Le piano oriental – Zeina Abirached

piano oriental

 

Difficile pour moi de rendre compte de cette lecture…

 

Instinctivement, je savais que ce roman graphique n’était pas fait pour moi. Je pressentais sans pouvoir réellement me l’expliquer que j’allais passer à coté de ce Piano oriental, qualifié de chef-d’œuvre par la critique et les lecteurs unanimes. Et ça n’a pas manqué… J’ai lu ce gros pavé d’un peu plus de 200 pages et je n’ai ressenti aucune émotion. Au risque de me faire lyncher, le dessin de Zeina Abirached me laisse de marbre. Je le trouve froid et sans âme, trop léché, trop détaillé, trop foisonnant… Je suis pourtant très sensible au noir et blanc en bande dessinée. Mais là, rien. Aucun petit frétillement de cils. Pas de cœur qui s’emballe. Rien… Et là j’avoue être bien embêtée…

 

Et pourtant l’idée est belle… Cet entrelacement des deux histoires. Cette passerelle entre deux cultures que permettent la musique et la langue. Cet entre-deux qui finalement est une vraie richesse. Ces interrogations et ses doutes permanents qui ne manquent pas d’assaillir ce grand-père et cette petite fille tous deux à cheval entre deux pays aux cultures si différentes. Et pourtant les pierres d’achoppement sont là. Dans les mots qui chantent. Dans les notes de musique qui s’élèvent du piano. Dans cette identité plurielle qui se construit et se tisse doucement…

 

Oui, il avait tout pour me plaire cet album… Une grande partie de ma déception réside dans la ressemblance du dessin de Zeina Abirached avec celui de Marjane Satrapi. Plus graphique, plus stylisé, plus inventif, moins léger certes, mais tout de même. Et je n’ai jamais accroché au dessin de Satrapi, là encore, rien à faire…

Reste l’histoire, qui aurait pu, qui aurait dû, me faire oublier ou du moins me permettre de mettre de côté mes réticences vis à vis du dessin. Je mentirais si je disais que je me suis ennuyée. Et si j’ai effectivement passé un moment agréable de lecture, la partition n’a jamais réussi à me séduire… Les notes de musique s’estompent déjà…

 

 

 BD2016

Lue dans le cadre de l’opération La BD fait son festival organisée par Priceminister  #1Blog1BD

 

Les avis de Charlotte, Enna, Kathel, Mo’, Moglug, Nimentrix, Sandrine

 

L’ultra-book de Zeina Abirached

 

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Éditions Casterman (Septembre 2015)

212 p.

 

Prix : 22,00 €

ISBN : 978-2-203-09208-2

Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

lemaitre

Je fais partie de ceux qui n’ont pas encore découvert Au revoir, là-haut. Il m’attend, et je sais que son tour viendra puisque l’adaptation BD que j’en ai lue m’a convaincue que c’était un roman pour moi. De Pierre Lemaitre, je ne connais que ses polars, notamment ceux avec Camille Verhoeven, son héros charismatique et inoubliable découvert dans Travail soigné et sa suite Alex (me reste à lire Sacrifices). Un héros comme je les aime, atypique et parfois détestable. Ces romans là, je les ai beaucoup aimés, de même que Robe de marié d’ailleurs. Bien construits, totalement maitrisés du début à la fin, aucun temps mort, dénouements inattendus et parfois glaçants… Pierre Lemaitre ne ménage pas son lecteur, il le pousse dans ses retranchements, il joue avec ses peurs les plus viscérales quitte à aller très loin dans l’horreur. Ça bouscule mais j’aime ça je crois…

 

Bref. Tout ça pour dire que j’avais de grandes attentes avec ce roman là. A priori je risquais d’y retrouver le Lemaitre que je connaissais. Percutant. Sauf que non… Je pense sincèrement que si j’avais lu ce roman à l’aveugle, je n’aurais jamais pensé qu’il en était l’auteur. De là à dire que cette lecture était une pénitence, non. J’ai passé un bon moment. J’ai même tourné les pages avec avidité pendant une bonne moitié de l’histoire. Personnages crédibles, bonne analyse de la psychologie humaine, tension croissante, plongée assez édifiante et réaliste dans la vie étriquée d’une petite ville de campagne, comportements humains exacerbés face au drame inattendu et brutal… Le décor est planté et ça se tient. Et tout tient en grande partie à la personnalité de l’assassin dont on connait l’identité dès les premières pages. Antoine, un gamin. Partager ses pensées, ses peurs, ses petits arrangements avec la réalité pour la rendre supportable, je dois dire que c’est ce qui m’a le plus intéressée. Pierre Lemaitre ne se pose pas en juge, il décrit presque froidement les faits et s’intéresse surtout aux conséquences de l’acte, au sentiment de culpabilité et aux mensonges de ce meurtrier « par accident » pour arrive à « gérer » la situation…

 

