésie, à la culture de l’oralité, aux fables et aux rêves….

 

C’est une histoire, un conte merveilleux, parfait (si vous ne l’avez point déjà lu) pour l’été (ou pour tout autre saison d’ailleurs !), un régal d’aventures, pour tous ;-) qui je l’espère, vous emportera autant qu’elle m’a menée loin !

 

Et pour finir de vous convaincre, une longue citation, mon passage préféré, par lequel, souvent, pour capter l’assistance, je débute :

 

A la nuit, dans la cour :

«Écoutez, mes sœurs ! Écoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Écoutez… le bruit des mères ! Écoutez-le couler en vous et croupir dans vos ventres, écoutez-le stagner dans ces ténèbres ou poussent les mondes !

Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le masculin couche avec l’histoire. Mais il est d’autres récits. Des récits souterrains transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l’oreille des filles, sucés avec le lait, des paroles bues aux lèvres des mères. Rien n’est plus fascinant que cette magie apprise avec le sang, apprise avec les règles.

Des choses sacrées se murmurent dans l’ombre des cuisines.

Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d’épices, magie et recette se côtoient. L’art culinaire des femmes regorge de mystère et de poésie.

Tout nous est enseigné à la fois : l’intensité du feu, l’eau du puits, la chaleur du fer, la blancheur des draps, les fragrances, les proportions, les prières, les morts, l’aiguille, et le fil… et le fil.

Parfois, des profondeurs d’une marmite en fonte surgit quelque figure desséchée. Une aïeule anonyme m’observe qui a tant su, tant vu, tant enduré.

Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées.

Onctueuses larmes au palais des hommes !

Par-delà le monde restreint de leur foyer, les femmes en ont surpris un autre.

Les petites portes des fourneaux, les bassines de bois, les trous des puits, les vieux citrons se sont ouverts sur un univers fabuleux qu’elles seules ont exploré.

Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine.

Ce qui n’a jamais été écrit au féminin. »  (p. 391-392)

 

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Vous dire encore un mot, j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer Carole Martinez, vous dire oh combien cette auteure est, comme Soledad, la narratrice de ce roman, une extraordinaire conteuse … 

 

 Le Cœur cousu, Carole Martinez, Gallimard, 2007, 9€

 

Jules – Didier van Cauwelaert

jules_01Lu d’une traite sur un transat, le dernier roman de Didier van Cauwelaert est sympathique, léger mais plutôt anecdotique.

 

Comme je n’en attendais pas plus, cette lecture est tombée à point nommée : distrayante, plutôt drôle et même émouvante par moments, elle use et abuse de tous les clichés romantiques sans qu’on arrive à en vouloir à son auteur.  Ça pourrait lasser à la longue (et parfois, oui, ça agace un peu ce côté « je me repose sur mes lauriers »…) mais on se prend gentiment au jeu.

 

Comme souvent chez l’auteur, il est question d’amour. Si possible contrarié. Le fait est que l’histoire entre Zibal et Alice semble plus que compromise : lui, vendeur de macarons à Orly, scientifique surdoué se retrouvant à végéter dans des petits boulots peu reluisants. Elle, aveugle sculpturale, clinquante et superficielle, qui s’apprête à voir sa vie chamboulée grâce à une opération de la dernière chance. Entre les deux, formidable entremetteur, Jules, un chien d’aveugle se retrouvant subitement au chômage technique…

 

Jules est bel et bien l’atout maître de cette bluette mignonnette et sans prétention. On s’attache à lui, bien plus qu’à Alice et Zibal, pourtant non dénués de qualités. Leur histoire d’amour, sans surprise, convenue, et il faut bien le dire un peu fade, passe au second plan, complètement éclipsée par Jules qui tient le haut de l’affiche. Un chien au haut potentiel cinématographique d’ailleurs, qu’on se le dise…! Résultat, Jules se dévore le sourire aux lèvres, si tant est qu’on mette de côté les grosses ficelles et les nombreuses incohérences. C’est frais, franchement pas inoubliable… parfait pour l’été !