Et puis il y a cette deuxième partie, longtemps après le drame et le « crime » resté impuni. Antoine est devenu adulte. Les démons du passé le hantent toujours. Et toujours, cette épée de Damoclès… Je ne sais pas vraiment ce qui m’a le moins convaincue dans cette dernière partie. Ou plutôt si. C’est long et on s’ennuie. Trop de coïncidences, trop d’évidences, un dénouement que j’ai trouvé convenu et un brin tiré par les cheveux. Et cette impression pénible de tourner en rond autour des états d’âme légitimes d’un assassin confronté chaque jour et bien malgré lui à son crime…

 

Pas le roman de l’année non. Rien d’inoubliable. D’ailleurs, lu il y a un bon mois, son souvenir commence déjà à s’estomper… Il faut prendre Trois jours et une vie pour ce qu’il est, juste un honnête thriller psychologique qui permet une sympathique parenthèse de lecture, si tant est qu’on en attende juste un bon divertissement. Reste cette désagréable impression, il faut bien l’avouer, que l’auteur a trop vite voulu satisfaire ses fans impatients… Qu’importe, je l’aime bien Pierre Lemaitre, et je me promets de lire enfin Au revoir, là-haut cette année, affaire à suivre…

 

Une lecture en demi-teinte que je partage avec Jérôme qui lui découvre l’auteur pour la première fois.

 

 

Les avis de Alex, Cajou, Canel, Clara, Delphine-Olympe, La fée lit, Meely, Sandrine

 

 

Premières phrases : « A la fin de décembre 1999 une surprenante série d’évènements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse. Ne cherchez pas la raison pour laquelle son propriétaire, M. Desmedt, avait donné à ce bâtard blanc et fauve , maigre comme un clou et haut sur pattes, le nom d’un héros grec, ce sera un mystère de plus dans cette histoire. »

 

Au hasard des pages : « Dans la vie courante, il oubliait. La mort de Rémi Desmedt était un fait divers ancien, un souvenir d’enfance pénible, des semaines passaient sans malaise. Antoine n’était pas indifférent : son crime n’existait plus. Puis soudain, un petit garçon dans la rue, une scène au cinéma, la vue d’un gendarme déclenchait en lui une peur incoercible, impossible à maîtriser. La panique s’emparait de lui, l’imminence de la catastrophe engloutissait sa vie, il devait déployer des efforts gigantesques pour faire retomber toute cette pression à grands coups de respiration lente, d’autopersuasion et surveillait les palpitations de son imaginaire comme un moteur dont on guette avec anxiété le refroidissement après une brusque surchauffe.

La terreur, en fait ne lâchait jamais prise. Elle sommeillait, s’endormait et elle revenait. Antoine vivait avec la conviction que, tôt ou tard, ce meurtre le rattraperait et ruinerait sa vie. » (p. 187)

 

 

Éditions Albin Michel (Mars 2016)

279 p.

 

Prix : 19,80 €

ISBN : 978-2-226-32573-0

Saga (tomes 1 et 2) – Brian-K Vaughan / Fiona Staples

Saga_tome_1Mince… Une nouvelle addiction..! J’aurais dû m’en douter. On m’avait prévenue. Un moment que je tourne autour de cette série. Un moment que je me dis que je risque de ne pas y trouver mon compte. Pas mon truc la science-fiction, les planètes lointaines, les êtres bizarroïdes et autres guerres interstellaires. Pas mon genre ce dessin trop masculin, cette violence, ce côté trash et brut de décoffrage…

 

Sauf que. J’ai adoré. Plus que ça même. Et je n’ai rien vu venir ! J’ai dévoré les deux premiers tomes sans pouvoir m’arrêter, d’une traite. Passionnant. Original. Surprenant. Déjanté. Foutraque. Moderne. Brillant. Et complètement addictif…! D’ailleurs, je vis un vrai drame puisque je n’ai pas les autres tomes sous la main. Pas encore du moins. Cinq tomes parus pour l’instant, le sixième et dernier tome étant prévu pour juin… Je trépigne…!!

 

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Il faut lire Saga. Parce qu’on tombe immédiatement sous le charme de ces amoureux maudits obligés de fuir au confins de la galaxie pour échapper aux tueurs à gages et autres joyeusetés. Parce qu’il y a quelque chose d’atemporel et d’extrêmement moderne dans ce Roméo et Juliette du futur. Parce que cette voix off qui s’élève, celle de l’enfant de l’espoir, permet des allers et venues dans le temps qui rythment le récit. Parce qu’il n’y a aucun temps mort et que les auteurs font preuve d’une imagination sans borne. Parce que les dialogues sont succulents, drôles, intelligents, mordants. Parce que ça à l’air de partir dans tous les sens tout en étant incroyablement bien écrit. Parce que les auteurs osent tout sans rien s’interdire. Parce que cette réflexion sur le fait de devenir parent fera écho en de nombreux lecteurs… Parce que… Parce que…

 

 

Je continue…? Vraiment…? Filez donc vous procurer Saga de toute urgence…! Personnellement je vais me ruer sur les trois autres tomes le plus vite possible…! Et puis la série cumule les prix : Meilleur scénariste 2013, Meilleure nouvelle série 2013, Meilleure série 2013 aux Will Eisner award, ça claque non ?

 

Ils sont conquis (comment pouvait-il en être autrement ?) : A girl from earth, Karine, Théoma, Yaneck

 

 

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Éditions Urban Comics (Mars 2013)

Collection Urban Indies

167 p.

 

Prix : 15,00 €

ISBN : 978-2-36577-201-3

 

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Yaneck

Orgasme – Chuck Palahniuk

PalahniukSortir un peu des sentiers souvent trop balisés de la littérature érotique. Oublier le mummy porn et ses atermoiements pénibles. Tenter le diable. C’est une expérience de lire Chuck Palahniuk, le genre d’expérience dont on ressort un peu ébouriffé. Fasciné par une telle liberté de ton. Dérangé par ces limites sans cesse repoussées bien loin de la décence…

 

En même temps, impossible de faire l’innocent. On ne lit pas Chuck Palahniuk par hasard. On sait pertinemment qu’avec cet auteur aussi subversif que déjanté il serait fort déplacé de s’offusquer. Toujours border-line voire complètement hors cadre, Palahniuk aime quand ça grince aux entournures, quand ça transpire un peu sous le casque, quand ça démange jusqu’à l’insupportable. L’occasion rêvée pour tirer à boulets rouges sur une société qui marche bien souvent à l’envers. Avec panache. Insolence. Et beaucoup, beaucoup de second degré…

 

Dans son seizième roman, l’auteur de Fight club et de Snuff nous emmène explorer les mystères du plaisir féminin. Évidemment, tout ici n’est que prétexte à tordre tous les codes. A commencer par ceux de la romance sauce épicée dont nous sommes abreuvés jusqu’à frôler l’overdose depuis Cinquante nuances de Grey. Et là, Palahniuk se régale… En vrai sale gosse, il met les pieds dans les clichés, se réapproprie le langage d’une littérature qui se dit libertine et nous offre un gigantesque feu d’artifice de grand n’importe quoi…! Quand on a assimilé le fait que l’auteur n’a peur de rien et encore moins de la surenchère et du ridicule… c’est une lecture tout simplement jubilatoire…!

 

Prenez une apprentie avocate dans un prestigieux cabinet New-yorkais. Mettez sur son chemin un milliardaire ayant fait fortune dans les médias et les technologies de pointe. La rencontre est peut-être inattendue pour eux, elle ne l’est pas pour le lecteur qui a déjà lu cette scène des dizaines de fois. Le début de ce qui semble être un conte de fée commence… D’un côté Penny Harrigan, la pauvre fille banale et transparente, de l’autre Linus Maxwell, le beau gosse riche à millions qui a vécu des histoires d’amour torrides et très médiatisées avec une star du cinéma, la reine d’Angleterre et la présidente des États-Unis, entre autres… Des relations qui ont toute duré 136 jours, pas un de plus, pas un de moins… Au départ platonique, celle de Penny et Maxwell prend une tournure des plus étonnantes quand la jeune fille se rend compte que son amant est obnubilé par la recherche du plaisir féminin. Devenue cobaye des gadgets sexuels mis au point par Maxwell, elle expérimentera le plaisir ultime et dévastateur, la jouissance permanente et l’extase perpétuelle. Ces joujoux de plaisir, bientôt commercialisés sous le label « Beautiful you », sont devenus l’obsession de Maxwell. Une obsession qui ne sera pas sans conséquences sur la vie de Penny… et sur celles de milliers de femmes…

 

« Un milliard de maris sont sur le point d’être remplacés. »

 

Passé l’effet de surprise, je dois avouer que je me suis régalée…! Formidable pastiche à la construction imparable, Orgasme est un roman mordant, cynique, remettant en question la place de la femme (et de l’homme) dans la société. Ici le sexe n’est qu’un prétexte pour fustiger tour à tour la société de consommation, les comportements addictifs et le conditionnement que peut induire la publicité. Décomplexée et bourrée d’humour noir, la plume de Palahniuk ne fait pas dans la dentelle. En complet décalage, sous des dehors affreusement sexistes et provocants, volontairement ambigu et souvent outrancier (voire complètement grotesque), l’auteur donne une vision du monde glaçante au possible.

Beaucoup vont détester, certains ne se donneront peut-être même pas la peine de finir ce roman. Les autres vont se régaler. Une chose est sûre, Palahniuk ne fera pas l’unanimité avec cet OVNI.

 

Un titre à part qui a sa place toute trouvée dans ce rendez-vous mensuel de lectures inavouables. Une expérience littéraire atypique que je partage avec Jérôme.

 

 

Éditions Sonatine (Mars 2016)

265 p.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude

 

Prix : 18,00 €

ISBN : 978-2-35584-360-0

 

 

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Tous chez Stephie !

 Et vous, qu’avez-vous lu d’inavouable ce mois ci…?