 

 

Les avis de Anne-Véronique, Cajou, Fanny, l’Irrégulière et Martine

 

 

Premières phrases : « Je sais par expérience qu’il faut se méfier des coups de foudre, mais je suis devenu brutalement amnésique en la découvrant au milieu de la foule. Hauts talons canari, minishort rouge et top turquoise, elle ne risquait pas de se faire écraser par temps de brume. N’eût été le labrador qui la guidait au bout d’un harnais, ses grandes lunettes noires seraient passées pour un accessoire de star soucieuse que son incognito se remarque. Les cheveux blond-roux maintenus par un chignon en broussaille, les seins libres sous la soie quasi transparente, un sourire de rendez-vous amoureux allongeant les bavures de son rouge à lèvres, c’était une aveugle particulièrement voyante qui faisait bien davantage envie que pitié. »

 

 

Éditions Albin Michel (Avril 2015)

288 p.

 

Prix : 19,50 €

ISBN : 978-2-226-31483-3

Le Diable, tout le temps – Donald Ray Pollock

Donald-Ray-Pollock-Le-diable-tout-le-tempsIl y a du bon à lire un livre culte après tout le monde. On se dit que finalement on n’a pas attendu pour rien, que ça valait sacrément le coup de se garder une pépite pareille sous le coude, qu’on l’aurait peut-être moins aimé, qui sait, si on l’avait lu à sa sortie pour faire comme tout le monde…

 

Le fait est que ce bouquin là, c’est de la bombe. Du type explosif. Du genre à laisser des éclaboussures un peu partout. Salissant et carrément dégueulasse. Une mixture immonde qui curieusement n’a rien d’indigeste… Curiosité malsaine ou attraction morbide, on s’y enfonce jusqu’au cou, fascinés par ces personnages frapadingues aux prises avec leur destin. Peut-être parce que suivre les péripéties d’énergumènes de cette trempe, quelque part, ça nous rassure. Et parce qu’en littérature, finalement, on peut tout se permettre…

 

« Seigneur, le monde se mettait à devenir un endroit terrible. »

 

Donald Ray Pollock se fiche bien de suivre les codes. Il les balaye d’un revers de main et se vautre avec bonheur dans la démesure. Le fait est que ce premier roman ne rentre dans aucune case et ne tolère aucune étiquette. Un roman génial, foutraque, barré et flippant. Un roman délirant fichtrement bien construit qui flirte avec le roman noir tout en s’amusant à faire des incursions dans tous les « mauvais genres » existant… Ça fout les jetons, ça égratigne et pourtant on en redemande. Bigre, c’est vertigineux un truc pareil…!

 

L’Amérique profonde et ses paumés. Une belle brochette de losers, de fous, de dépravés et de dégénérés, souillés jusqu’à la moelle et pourtant furieusement attachants. Des gars perdus, malsains, malmenés par un dieu fantoche aux abonnés absents. C’est cruel, cru, fascinant et bluffant. En un mot, brillant !

 

A découvrir d’urgence si ce n’est pas encore fait…!

 

 

Les avis de Alex, Anne, Athalie, Eva, Jérôme, LaFée, Laure, Meelly, Sandrine, Séverine, Un chocolat dans mon roman

 

 

Éditions Albin Michel (Février 2012)

Collection Terres d’Amérique

369 p.

Traduit de l’américain par Christophe Mercuer

 

Prix : 22,30 €

ISBN : 978-2-226-24000-2

Parution au Livre de Poche en janvier 2014

5 ans !

5

Et voilà…!

Bébé-blog fête ses 5 ans sous le soleil de la Réunion !

 

Il prend de belles couleurs et peaufine son bronzage

sous le regard tendre et bienveillant de sa maman ravie de le voir continuer à s’épanouir…!

 

5 ans de lectures, 5 ans de partage, 5 ans de belles rencontres…

5 ans de blablas, 5 ans de pépites, 5 ans de rendez-vous incontournables…

5 ans de visites silencieuses, timides, discrètes, fidèles, enthousiastes ou tonitruantes…

 

qui me donnent l’envie, encore et toujours, de poursuivre l’aventure…!

merci

Ce blog m’apporte bien plus que je ne saurais dire et c’est grâce à vous…!