Bleu de travail – Thomas Vinau

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Parfois le temps se fige et les aiguillent des horloges arrêtent leur course folle…

 

Parfois les mots vous prennent par surprise et s’impriment durablement sous la peau…

 

Parfois les fils se tissent comme par magie, des éclats de lumière mêlés à des bouts de tristesse, brins de folie douce et brisures de vrai bonheur…

 

J’ai embarqué dans les mots de Thomas Vinau. Je me suis frottée au beau avec l’impression tenace d’avoir un véritable diamant brut entre les mains.

 

On porte, quelque part, à l’intérieur de soi, ce que la vie nous a pris. On porte cette absence. Le poids, l’empreinte, le relief, du mal que l’on nous fit. Il est là le bagage. Dans ce qui manque. Dans ce qui est fini. Toutes les bêtes de notre espèce portent leur collier de perles noires. Un sac de pierres vides sur les lombaires.

 

Et pourtant, il y a quelques mois, j’avais refermé Et nos cheveux blanchiront avec nos yeux avec la désagréable impression d’une rencontre ratée. Pas même l’émotion qui affleure. Pas le moindre petit frétillement de cœur qui bat plus fort… Ce n’était peut-être pas le moment… La vraie rencontre s’est faite là, entre les lignes, dès les premiers mots. Une prose à nulle autre pareille. Un petit miracle en équilibre. Une plume qui oscille entre la poésie la plus pure et le réalisme le plus terrien. C’est beau à en filer le frisson. Ça file le tournis tout en ancrant profondément les pieds dans le sol. Un quotidien pas toujours reluisant, pas franchement enthousiasmant, mais dans lequel des lueurs de beau éclatent régulièrement. Et ils sont là tous ces éclats, dans les mots de Thomas Vinau…

 

Il y a l’usure des mots. Des mots de tous les jours. Des mots de petit jour. Des mots dont on se sert, jusqu’à la corde. Jusqu’à la patine du sens. La rondeur de l’usure. La trace sur le manche. C’est matière première, brute, de l’échange. De la guerre. De la consolation. Qui disent la blessure. Qui disent l’évidence. Qui disent l’essentiel. Simplement le poème ou le texte les remet au centre. Leur redonne une place. Un peu d’espace. De largeur. Un peu d’air et de silence dans le vacarme aseptisé de la course. Ce sont des mots de soif comme on parle d’un vin de soif. Un vin de tous les jours. Un vin de table. Des mots de tous les jours. Des poèmes de tous les jours. Des poèmes de table. Des poèmes de soif.

 

Curieuses résonances. Écho inattendu avec cette vie qui file si vite qu’on a parfois l’impression qu’elle nous échappe. Étrange sensation d’un moment rare et précieux, suspendu au dessus du tumulte du monde. Des petits riens qui disent tout, à petits pas, sans faire de bruit. Juste celui des pages qui bruissent entre les doigts, juste ceux des mots qui semblent se murmurer à nos oreilles, juste le beau qui crépite et résonne longtemps, longtemps…

 

Le jour met son bleu de travail. Je regarde le vent. Pourtant je ne le vois pas. Pourtant je le regarde. Pour relever la tête commence par lever les yeux. Derrière la plaine blanche, les collines. Derrière les collines, des nuages. Derrière les nuages, d’autres horizons qui s’inventent. J’écris à l’encre noire les jours de rien. Les petits matins purpurins. Les soirs sans fin. Smicard de l’aube et des pluies fines. Le temps ne se paie pas à l’heure mais aux traces de godillots qu’il laisse sur ta carcasse. Pendant ce temps, la mort colore les arbres. Le jour met son bleu de travail. Je mets le mien.

 

Les avis de Aifelle, Hélène, Leiloona, Moka, Sabine

 

Éditions La Fosse aux Ours (Aout 2015)

88 p.

 

Prix : 13,00 €

ISBN : 978-2-35707-066-0

 

 

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Challenge 5% Rentrée littéraire chez Hérisson

25/30

Koko au pays des Toutous – Jean-Benoît Meybeck

HD 12-02COUV KOKO+LOGO AMNETSY.inddKoko habite le beau pays des Cabots mais il est de plus en plus difficile d’y vivre correctement. Les os sont devenus une denrée rare et le petit chien s’endort bien souvent la faim au ventre. Il est peut-être temps d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs… Avec l’aide de sa famille qui se cotise pour lui donner des os pour le voyage, il se décide à partir pour le pays des Toutous. Mais la route sera longue et semée d’obstacles.

 

Il faudra traverser le pays des Chacals, celui des Bâtards et la mer, immense… En échange de la moitié de ses os, Passy lui propose de rejoindre un groupe d’autres chiens qui, comme lui, s’apprêtent à quitter le pays. A dos d’éléphant, ils affrontent la chaleur du désert et de multiples dangers avant d’arriver enfin à la mer. Là, Koko donne le reste de ses os à Passou, le cousin de Passy, pour pouvoir monter sur le dos de la baleine pour la traversée. Quand la tempête se lève, tous les cabots se retrouvent à l’eau. Secourus par des toutous policiers, ces derniers les emmènent à terre et les enferment derrières des barreaux. Au pays des Toutous, les Cabots ne sont pas les bienvenus…

 

Le soir, Koko pense à son beau collier, confisqué par les toutous policiers. A son canard, qu’il a perdu dans la tempête. A tous ses os, qu’il a donnés à Passy et Passou. A sa famille, à qui il ne pourra jamais envoyer d’os à moelle…

Et du fond de son égout, il réfléchit…

« Pourquoi vivons-nous si différemment ? Que nous soyons Lévrier ou Bâtard, Caniche ou Sac à puces, Yorkshire ou Cabot…

… si on nous blesse, nous aurons mal…

… et si on nous chatouille, nous rigolerons…

… nous sommes tous pareils ! »

 

Très belle initiative que ce petit album engagé pour dire l’exode et le déracinement. Le sujet est délicat et le texte risque de résonner longtemps dans les petites têtes. Avec des mots simples à la portée des plus jeunes, des illustrations gaies et colorées, Jean-Benoît Meybeck explique la réalité qui se cache derrière la peur de l’autre. Le douloureux choix de l’exil, l’espoir d’un monde meilleur, les passeurs véreux, le voyage semé d’embuches et l’arrivée dans un pays rêvé qui s’avère plus hostile qu’hospitalier. L’avenir entre parenthèses… Tout y est. A l’adulte d’accompagner cette lecture qui ne sera pas sans susciter d’innombrables questions.

 

En filigrane, une réflexion qui n’a rien de superficiel sur les droits de l’homme et les valeurs fortes et humaines de l’accueil et de la solidarité. Il n’est jamais trop tôt pour garder un œil ouvert sur le monde…

 

Une lecture essentielle que j’ai le plaisir de partager avec Jérôme.

 

Une initiative soutenue par Amnesty International

Le site de l’auteur

 

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Éditions Des ronds dans l’O (Mars 2016)

40 p.

 

Prix : 10,00 €

ISBN : 978-2-37418-006-9

 

 

 

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Voyage de Mouettes à Paris (petit billet écrit à quatre pattes)

Repartir avec sa mouette, ce régal infini / Surtout quand il s’agit d’envahir la capitale / Le programme est chargé : il s’agit de ne rien oublier / TOUT visiter, TOUT boire, TOUT manger, TOUT découvrir, TOUT lire, TOUT acheter, TOUT aimer, TOUT tâter, TOUT vivre….

 

Vendredi / Le voyage est périlleux : de la bagnole, du train, du RER et du métro … Mais quand on est deux, point d’agacement, ni de mécontentement, encore moins d’abattement ! / Enfin, les copains dans le XIIème / Marion et Lionel, leurs nains d’amour / L’apéro nous tend les bras / Un peu trop sans doute … / Les mouettes se laissent chavirer par l’accueil débordant de… euh … rhum ! / Ces copains, quelle merveille ♥ / Se raconter Christian Bobin pour s’endormir / Toutafé terrifiant  ….

 

Samedi / Au petit jour, les mouettes sont sujettes à un léger mal de cheveux / Christian Bobin ? / Il faut des heures pour se mettre en branle / Vers le Salon du Livre / Vers vous surtout : Noukette, Jérôme, Sarah, Laurie, Camille, Tamara… Et tant d’autres encore / Sacrebleu, quelles retrouvailles ♥ / Un peu perdues au milieu du beau monde parisien, les mouettes s’égarent, errent, se retrouvent, rient, causent, s’émeuvent, batifolent, embrassent, s’enflamment…. / Apercevoir de loin des auteurs / Les approcher / Oser / Tomber sur Jo Witek au détour d’une allée / Ce ravissement / Ahhhhh Fabcaro / Tout lui donner, il mérite ce garçon ! / Fabcaro : élu Mouetton Le-plus-décalé-et-le-plus-drôle-de-l’année ! / Ahhhhh Leila Seibbar / Faire semblant de travailler un brin / Ahhhhhh Riad … / Chibouz : élu Mouetton d’or / Mamouette flanche d’amour / Épaulée de Laurie, Noukette et Jérôme, Julia-mouette fend la foule, s’enhardit… / Laurie : élue Mouetton de l’énergie-solaire ! /  Riad nous tend les bras … Ou presque / Les mouettes auront tout de même leur dédicace / Charline-la-chargée-de-com’ : élue Mouetton Réalisatrice-de-rêves ! / Remerciements infinis / Reconnaissance éternelle …

 

Quitter le salon, la nuit parisienne nous appartient / Mamouette se révèle frotteuse du métro … / Les filles accompagnées du divin chouchou de la toile s’encanaillent / Sarah : élue Mouetton Présidente-de-l’amicale-des-pompiers-de-Paris !  / Mojitos et tartines de gras / Le scandale est là / Et le plaisir … Infini  😛 / Noukette : élue Mouetton-Torrrrrrride  ! / Jérôme-chou impassible malgré …  TOUT ! / Et Stephie ??? Ahhhh je la suivrais au bout du mooooooooonde … Stephie : élue  Mouetton-Koh-Lanta ! / Allez, un dernier mojito /  Vous avez été bien /  Le serveur est sourd peut-être ?! Ou fou ?! /  Un petit verre saugrenu dans le métro / Trinquer à l’eau avant de se quitter, il faut ce qu’il faut … / Reprendre la lecture de Christian Bobin / Il s’agit de persévérer bordel, on est des mouettes d’exception…