 

L’année dernière, ma copine Framboise recevait un p’tit colis surprise en mains propres lors de sa venue mémorable au salon du livre…

 

Un petit colis que je serais ravie de concocter à nouveau pour deux d’entre vous après tirage au sort parmi les commentaires de ce billet…

Si ma légendaire mémoire de poisson rouge de me joue pas des tours (croisez les doigts !), vous risquez donc de trouver un petit quelque chose dans votre boite aux lettres courant septembre. Une BD coup de cœur, un roman de la rentrée littéraire, un album pépite, tout est possible…!

 

Quand au blog, il va doucement reprendre son petit rythme de croisière…

A très vite…

 

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Le facteur émotif – Denis Thériault

facteur-emotifÉtonnant petit roman qui arrive à surprendre alors même que l’on pense les dés jetés et le dénouement joué d’avance. De la poésie, beaucoup de délicatesse, une ambiance douce et presque surannée. Pas grand chose au demeurant, et pourtant… L’auteur, facétieux, semble prendre un plaisir fou à tisser sa toile autour de son personnage principal, tout en enveloppant son lecteur dans un cocon douillet qui n’en a peut-être que l’apparence. Le fait est que l’on prend un plaisir fou à s’immerger dans cette sympathique histoire, jusqu’à la pirouette finale, originale et inattendue…

 

Bilodo, facteur de son état, mène une existence morne et trop tranquille qui ne lui laisse que peu d’occasions de marcher en dehors des clous. Son péché mignon, sa petite gourmandise illicite : subtiliser les lettres personnelles dénichées au milieu des innombrables courriers administratifs et autres prospectus publicitaires pour s’en délecter tranquillement le soir venu dans la solitude de son appartement. Décachetées à la vapeur, les lettres dévoilent leurs secrets et permettent à Bilobo de « voyager » par procuration. Le lendemain, les lettres sont remises à leurs destinataires, le facteur esthète et curieux ayant pris soin de photocopier les missives qui le touchent en plein cœur. Comme tous les courriers qu’une certaine Ségolène envoie à Gaston Grandpré, des haïkus tendres et subtils au formidable pouvoir d’évocation qui le font fondre d’amour. Le destin, un brin farceur, donnera l’occasion inespérée au facteur émotif de faire parler ses sentiments au grand jour…

 

Une petite friandise à faire fondre lentement sous la langue pour bien en ressentir tous les arômes. Un mélange audacieux entre la bluette apparemment convenue et la fable poétique qui donne le sourire et surprend. C’est charmant et douillet, gentiment décalé, délicieusement mystérieux… et fichtrement bien construit. L’immuable et l’éphémère, juxtaposés comme dans les meilleurs haïkus, il fallait y penser… Rien d’étonnant à ce que Le facteur émotif ait remporté le Prix littéraire Canada-Japon 2006. Un joli moment, vraiment…!

 

 

D’autres avis chez Antigone, Cathulu, Clara, Emily et Laure

 

 

Premières phrases : « La rue des Hêtres était surtout plantée d’érables. Elle présentait au regard une double rangée d’immeubles de trois ou quatre étages. On accédait aux appartements par des escaliers extérieurs. Ces escaliers, la rue en alignait cent quinze, pour un total de mille quatre cent quatre-vingt-quinze marches. Bilobo le savait car il les avait comptées et recomptées, en les gravissant chaque matin, l’une après l’autre. Mille quatre cent quatre-vingt-quinze marches d’une hauteur moyenne de vingt centimètres, pour un total de deux cent quatre-vingt-dix-neuf mètres. Plus d’une fois et demie l’altitude de Place Ville Marie. C’était en fait l’équivalent de la tour Eiffel qu’il se tapait ainsi chaque jour, par n’importe quel temps, sans oublier qu’il fallait aussi redescendre. Aux yeux de Bilobo, ce marathon vertical n’avait rien d’un exploit. C’était plutôt un défi quotidien sans lequel sa vie lui aurait paru bien plate. »

 

Au hasard des pages : « On ne saurait planer à jamais. Finalement rattrapé par la gravité, Bilopo retomba sur terre, encore abasourdi par la lente détonation de l’orgasme poétique qu’il venait de connaître. C’était donc vrai que l’amour donnait des ailes. jamais il n’avait étreint une femme comme il l’avait fait là-haut, dans les sphères. » (p. 147)

 

 

Éditions Anne Carrière (Avril 2015)

174 p.