 

Dimanche matin, les mouettes sont amoindries ! / Mais le salon n’attend pas / L’envie est là /  Midi sonne déjà, Tamara nous tend les bras  / Retrouver Noukette et Jérôme  / En forme / Eux … / C’est à ne rien y comprendre  ! / Jérôme : élu Mouetton-Force-tranquille-Bonheur-en-Famille ! / Faire chauffer la carte bleue / Dévorer d’affreux sandwichs, même pas mal, on est ensemble, keskon est heureux (bien qu’un brin barbouillé il faut bien se l’avouer !) / Gilles Bachelet ♥ / Les Éditions Talents Hauts / Des blondes à forte poitrine / Des délices de cadeaux  / Retrouver Fabcaro / L’aimer encore davantage / Est-ce possible ? / Luis Sépulvéda / Les Éditions A Pas de loups et Csil / Se perdre à nouveau / Des conférences / Marie Nimier / Purée, ce talent tout de même / Les Éditions Des Femmes / Quand soudain Les Femen / Sublime rencontre qu’on oubliera pas de sitôt / Certainement un moment qui chamboulera toute une vie de mouette, c’est dire si l’émotion est là et la rencontre… essentielle / Les Femen : Prix spécial du Mouetton-Courage / Rentrer tôt  / Chez les copains / Au chaud / Lionel héhé / Et puis l’apéro / Soigner le mal par le mal / Parler, parler, parler … / Dormir enfin, sa mouette tout contre / Et Christian…..

 

Le lendemain / Départ pour les Grands Boulevards / Épuisement total / Courir derrière sa mouette / Un hôtel Cité Rougemont /  Un petit café chez Amélie Poulain / Des Boutiques et du Chic ! / Un instant-mouette en tête à tête / Cassoulet et salade fraîcheur (tu parles !) / Déambuler / Paris nous appartient / Découvrir des Passages Secrets / S’émerveiller / Ahhhhh Paris, Paris … / Une expo dans un hall / Une expo incongrue ! / Mais on y est et on frime grave / Mamouette, déesse de l’orientation / Retrouver Laurie / Une soirée qui fait du bien / Se raconter / Se découvrir et TOUT se dire … / Dormir un brin … Sans Bobin …

 

Mardi / Départ au petit jour / Mouette-Julia est en formation / Paris sans sa mouette / Du courage que diantre / Déjeuner avec Nico / Ahhhh Paris, Paris sous le soleil / Jardins du Luxembourg / Et tant d’autres choses encore / Le bonheur / Retrouver sa mouette / Enfin / Et Julie le temps d’une heure ou deux / C’est déjà ça de pris / Sushi / Dernière nuit / Le cœur gros déjà…

 

Mercredi / Journée très spéciale en terrasse / Marivaux et filature / Hystérie totale … / Et le départ / Laisser sa mouette seule dans cette ville immense / Lutter dans le RER / Poireauter dans le TGV / Enfin … Retrouver le pavillon au petit jour / Fatigue infinie / Du bonheur comme c’est pas permis…

 

Jeudi / Retour de sa mouette… / Embrassade et rigolade / Tout est bien qui finit bien 😛

 

………….

 

Les mouettes vous donnent RDV au prochain salon, vous les amoureux du livre, de la rencontre, du texte, du mot, des phylactères, du rire, du lâcher-prise, bref, du bonheur !

SHAALOOOOOOM…

Et un merci immense à toutes et tous, pour ces divines vacances de mouettes, pour ces baisers échangés, ces folies partagées ♥

Et un tout particulier pour le Mouetton-Torrrrrride qui héberge notre petit billet 😛

Sur une idée de Moka ♥ 

 

 

Mouette-Julia et Mouette-Framboise

(Élues : Prix de la Conserve,

 Pour la conservation de leur rancitude

Durant tout leur séjour parisien ….)

 

 

NB : Attention, âmes sensibles s’abstenir, les photos reflètent une folie certaine, une émotion totale, des retrouvailles chaleureuses, des embrassades toutafé cordiales et moult selfies 😉

Re NB : Des auteurs sont cachés parmi les photos !