 

Prix : 16,00 €

ISBN : 978-2-84337-765-5

L’importun – Aude Le Corff

importunC’est l’histoire d’une drôle de rencontre….

 

C’est l’histoire d’une maison…

 

C’est l’histoire de deux solitudes qui se télescopent un peu par hasard, s’observent de loin, s’affrontent et s’apprivoisent plus par nécessité que par réelle envie. Parce qu’il faut avancer, composer avec l’Autre, briser ses chaînes pour vivre, enfin. Parce qu’il y a des réponses qu’on ne peut trouver seul, des questions qu’on n’ose se poser par crainte de ce qu’on pourrait découvrir…

 

La narratrice écrit. Quand elle se retranche dans cette nouvelle maison loin de tout, elle ne s’attend pas à devoir composer avec la présence en pointillés de l’ancien propriétaire qui n’a jamais choisi de partir. Ici, Guy est chez lui… et fait comme chez lui, sans se soucier de l’indésirable occupante des lieux. C’est à se demander qui tolère l’autre… N’osant intervenir, la narratrice l’observe tailler ses rosiers, se faire son café ou bricoler à la cave au milieu de ses livres poussiéreux, finissant même par attendre et espérer le bruit caractéristique de sa clé dans la serrure. De rares mots échangés puis finalement, l’essentiel. Des fardeaux qu’on délaisse, des portes qu’on ouvre, de l’espace qu’on libère pour une bouffée d’oxygène plus que salvatrice. Guérir de ses blessures, à deux, c’est peut-être mieux…

 

Une parenthèse de lecture comme je les aime… et des retrouvailles très attendues avec Aude Le Corff qui m’avait cueillie avec son délicieux et si poétique premier roman Les arbres voyagent la nuit.

Il y a dans L’importun tout ce que j’aime : une douceur qui n’a rien de factice, une belle idée du chemin à parcourir pour accepter et regarder le passé en face, des variations délicates et subtiles sur la place du père, les blessures de l’enfance et la difficulté du pardon. Des personnages cabossés qui piétinent par peur d’avancer avec lesquels s’installe instantanément une vraie connivence… Une réflexion en filigrane sur le métier d’écrire… Et bien plus encore…

 

Un très joli roman-miroir qui fait du bien, sans esbroufe ni effets de manche. Du bonheur à l’état brut !

 

 

Les avis de Charlotte, Clara, Delphine, le petit carré jaune, Meelly, Mirontaine, Séverine, Un autre endroit pour lire

 

 

Premières phrases : « En périphérie d’une ville portuaire, dans une maison de pierre aux fenêtres encadrées de briques, vivait un vieil homme retranché du monde. Il était né et pensait finir ses jours dans ces lieux peuplés de souvenirs, mais la vieillesse ne lui laissa pas le choix. Lorsqu’il se mit à oublier ses œufs sur le feu et son portefeuille chez l’épicier, ses filles prirent ce qu’elles pensaient être la meilleure décision. Elles l’installèrent dans un appartement médicalisé, un logement blanc et sans âme dans lequel les personnes âgées s’éteignent à tour de rôle. »

 

Au hasard des pages : « Une maison, ça endure tout, même les sautes d’humeur de ses habitants, une maison, ça ne part pas, c’est l’ultime cocon quand il n’y a plus personne. Une maison nous connaît mieux que quiconque. Elle nous voit pleurer, menacer, rire, penser, rêver, déambuler nus ou habillés, elle connaît nos amis, notre famille, voit nos enfants grandir, les protège. » (p. 127)

 

 

Éditions Stock (Avril 2015)

Collection Framboise

198 p.

 

Prix : 17,50 €

ISBN : 978-2-234-07994-6