 

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Comme neige – Colombe Boncenne

neige

 

Diablement malin ce petit roman. Et sacrément bien ficelé aussi. Du genre à vous prendre dans ses filets dès les premières lignes, subtilement, sans en faire des tonnes, en jouant habilement sur ce qui attire les bibliophiles comme des mouches sur un pot de miel : les livres. C’était prévisible, j’ai succombé…

 

Un puzzle dont on essaye en vain d’agencer les différentes pièces. Un ingénieux casse-tête dont on se demande si on arrivera à trouver la solution. Un jeu de piste où les indices disséminés ça et là ne parviennent finalement qu’à nous embrouiller l’esprit. Comme Constantin Caillaud, le héros de ce roman aussi futé que farceur, le lecteur se prend au jeu et se demande s’il ne devient pas un peu fou…

 

Au cœur de l’intrigue, un roman intitulé Neige noire. Un « inédit » de l’écrivain Émilien Petit déniché par hasard dans un carton de livres soldés. Pour Constantin, qui pensait avoir tout lu de son auteur fétiche, c’est une trouvaille inestimable et en même temps assez inexplicable : impensable que ce roman publié en 2000 ait pu lui échapper. En refermant la dernière page du roman le soir même, il ne peut s’empêcher de penser à Hélène, sa maitresse, à qui il doit sa première rencontre avec l’auteur. Quand il la met au courant de sa découverte, elle s’avère sceptique. Et quand le livre « disparait », il devient plus que compliqué de la convaincre de son existence. Aucune trace du dit roman sur internet ou au catalogue de l’éditeur… Quitte à en perdre la raison, Constantin part à la recherche du titre fantôme qu’il a pourtant bien eu entre les mains. L’auteur se faisant discret, l’éditeur affirmant que ce titre n’a jamais fait partie de sa bibliographie, il ira jusqu’à écrire à ses amis littéraires (Jean-Philippe Toussaint, Olivier Rolin et Antoine Volodine) pour tenter d’élucider le mystère…

 

Je me suis régalée, c’est aussi simple que ça. J’adore qu’on me raconte des histoires et Colombe Boncenne, avec son petit côté sale gosse maligne, le fait à merveille. Comme neige est donc l’histoire d’un livre qui n’existe pas. Un livre qui se dérobe et qui obnubile notre héros au point de mettre sa vie entre parenthèses pour en prouver l’existence.

 

Fascinant de voir la toile se tisser sous nos yeux… Étonnant ce jeu de dupe qui brouille les frontières entre réalité et fiction… Piégé, le lecteur se retrouve au cœur d’une enquête obsessionnelle dont il est finalement le principal acteur. L’écriture de Colombe Boncenne est séduisante, ludique et un brin culottée. Maitrisé de bout en bout, son premier roman est un jeu de marelle où on oscille constamment d’un pied sur l’autre… Un vrai bonbon à faire doucement fondre sous la langue pour en apprécier toutes les saveurs…!

 

 

Les avis de Clara, Charlotte, Delphine-Olympe, Laure, Nicole

 

 

Au hasard des pages : « Émilien Petit orchestrait habilement les récits et emportait son lecteur dans une mise en abyme vertigineuse : on cherche ce qu’on cherche pour chercher à se chercher (ou quelque-chose de cet ordre-là). Quand je l’avais lu la première fois, j’avais été bouleversé par ce texte. Je compris, en le parcourant à nouveau, ce qui m’avait tant ébranlé : je pressentais qu’Hélène m’échapperait toujours et que je ne cesserais de lui courir après ; ce texte me confrontait au fait que c’était moi que je ne cesserais de chercher. » (p. 47)

 

 

Éditions Buchet-Chastel (Janvier 2016)

Collection Qui Vive

115 p.

 

Prix : 11,00 €

ISBN : 978-2-283-02939-8

 

 

Challenge-Rentrée-littéraire-janvier-2016

L’odeur des garçons affamés – Frederik Peeters / Loo Hui Phang

L.10EBBN002384.N001_LodGarAff_C_FR1872, au lendemain de la guerre de Sécession.  L’Ouest et ses grands espaces. Des terres sauvages à perte de vue. Des terres inexploitées que l’homme blanc compte bien conquérir et s’approprier au plus vite tant les richesses qu’elles recèlent sont inestimables…

 

Au cœur de cet eldorado inespéré, une petite expédition venue en éclaireur étudier ce nouvel espace et les peuples autochtones qui l’occupent. Du moins pour l’instant… Bientôt, une nouvelle civilisation naîtra sur les restes des peuples indiens voués à rapidement être décimés par les colonisateurs…

 

Première étape, cartographier, photographier les lieux et faire l’inventaire des natifs. C’est l’objectif de l’ingénieur Stingley bien décidé à trouver le lieu idéal pour réaliser son rêve de civilisation parfaite. Financé par une mystérieuse organisation privée, il arpente la région carnet de notes et de croquis en mains. A ses côtés, le photographe Irlandais Oscar Forrest, dandy au passé trouble, et le jeune Milton, corvéable à merci. Des motivations variées pour ces trois hommes qui n’ont rien en commun si ce n’est quelques secrets inavouables qu’ils préfèrent garder enterrés. Ils devront pourtant faire face à des esprits insaisissables, des Comanches déterminés à défendre leurs terres, un chasseur de primes tenace et des désirs difficiles à étouffer…

 

Un titre volontairement provocateur pour un western étonnant qui surfe sur les codes du genre tout en les triturant dans tous les sens, tout pour me plaire ! D’emblée, les différents personnages interpellent. A première vue caricaturaux, ils apparaissent très vite dans toute leur ambiguïté, leur mesquinerie et leurs failles. Profondément égoïstes, lâches, astucieux et malins, ils se révèlent très vite gouvernés par leurs envies et leurs désirs irrépressibles. Humains, trop humains… 

 

Troublant, L’odeur des garçons affamés met à nue les relations humaines dans toute leur complexité. Au dessin, Frederik Peeters se surpasse, magnifiant les grands espaces tout en arrivant à souligner les zones d’ombres de personnages des plus ambivalents. Des images fortes, une incursion aussi fascinante que déroutante dans un fantastique échevelé, une nature sublimée, une magnifique histoire d’amour, le western dépoussiéré par Peeters et Hui Phang a un petit côté dépravé et extrêmement actuel qui me réjouit. Du très bon !

 

 

Jacques en parle aussi aujourd’hui

 

A découvrir : Le blog de Loo Hui Phang – Le tumblr de Frederik Peeters

 

 

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Éditions Casterman (Mars 2016)

112 p.

 

Prix : 18,95 €

ISBN : 978-2-203-09717-9

 

 

BD de la semaine saumon

C’était ma BD de la semaine…

…aujourd’hui chez Stephie

Je sais que tu sais – Gilles Abier

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Six balles dans le corps à bout portant… De sang-froid.

 

Trois ans après Axelle attend de pouvoir parler à l’assassin de son frère. Dans ce parloir sinistre, alors que son cœur s’accélère et qu’elle peine à trouver son souffle, elle va enfin pouvoir se confronter à lui, regarder en face celui qu’elle avait fui du regard pendant toute la durée du procès. Pour comprendre. Tenter d’avancer. Pardonner peut-être, qui sait… 

 

Bastien était le meilleur ami de Martial. Mais il n’a pas hésité. Six balles, six… Dans quelques minutes, il sera en face d’elle. Peut-être qu’elle saura alors ce qu’il lui a écrit dans cette lettre qu’elle n’a jamais osée ouvrir…

 

Il n’y a pas à dire, le format court sied à merveille à Gilles Abier (à lire si ce n’est pas déjà fait La piscine était vide, Un de perdu et Comment je me suis débarrassé de ma mère)… Cette collection proposant aux adolescents des titres courts, forts et percutants « pour réfléchir, comprendre, s’émouvoir, se libérer » lui va comme un gant. Plongé dans les pensées de la narratrice, le lecteur perçoit sa colère, sa haine et son mal-être. La voix d’Axelle est d’une grande justesse, partagée entre la douleur immense, l’incapacité de faire son deuil et la nécessité d’avoir des réponses. Quel qu’en soit le prix…

 

Gilles Abier joue avec les silences et les non dits, avec nos nerfs aussi. Lentement, le portrait du frère assassiné se dessine en même temps que celui de son assassin. En même temps que l’héroïne, le lecteur découvre les zones d’ombre de ce sordide fait divers, se rend compte de la personnalité ambivalente de Martial, devine les motivations d’un geste qui apparait comme désespéré…

 

Quel plaisir de retrouver la plume de Gilles Abier..! Peut-être moins mordante et acide que dans certains titres de l’auteur qui provoquent ou prennent littéralement aux tripes mais tout aussi percutante et subtile. Dans Je sais que tu sais elle explore avec justesse les affres de l’âme humaine, sondant la psychologie de personnages plus complexes et troubles qu’il n’y parait… Et si la fin peut paraître à première vue expéditive, elle n’en est pas moins la seule qui ait du sens…

 

Un titre qui marque et une nouvelle pépite jeunesse que je partage avec Jérôme, comme chaque mardi (ou presque…)

 

 

Les avis de Livresse et Nadège

 

 

Premières phrases : « J’ai les mains moites. J’ai beau les frotter à plat sur mon jean, elles suent, elles suintent. Je ne suis pas quelqu’un qui transpire pourtant. Je peux danser une heure, courir vingt minutes, buller sous deux couettes, je reste au sec. Ça énervait mon frère d’ailleurs. Mon côté « poupée de porcelaine », comme il disait, jamais chiffonnée. Le teint frais. La tenue impeccable. Une vraie princesse, quoi ! Mais ça, c’était avant.
C’était quand il était encore vivant. Aujourd’hui, j’ai le nez percé, le regard fatigué et le vide au ventre. »

 

 

Au hasard des pages : « Il en faut de l’énergie pour vivre de rage et d’amertume. Je parie que les gens se tuent non pas pour arrêter ce combat compulsif qui les anime, mais parce qu’ils se désolent de ne plus avoir assez de force pour le mener. Ça maintient debout la haine, ça aide à se lever le matin, ça permet d’affronter le bonheur des autres, même si ça use, même si ça bouffe, même si ça détruit.

Je n’aime pas celle que je vois dans le miroir de la salle de bains. Elle m’est inconnue. Ce n’est pas moi. Ce n’est plus moi. » (p. 58)

 

 

Éditions Talents Hauts (Février 2016)

Collection Ego

96 p.

 

Prix : 8,00 €

ISBN : 978-2-36266-142-6

 

 

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